PRIER SANS SE DÉCOURAGER

Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus,
qui crient vers lui jour et nuit ?

Dimanche 16 octobre 2016
1ère lecture : « Quand Moïse tenait la main levée,
Israël était le plus fort » (Ex 17, 8-13)
Psaume : Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8
2ème lecture : « Grâce à l’Écriture, l’homme de Dieu sera accompli,
équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 14 – 4, 2)
Evangile : « Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui » (Lc 18, 1-8)
Bonjour à toutes et à tous

Vous êtes appelés à rejoindre les chaises autour du carré,
et à suspendre momentanément le temps de retrouvailles.
Merci donc de prendre place, nous vous y attendons.

Ce temps, comme celui après office, fait aussi partie de notre célébration,
mais il est fait d’échanges et de partages entre personnes ;
Nous passons maintenant à un temps de rassemblement
de notre communauté pour célébrer et prier ensemble.

Prier, plus précisément « prier sans se décourager »,
ce qui est inscrit sur le pupitre,
c’est aujourd’hui le fil rouge de notre célébration.
Les textes de ce jour évoquent plusieurs formes de prière ;
ils proposent plusieurs sens à la prière,
avec toujours et encore ce fil rouge,
prier sans vous décourager.

L’évangile de Luc met en scène une veuve qui réclame justice,
à celui qui est en charge de la justice ; et le juge s’exécute
« pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer »
dit-il; cette parabole de Jésus à ses disciples
pour qu’ils intègrent la nécessité de toujours prier sans se décourager.

Le texte de l’exode met en scène le staff d’Israël (Moïse, Aaron et Hour),
le « patron » d’Israël, le grand prêtre et Hour ; mais qui est-ce donc ce Hour ?
Dans le dictionnaire de la bible il est dit qu’il s’agit de celui
qui partagea avec Aaron la responsabilité du peuple
quand Moïse est monté recevoir les tables de la loi.
Il fait donc bien partie du staff.
Pour être victorieux des Amalécites, Moïse doit tenir les mains levées ;
c’est long, fatiguant, lassant ; alors les mains retombent
et Israël connait des revers dans la bataille.
Pour vaincre, Aaron et Hour « soutiennent fermement
les mains levés de Moïse,
l’un d’un côté, l’autre de l’autre » comme dit le texte.
Quelle superbe scène pour une BD ou un film d’animation
pour montrer la ténacité de la prière, qui conduit à être exaucé.
Pas très à l’aise avec la victoire guerrière,
le groupe de préparation a choisi de ne pas lire ce texte.

Paul à Timothée enfin :
« demeure ferme dans tout ce que tu as appris…
nourris des écritures, tu seras accompli,
équipé pour faire toute sorte de bien » ;
un message, on ne peut plus clair.

Et puis au cours de notre célébration il y aura la prière confiante du Notre-Père
et au moment de l’offertoire le témoignage de formes différentes de prière
au sein de notre communauté.

Et maintenant, à l’exemple des mains levées de Moïse,
mais pas pour gagner la guerre, nous allons répéter le chant
« Voici nos mains levées vers Toi, Voici nos cœurs tournés vers toi
Voici nos yeux illuminés de toi, Dieu, Père de Jésus-Christ »

André Letowski
Commentaire (Luc 18_ 1-8)

Une lecture superficielle de ce texte de Luc que nous venons d’entendre
nous laisserait penser qu’il suffirait de prier sans se décourager
pour obtenir ce que nous demandons.

Nous savons bien que ce n’est pas aussi simple,
que ça ne correspond pas à notre expérience.
Expérience déception petit garçon.
Première déception quant à la prière ; il y en aura d’autres.

Alors faut il en prendre son parti et adopter une attitude d’un humour désabusé
à l’instar de cet évêque anglican qui, lors d’une grande sécheresse, recommandait :
« Etant donné les prévisions météo, il ne serait pas prudent
de demander cette semaine de prières pour la pluie. » ?

