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Quand l’avenir nous échappe

Robert nous livre ses réflexions de « très vieil homme d’un avenir qui lui échappe, fatalement puisqu’il ne le verra pas », fort inquiet de ce qui s’annonce, lourd de menaces ; une réflexion adressée à ses petits-enfants à qui il écrit, en qui il a confiance pour changer ce monde.

J’ai lu et relu le livre de Bernard Perret : Quand l’avenir nous échappe. Desclée de Brouwer 2020. 231 pages. C’est un livre qui m’a marqué et a fait bouger mes convictions et interrogations sur l’avenir de l’humanité sur notre planète.
Plutôt que de faire une recension du livre, je me propose d’exposer où j’en suis : quel est le regard d’un très vieil homme sur un avenir qui lui échappe. Un avenir qui lui échappe fatalement puisqu’il ne le verra pas… Encore que la probabilité de catastrophes majeures ne soit pas exclue même à très court terme.

C’est d’abord une conviction renforcée. Une vie humaine sur la planète est liée à des équilibres naturels que nous sommes capables de détruire, mais non de réparer. Il s’agit bien sûr du climat, de la diversité biologique, de l’intégrité des sols, de la qualité de l’eau que nous buvons et de l’air que nous respirons. Nous le savons, tout ceci est gravement compromis par une croissance ignorante des limites de notre univers. Il est exclu que nous puissions restaurer les conditions favorables à une vie humaine pour les générations futures, sans modifier radicalement nos modes de vie ; nous devrons également revoir de fond en comble notre système économique.

Tout ceci, nous le savons depuis des décennies et si nous restons sourds aux invitations de plus en plus pressantes à « changer », ce n’est pas seulement en raison du poids de puissants intérêts financiers à court terme, c’est aussi parce que nous sommes tous, y compris les adeptes de la « décroissance »,  attachés, plus ou moins consciemment, à ce mode de vie, séduisant et confortable à certains égards, hérité des « trente glorieuses ».

Bernard Perret peut paraître très pessimiste : « Au tout début de ce siècle il était encore possible d’espérer une évolution progressive vers un développement plus soutenable. C’est désormais trop tard, nous avons perdu la main. » p 133. L’éventualité du chaos violent et généralisé ne peut pas être écartée. Le nier serait le moyen le plus sûr d’y tomber. C’est au contraire en l’envisageant que pourront être prises les mesures permettant de l’éviter.

Le pire n’est jamais sûr et il n’est jamais trop tard pour se ressaisir.  Ce qui pourra être fait, même tardivement, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou sauvegarder des zones de biodiversité, ne permettra peut-être pas d’éviter toutes les catastrophes, mais contribuera à les rendre moins meurtrières ou à en éviter certaines.

Ma génération a failli ; celle de mes enfants a failli.
Je fais confiance à la génération de mes petits-enfants (ils ont entre 20 et 40 ans) pour initier le changement de cap nécessaire. 
Il vous faudra beaucoup de courage et d’obstination, mais aussi une bonne capacité de discernement, de la prudence et en même temps de l’audace et de la créativité.
Vous ne réussirez que si vous êtes animés d’un amour authentique de vos frères en humanité et si vous savez résister aux séductions du pouvoir et de l’argent.
Je vous fais confiance.

Après ces convictions, quatre interrogations :

1 – Quel événement serait susceptible de provoquer une peur suffisante pour qu’une très large fraction des populations des pays développés accepte de renoncer aux plaisirs de la société de consommation ? Il ne semble pas que la pandémie Covid 19 soit d’une quelconque efficacité en ce sens. Les retombées économiques du confinement suggèrent, au contraire, que nous avons absolument besoin de croissance.

2 – Précisément, quel sera l’après Covid 19 ? Une course au rattrapage de la croissance ? L’occasion, à la faveur d’une prise de conscience des dirigeants européens, de mettre résolument le cap sur le développement des énergies renouvelables, et le rejet des processus industriels et commerciaux polluants ?

3 – Un « développement durable », c’est nécessairement une économie sans croissance ou avec une croissance très faible du PIB. Nous avons été drogués à la croissance et nous ne savons plus gérer une société sans croissance. Nous réagissons au recul provoqué par le confinement en ayant recours à une autre drogue dure, l’endettement massif. Mais ça ne durera pas toujours et le sevrage risque d’être très douloureux. Il faudra inventer.

4 Quelle alternative au capitalisme financier ?
Un système entièrement nouveau, à inventer ?
Une économie de marché encadrée par une planification à ré-inventer ? Au niveau européen ?

Que ces quelques réflexions soient aussi une incitation à lire le livre de Bernard Perret. Ecrit dans un style très fluide, il se lit facilement. Les mécanismes économiques et sociologiques à l’origine de notre drame écologique sont mis à la portée d’un public peu averti. Au lecteur pressé, je recommanderais particulièrement l’épilogue, le discours fictif d’un Président de la République fictif.

Robert Picard
18 novembre 2020

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