Que pouvons-nous faire pour eux ?

C’est la prlogo migrants1emière question qui nous vient à l’esprit quand on voit ces vagues de migrants déferler en Europe.

L’expérience nous prouve que des gestes simples, des conseils appropriés, peu couteux en temps comme en argent, peuvent contribuer à alléger leur fardeau.

L’histoire de Fatima et de son contrat de travail en est un exemple.

Fatima, je l’ai rencontrée il y à 3 ans pour l’accompagner dans son parcours administratif – il s’agissait d’obtenir le titre de séjour auquel elle avait droit -, un parcours relativement simple mais qui ne l’était pas pour elle peu habituée à ce type de démarches.

C’est la très compétente permanence juridique du Réseau Chrétien-Immigrés qui me l’avait confiée, après avoir monté point par point son dossier. Je n’avais qu’à suivre leur plan.

Originaire du Niger, la jeune femme avait, à 16 ans, rejoint sa sœur qui vivait dans le 18è à Paris avec mari (français) et 4 enfants. Faire dans la famille une place à Fatima, même petite, fut chose aisée et elle put ainsi préparer dans une école un CAP d’aide cuisinière. Au moment où je l’ai rencontrée, elle avait 19 ans et venait de passer  avec succès son diplôme. Son statut d’étudiante devait donc se transformer, avec l’obtention d’une promesse d’embauche, en un titre de séjour régulier lié à un contrat de travail. Dejà, elle faisait un stage dans une boutique de restauration rapide, du côté de la gare Montparnasse, qui lui proposait un contrat en bonne et due forme.

Fatima parlait un français maladroit mais se faisait comprendre. Cela dit, ses difficultés de prononciation firent que le téléphone ne suffit pas à régler tous les problèmes même faciles, et que régulièrement nous nous rencontrâmes, dans la boutique même où elle était stagiaire.

Vêtue d’une blouse blanche, une charlotte sur la tête, charmante, elle s’affairait dans les cuisines, derrière le grand comptoir d’accueil des clients, pour préparer sandwiches et plat rapides. M’apercevant quand j’arrivais, elle a toujours pris le temps de venir partager un café avec moi, sous le regard bienveillant de la responsable du magasin.

Une difficulté surgit concernant la taxe – 700 euros – qui n’avait pas été encore versée. En effet, l’employeur est tenu de verser à l’état cette somme, même s’il peut prouver qu’il embauche un étranger faute de français disponible. (On sait que c’est un point d’achoppement fréquent et que nombre d’employeurs indélicats contournent la difficulté en demandant au salarié de rembourser cette somme). Le non versement de cette taxe, sans explication de la part de la direction, bloquait le dossier. Plusieurs fois j’en ai parlé au responsable de la boutique. La réponse chaque fois fut évasive : « on a demandé au DRH mais il n’a pas répondu ». J’ai fini par demander le numéro de téléphone du dit DRH et j’ai obtenu immédiatement un rendez-vous, au siège de la chaîne, sur les boulevards extérieurs. Rencontre très cordiale avec un homme qui avait pris conscience de la qualité du travail de Fatima. Il tenait à l’embaucher d’autant qu’aucune française ne se proposait. Mais il ne connaissait pas les détails de ses obligations d’employeurs.  Dans la journée, le problème fut résolu.

Mais du temps avait été perdu… La démarche suivante consistait à obtenir du ministère du travail son accord pour ce contrat. Je demandais à Fatima, de guetter ce courrier dans sa boîte à lettres ; ne voyant rien venir, je l’appelle un matin :

  • Fatima avez-vous regardé régulièrement votre boîte aux lettres ?
  • Oui, j’ai regardé il y a quelques jours.
  • Et alors ?
  • J’ai mis le paquet de courrier sur la table, mais je ne l’ai pas lu.
  • ! ! …
  • Pouvez-vous, maintenant, l’ouvrir et me dire si l’une des enveloppes porte le tampon du ministère du travail ?
  • Ah oui ! Il y en a une !… Je lis qu’il donne son accord pour mon contrat de travail…

Alleluia !

L’obtention du titre de séjour avait cependant pris du retard et Fatima ne put travailler immédiatement comme c’était prévu, à Montparnasse. Elle fut placée dans une boutique des Champs Elysées. Assez vite, elle m’appela en pleurs : « Michèle, je ne vais pas rester dans ce poste. Les horaires sont très tardifs et ma sœur ne veut pas que je prenne le métro la nuit. »

D’un ton des plus fermes, je luis dis qu’il était hors de question qu’elle renonce à ce poste, et lui conseillai d’expliquer au DRH, la situation. Ce qu’elle fit. De mon côté je confirmai par un mot.

2 semaines plus tard, une place à Montparnasse se libérait et Fatima réintégrait le 14è.

Fatima n’avait besoin que d’un simple coup de pouce. Depuis je ne l’ai pas revue.

Michèle Dauger

 

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