Pour une culture de la confiance, à la finlandaise

La ligne de crête est fine, entre s’impliquer, rester vigilants sur ce qu’on croit juste et bon, et faire confiance à ceux qui sont en charge d’une tâche, même s’ils ne font pas exactement comme on aurait fait à leur place. Par Blandine Ayoub.

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DSCF7501Je rentre d’un voyage d’étude en Finlande, centré sur l’accueil des jeunes enfants dans les structures d’accueil locales. Qu’il s’agisse des services municipaux, des universitaires en charge de former les professionnels, des différents lieux d’accueil publics ou privés, pour enfants valides ou porteurs de handicaps, tous nos interlocuteurs nous ont frappés par l’esprit de confiance qui règne entre les personnes, qu’il s’agisse des relations entre adultes, – parents et professionnels -, ou entre adultes et enfants. Les Finlandais appellent cela la « culture of trust », culture de la confiance – mais avec un mot confiance très fort qui renvoie à l’idée d’avoir foi en quelqu’un.

C’est peut-être cela qui nous manque chez nous en ce moment : pas seulement dans le domaine professionnel de l’accueil des jeunes enfants ou du milieu scolaire, où on stigmatise souvent plus qu’on encourage ; mais entre les gens, entre les électeurs et leurs hommes politiques par exemple, (il faut dire qu’on en a vu de toutes les couleurs et que la confiance ne se décrète pas !), ou au sein de nos communautés souvent en proie à toutes sortes de bisbilles ; au sein de l’Eglise, de façon générale. Et pourtant, toute la relation entre Dieu et les hommes est bien fondée sur la confiance : le Créateur confie la terre aux hommes, le Père laisse ses enfants choisir leurs chemins, et ceux-ci voient en lui tantôt un rocher, tantôt un berger. Comment se fait-il que nous n’arrivions pas mieux à garder un regard bienveillant et plein d’espoir sur nos contemporains ?

En Finlande, par exemple, si un professionnel de l’éducation ou du travail social repère des dysfonctionnements dangereux pour les enfants au sein d’une famille, (alcoolisme, délaissement, mauvais traitements), il ne va jamais envoyer un signalement directement à sa hiérarchie administrative, comme en France, mais il va manifester aux parents qu’il les trouve visiblement en difficulté, leur proposer d’en parler ensemble, et de rédiger avec eux les papiers qui permettront aux services adéquats d’intervenir. Du coup, ces-derniers ne seront pas perçus comme des agresseurs intrusifs, mais comme des soutiens bienvenus qui répondent à un appel à l’aide de la famille elle-même.

Ce modèle coopératif serait difficile à transposer chez nous : bien que l’Évangile nous conseille de faire nos remarques éventuelles, en toute charité, à nos frères en communauté, il faut constater que cette pratique est rare, car le plus souvent mal perçue par celui qui se fait interpeler. Ça n’est vraiment pas dans notre culture, pour le coup. Et il faut reconnaitre que nous ne sommes par ailleurs pas très doués pour la forme que nous donnons à ces interpellations, que l’on ne peut pas toujours qualifier de « fraternelles » – demandez-donc aux membres des différentes équipes pastorales qui se sont succédé à Saint-Merry… La ligne de crête est fine, entre s’impliquer, rester vigilants sur ce qu’on croit juste et bon, et faire confiance à ceux qui sont en charge d’une tâche, même s’ils ne font pas exactement comme on aurait fait à leur place. C’est presque une ascèse, qu’on est bien obligé de vivre au jour le jour quand on est parent, par exemple, et qu’il serait bon de mieux vivre dans notre société, dans notre Église, et dans notre communauté.

Blandine Ayoub

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