Prendre des photos ou donner à voir ?

Voilà le dilemme dont nous parle Jean Verrier dans ce nouveau volet de notre feuilleton. Entre balades à la plage, expositions et visites de petites chapelles

12.04. avec quelques arbres entiers.DSC00602

dimanche 12 avril.  Avant de reprendre le chemin du lycée où l’attend un « bac blanc », Claire, notre petite-fille, souhaiterait faire un tour à la mer. Il fait un temps magnifique. La route de la plage des Saintes Maries, à l’ouest du delta, doit être saturée. Nous l’emmenons à l’est, vers l’autre plage, celle de Port-Saint-Louis, une longue bande de sable de 4 kilomètres formée des alluvions que le Rhône a rejetés, avec quelques arbres entiers, sans autre équipement qu’une barrière de bois accrochée au sommet de la dune. On n’y croise que quelques promeneurs et un ou deux pêcheurs allongés près de leurs cannes plantées comme des vigies dans le sol. Dans la mer il n’y aura que deux baigneurs : Claire et son père, c’est leur premier bain de l’année. Nous les attendons, nous, une serviette à la main.

12.04.une longue bande de sable

12.04.deux baigneurs

lundi 13 avril.   Ce matin encore, quand nous avons poussé les lourds volets de bois, le soleil est entré d’un coup dans la chambre. Pas un seul nuage dans le ciel bleu sombre. Comment rester enfermés à lire ou à écrire ? Les expositions ont moins d’attrait. Après la mer, direction la montagne, ou plus exactement la montagnette : nous contournons les Alpilles par l’ouest et prenons la route de Saint-Rémy de Provence. C’est toujours un peu difficile de repérer l’entrée du chemin qui mène à la chapelle Notre-Dame du Château. Une postière qui passe par là dans sa voiture jaune nous renseigne d’un sourire. Maintenant il faut grimper là-haut, à pied, par un chemin caillouteux en lacets, bordé d’iris. Les arbres se couvrent de jeunes feuilles d’un vert pâle et lumineux, en contre-jour avec les taches noires des pins, des petits chênes et des cyprès. La chapelle est toujours fermée, mais l’herbe tout autour est bien verte. On se dit toujours qu’il faudrait y faire une fête, un mariage, mais il n’y a personne. Alors on s’assoit pour rêver.

13.04.La chapellelNotre-Dame du Château13.04. on s'aasoit pour rêver

13.04.

mardi 14 avril. Quand on voyage en train à prix réduit d’Arles à Paris, le trajet se fait en réalité de Marne-la-Vallée à Nîmes ou à Avignon. Nous sommes donc allés conduire à la gare TGV d’Avignon nos enfants partis voir notre petite-fille Juliette à Paris, et nous irons les rechercher après-demain à la gare de Nîmes. Occasion d’un petit tour ensoleillé dans la ville du Festival où nous faisons une triste découverte : on a commencé à abattre les magnifiques platanes du Cours Jean Jaurès atteints d’un chancre doré, et ce sera bientôt le tour de ceux qui conduisent dans l’alignement jusqu’à la Place de l’Horloge. Ils doivent être remplacés par des platanes jeunes et sains. Mais ils n’auront jamais pour nous la taille de ceux qu’on abat. Cependant les arbres de Judée sont en fleurs devant la façade du Palais des Papes. Cela pourrait faire une fable.

14.04. les rabres de Judée sont ne fleurs

 

