Quand le Bon Dieu s’énerve (et moi aussi)

« Deux articles récents dans la presse m’ont fait tiquer, une fois de plus, sur l’importance du sens – de ce qu’on fait, de ce qu’on croit juste… ». La chronique de Blandine Ayoub

 

Deux articles récents dans la Presse m’ont fait tiquer, une fois de plus, sur l’importance du sens – de ce qu’on fait, de ce qu’on croit juste…

Dans un des derniers numéros de La Vie, en septembre 2014, a paru un dossier sur l’héroïsme, après que toute notre année a été abreuvée par les commémorations de la première guerre mondiale. Je suis assez d’accord avec La Vie, qui pense que peu de personnes seraient a priori prêtes, aujourd’hui, à mourir pour la patrie, si on leur posait la question à brûle-pourpoint. Dans un sens, c’est presque heureux, si l’on pense que cette boucherie de 14-18, pas forcément indispensable, a été rendue possible par la grande abnégation et l’incroyable obéissance des Français (et Allemands) aux ordres d’un commandement militaire parfois totalement incompétent et irresponsable. Mais, ajoute La Vie, en revanche, des gens sont encore prêts à mourir « pour les autres » : des humanitaires, des journalistes, des religieux nous en donnent tous les jours la preuve, dans des histoires qui ont du sens, où les risques pris sont justifiés par la défense de valeurs (nous informer sur les atrocités du monde dont il nous faut être conscients) ou des personnes (se mettre en danger pour aider autrui).

Dans un tout autre registre, un article de La Croix du mardi 9 septembre dernier nous apprend que le pape François met fin au commerce des bénédictions. Quelle chance, me dis-je en voyant le titre ! A la lecture, c’est un peu plus subtil que ça : la vente de bénédictions ne sera plus sous-traitée à des commerçants du Vatican, mais redeviendra l’exclusivité du Saint-Siège, y compris par l’intermédiaire des nonces. Je m’interroge : que des personnes demandent un mot de remerciement quand elles font un don à des œuvres, – puisque l’argent en question part dans les œuvres du Pape -, ça ne me choque pas ; mais qu’on leur propose un parchemin de bénédiction pour un mariage, un baptême ou une ordination, ça me dépasse. Est-ce que le Pape ne bénit pas tous les nouveaux chrétiens, les nouveaux mariés, les nouveaux prêtres de chaque jour ? Qu’est-ce que cela apporte à quelqu’un qui peut payer 40€ (c’est le tarif) d’avoir la bénédiction nominative du pape, alors qu’ils ne se rencontreront sans doute jamais de leur vie et qu’il est un chrétien parmi plus d’un milliard d’autres ? Parce que ces bénédictions, achetables par qui veut et qui peut, sont quand même brandies dans les mariages et autres célébrations comme une grâce particulière, due au mérite exceptionnel de son ou ses bénéficiaires – ce que je trouve, pour le coup, un peu ridicule, et surtout totalement inapproprié. Fondamentalement, est-ce bien chrétien de vendre une bénédiction ? Quel sens cela peut-il avoir ? Il me semble que Simon le magicien s’était fait taper sur les doigts par Saint Pierre pour moins que ça…

Absurdité des boucheries humaines inutiles, non-sens de la bénédiction rémunérée : décidément, il y a des jours ou le Bon Dieu, comme dans la vieille chanson scoute, doit « s’énerver dans son atelier, en regardant le monde qu’il a fabriqué » !

Blandine Ayoub

 

1 Commentaire

  • Blandine, le cheminement de ma réflexion a été exactement identique au tien en lisant l’article de La Croix sur le commerce des bénédictions.

    Qu’on puisse en notre XXIè siècle, acheter des bénédictions, dépasse l’entendement.
    Certes le Vatican a besoin d’argent pour fonctionner ; mais de là à faire feu de tout bois en exploitant l’infantilisme et la crédulité des chrétiens, il y a une marge.

    Comment faire prendre conscience aux prélats qui administrent le Saint Siège, qu’en agissant ainsi, ils contribuent à couvrir l’Eglise de ridicule ?

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