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Pourquoi se choisir une dictature ?

Après Budapest, me voici en mission à Recife au Brésil, pour un enseignement sur les droits humains. Mes collègues brésiliens me parlent sans cesse de l’urgence face aux violations croissantes des droits par le président Bolsonaro. Cette situation questionne : comment des peuples ayant souffert d’une longue dictature brutale, comme les Brésiliens entre 1964 et 1985, peuvent-ils voter pour des dictateurs en pensant que ce sont d’autres qu’eux-mêmes qui auront à souffrir de leurs discriminations et injustices ? Cela me fait penser au petit mais puissant livre Matin brun de Franck Pavloff, que je résumerais ainsi : quand les chemises brunes ont décidé que seuls les chiens bruns étaient autorisés, je me suis conformé, quand elles sont venues arrêter les dissidents, personne n’a protesté, quand ce fut le tour de l’intelligentsia, non plus ; quand elles s’en sont prises à mes voisins, je n’ai rien dit et quand ce fut mon tour, il n’y avait plus personne pour protester ! Nous les spectateurs, que pouvons-nous y faire ? Les inciter à la révolution ? Ou plutôt avoir confiance et patienter ? Patienter « ce n’est pas endurer passivement. C’est voir assez loin pour avoir confiance dans le processus. L’impatience signifie une courte vue qui ne permet pas de voir l’issue. Ceux qui aiment Dieu n’épuise jamais leur patience, car ils savent qu’il faut du temps pour que le croissant de lune devienne une lune pleine », selon Elif Shafak dans Soufimon amour. Certes « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », mais il nous faut surtout cultiver la liberté en nous, la faire fleurir en l’autre, afin qu’elle soit la clé de tous nos rapports, pensées et actions.

Marine T.

Billet du dimanche 16 juin 2019

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