Laurent Gaudé et Reza
Laurent Gaudé et Reza

jeudi 16 avril. Soirée exceptionnelle, encore à la chapelle Méjean. Un véritable coup de cœur : la rencontre entre l’écrivain Laurent Gaudé et le photographe Reza. Nous étions heureux de voir et d’entendre ce grand photographe d’origine iranienne admiré par notre fils Éric  qui nous avait offert le grand album Entre guerres et paix, 30 ans de reportages à sa parution en 2008. Ils avaient passé l’après-midi à la centrale d’Arles où ils avaient inauguré une exposition de 29 grands tirages offerts aux détenus, suite à une première visite l’été dernier. Au Méjean Laurent Gaudé a d’abord parlé de son dernier livre qui se passe à Haïti : Danser les ombres. Il en est encore tout habité, l’émotion était présente. Le reste de la soirée a été consacré à leurs séjours dans le camp de réfugiés syriens de Kavergosk, dans le Kurdistan irakien, d’où ils ont rapporté des photos, un petit film où l’on voit Reza prendre ces photos, et un texte de fiction, inédit à ce jour, dont Laurent Gaudé nous a donné la primeur.  Le public, nombreux, attentif, était trop ému pour poser des questions et les deux hommes ont prolongé entre eux, devant nous, en confiance, un échange sur l’art, le temps, la vie, la mort, commencé sur le terrain. Prendre des photos ou donner à voir ? « L’art, a dit Reza, est ce qui est le plus profond dans l’homme, le photographe doit s’effacer, être très humble. » Pour cela il a distribué aux enfants du camp des appareils photo et il leur a appris pendant 3 semaines à s’en servir pour qu’ils puissent voir et montrer leur vie : leur famille, une brouette jaune donnée par les Norvégiens, leur paire de chaussures maculées de boue… Quand Laurent Gaudé, rentré avant lui à Paris, lui a envoyé son texte, Reza  a pleuré en le lisant, et les enfants aussi,  bien qu’ils ne puissent rien en comprendre, mais il y avait la musique des mots, et ils avaient bien aimé Laurent.

 

17.04. Expo à l'Espace Van Gogh17.04. La Place du Forum DSC0065817.04.Gerald Mas La Place Genivevendredi 17 avril. À Arles, dans le domaine de l’art contemporain, il y a un peu le haut et le bas clergé. C’est parmi ce dernier que nous comptons plusieurs amis. Nous étions invités à l’Espace Van Gogh (ancien Hôtel Dieu où fut hospitalisé le peintre) au vernissage des dernières peintures de Gérald Mas, ancien syndicaliste aujourd’hui retraité, celui qui l’été dernier avait exposé dans la  boucherie de la place Paul Doumer. C’est un plaisir particulier de voir sublimé par l’art de modestes rues ou des places que nous fréquentons quotidiennement, par exemple la place Genive où habitent nos enfants. En sortant de l’exposition nous avons filé au « Pot à Tabac », un petit café où nos amis Éric et Valérie, intermittents du spectacle, présentaient avec leur compagnie « Courant d’ère », Le Fils, de Christian Rullier. Du milieu des spectateurs pour la plupart debout, plusieurs personnages, surtout des femmes, émergent tour à tour pour construire progressivement le portrait de celui dont elles ont un jour croisé le chemin. Un orchestre de cuivres marque les ponctuations. Coincé contre la vitrine, Éric, le metteur en scène, le texte à la main, surveille son monde, tandis que le bistrotier, casquette et foulard rouge, complète involontairement la distribution et fend la foule pour porter une bière ou un verre de vin et essayer de récolter la monnaie. L’entrée est libre.

samedi 18 avril. Il y a cinq boulangeries dans un rayon de cent mètres autour de notre maison. Ce soir, Madame Pichon, ferme boutique et offre un apéritif avec le comité de quartier. La rue Genive est comble, toute la Roquette est là, ses clients comme ceux qui ne viennent prendre leur pain qu’à l’occasion.  Même le Maire d’Arles est venu, noyé dans la foule. Madame Pichon est un personnage connu et aimé de tout le quartier. Les petits-enfants que l’on envoie chercher la baguette ou le pain rond ressortent souvent de chez elle les bras chargés de gâteaux ou les poches remplies de bonbons. Aussi, au milieu des rires et des éclats de voix, il y a de l’émotion et de la tristesse dans l’air.

Jean Verrier

1 Commentaire

  • 13 avril Saint Rémy de Provence et la montée à la Chapelle Notre Dame du Château : 2° photo

    Au pied du pin, assise ;
    à l’horizon, les monts
    et près de soi les ombres
    qui parlent de lumière.

    Merci Jean, Merci Marie, Amitiés d’ Agnès.

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