Il faut plutôt commencer par regarder les textes de plus près.
D’abord le texte d’aujourd’hui.
Jésus ne dit pas que nous pouvons obtenir n’importe quoi.
Il dit simplement : « il leur fera justice. »
Faire justice qu’est ce que ça veut dire ?
Dans la bouche de Jésus, il ne peut s’agir que de la justice de Dieu
et non de la justice des hommes.

Mais encore, faire justice ? Ne peut on pas traduire :
nous rendre justes, nous aider à adopter l’attitude juste
devant l’événement, devant nos émotions ?

On peut aussi regarder un autre texte du même évangile de Luc (11_ 12).
Après avoir affirmé : « demandez, on vous donnera. », Jésus conclut :
« Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. »

Nous y voilà. Jésus ne dit pas qu’il donnera la guérison ou le succès à un examen.
Il donnera l’Esprit Saint. Qu’est-ce à dire ?
L’Esprit Saint, n’est-ce pas cette petite voix que nous entendons difficilement,
au milieu de la cacophonie tumultueuse de nos pensées, de nos passions,
de nos peurs, de nos angoisses.
Cette petite voix nous engage à vivre selon l’esprit,
à accorder notre désir avec le désir de Dieu ?

Il serait intéressant de confronter ces deux textes de Luc
avec d’autres passages de l’Ancien ou du Nouveau Testament,
mais ça nous conduirait à des développements trop longs.

Je peux cependant indiquer quelques références à ceux qui seraient intéressés.

Quelles conclusions pratiques allons nous tirer de ces deux textes de Luc ?

Par la prière, nous ne changeons pas Dieu, nous ne changeons pas sa création ;
par la prière c’est Dieu qui nous change. Il s’agit de s’accorder à Dieu,
de recevoir l’événement, non pas passivement, avec fatalisme et résignation,
mais en étant acteurs avec Dieu, acteurs dans le sens du désir de Dieu.

Il me semble que prendre conscience de ceci peut nous amener à prier autrement
Et prier en nous arc-boutant sur l’objet de notre demande,
n’est-ce pas prier comme les païens ?

Savoir que, dans la prière, l’essentiel n’est pas l’objet de notre demande, n’est pas neutre.
L’essentiel, c’est la transformation que fera l’Esprit en nous.
Ceci me semble susceptible d’enrichir notre prière.

Je voudrais terminer en abordant un autre aspect de la prière qui me paraît connexe :
Nous avons tendance à distinguer et à cloisonner :
prière de demande, prière de louange, prière d’action de grâces.
Mais surtout, nous édifions une cloison étanche entre la prière et le reste de nos vies,
c’est à dire 99% de celles-ci.
Et si nous arrivions à faire de la totalité de nos vies une prière ?
Ou pour le dire autrement, prier comme nous respirons !

Robert Picard
Références : Luc 11 2-4; Jn 14 13-14 ; Jn 17 (la grande prière de Jésus); Mt 6 5-8
Mt 6 9-13; Mt 7 7-11; Mt 21 22; Les Psaumes; Le livre de Job
Commentaire de la 2e lettre de saint Paul à Timothée 

Cet extrait de la 2e lettre de saint Paul à Timothée est un petit bijou :
tout y est, au point  que nous pouvons considérer cette épitre
comme un « testament spirituel » de Paul.

Nous avons ici moins les instructions pratiques
pour l’organisation et l’animation des communautés à l’adresse d’un responsable
que ce que doivent être ses attitudes  fondamentales pour tenir dans la mission.

Il ne faut donc pas y voir l’adresse d’un Paul  « vieillissant » et « possessif », crispé sur la doctrine
que celle d’un disciple du Christ soucieux de transmettre ce qu’il a lui-même reçu,
à savoir le trésor de l’Evangile.

C’est pourquoi Paul invite Timothée – et nous à travers lui – à puiser dans nos ressources profondes
pour ne pas nous épuiser dans le service de l’Evangile.

1er conseil : demeurer ferme dans ce que nous avons appris.
Ferme, cela ne veut pas dire psychorigide, mais cohérent, constant , consistant, et ouvert,
face aux multiples sollicitations et contradictions.
Paul pratique une pédagogie de la confiance : oui, nous pouvons nous appuyer sans rougir
sur ce qui nous a été enseigné dans la foi, même si cela semble un peu vieillot,
un peu dépassé, pas trop « mainstream » comme on dit maintenant.

2e conseil : apprendre à puiser dans l’Ecriture comme à une source d’eau vive.
Le concile Vatican II rappelle que la Bible n’est pas un catalogue de sciences naturelles,
un manuel de cosmologie ou d’ethnologie
mais qu’elle nous indique l’orientation fondamentale de l’homme,
dans la perspective d’une révélation de ce qu’il est, et de la façon dont Dieu nous parle.
Dire que « toute l’Ecriture est inspirée » ne veut pas dire
que tous les textes ont la même valeur,
qu’elle ne dépend pas des milieux historiques et culturels qu’ils l’ont produite,
que nous n’ayons pas à faire un effort d’interprétation pour la comprendre,
mais surtout que nous devons apprendre à la connaitre, à la fréquenter à l’aimer

car
3e conseil toute l’Ecriture, à commencer les textes de la première alliance – l’Ancien Testament –
se rapporte au Christ
 . Elle nous donne de mieux le comprendre,  et là encore, nous avec Lui.
Dans le cas présent, comment ne pas voir que Paul a pu supporter les railleries,
la persécution et l’emprisonnement même, grâce à cet attachement indestructible au Christ ?

4e conseil : cette liberté nouvelle acquise dans le Christ fait de nous,
même si le terme est aujourd’hui galvaudé, des « prophètes ».
Nous ne devons donc pas avoir peur d’assumer cette responsabilité de prophète,
c’est-à-dire de dénoncer et d’annoncer,
de ne pas se laisser impressionner  par les stéréotypes, les conformismes, les intimidations.
Nous sommes, comme au temps de St Paul, entourés de faux maitres,
de petits dieux de la mode ou d’idéologies frelatées, qui cherchent à capter l’audience,
les bonnes volontés et plus prosaïquement les ressources financières pour leur propre gloire.

Je lisais il y a peu de temps le récit d’un de mes confrères assomptionnistes
rescapé du camp de concentration de Buchenwald.
Tout le reste de la vie, il l’a passé dans la fédération des déportés à lutter
contre l’intolérance, la xénophobie,  pour la fraternité et la solidarité.
Il ne s’est pas dérobé à sa mission  de prophète,  de victime transformée en témoin,
alors qu’il n’avait aucune prédisposition pour cela.

A sa suite, je prie pour que plus jamais pareille situation ne revienne
et que le Dieu de la patience et de la bonté nous aide
à vivre paisiblement notre foi dans la confiance et l’espérance.

bonne semaine
Jean-François Petit
Prière

Nous sommes une dizaine, appartenant à la communauté de St Merry,
à partager chaque mois la bonne nouvelle de l’évangile.

Nous y apportons notre vie au quotidien, et ce que la Parole suscite en nous,
avec nos personnalités, nos sensibilités spirituelles propres,
nos interrogations et nos découvertes ; l’expérience de thérapeute d’Anne-Marie,
notre animatrice, propose un éclairage complémentaire.

Nous te remercions Seigneur pour ce lieu d’écoute, et non de débat,
pour ce lieu de fraternité, pour cette Parole
enrichie et appropriée par chacune et chacun.

André Letowski
Conclusion

Nous avons célébré et prié en communauté ;
nous allons poursuivre encore sous d’autres formes, notre prière.

Que ce soit : quand vous serez réunis en mon nom, je suis au milieu de vous
Que ce soit notre initiative personnelle ou nos initiatives collectives,
dans nos engagements quotidiens, à l’image du bon Samaritain.
Ou bien d’autres formes que nous inventerons,
mais toujours sans nous décourager,
avec ténacité et branchés sur les Ecritures.

Et cet envoi qu’exprime le texte de Luc
« Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ?
Les fait-il attendre ?
Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice »,
mais en se remémorant l’éclairage des commentaires de Robert et Jean-François.

André Letowski
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *