Quand le Pape fustige le « fumier du diable »…

« On est en train de châtier la Terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l’odeur de ce que Basile de Césarée* appelait « le fumier du diable » : le désir sans retenue de l’argent qui commande »
Pape François, à Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), le 9 juillet 2015.

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Peut-être assoupis dans cette période estivale, n’avons-nous pas entendu les paroles du Pape François qui, début juillet, passait quelques jours d’hiver en Équateur, en Bolivie et au Paraguay.

Au cours de la deuxième rencontre mondiale des mouvements populaires, à Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), le 9 juillet 2015, le Pape François a déclaré : « On est en train de châtier la Terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l’odeur de ce que Basile de Césarée* appelait « le fumier du diable » : le désir sans retenue de l’argent qui commande. »

* Père de l’Eglise, 329-379, considéré comme l’un des précurseurs du christianisme social

Le Pape a apporté son soutien aux mouvements qui «luttent» pour les «droits sacrés», les «trois T : terre, toit, travail». Il les appelle à s’unir pour faire entendre dans le monde entier «le cri des exclus» et pour exiger «un changement de structures» parce que «l’on ne peut plus supporter ce système» qui «porte atteinte au projet de Jésus».

S’adressant à ces «semeurs de changement», il leur a dit : «ne vous sous-estimez pas», car «l’avenir de l’humanité est dans une grande mesure entre vos mains». Surtout «ne vous résignez pas » ; opposez «une résistance active au système idolâtrique qui exclut, dégrade et tue» car «il est indispensable que, avec la revendication de leurs droits légitimes, les peuples et leurs organisations sociales construisent une alternative humaine à la globalisation qui exclut».

Pour le Pape, il faut «dire non aux vieilles et nouvelles formes de colonialisme» car les peuples «ne veulent pas de tutelles d’ingérence où le plus fort subordonne le plus faible». Il faut tout aussi refuser «l’économie idolâtre» qui «exploite les marginalisés comme des esclaves». 

Faisant écho à l’encyclique Populorum progressio [Paul VI, 1967], François rappelle que, «la première tâche est de mettre l’économie au service des peuples : les êtres humains et la nature ne doivent pas être au service de l’argent. Disons non à une économie d’exclusion et d’injustice où l’argent règne au lieu de servir. Cette économie tue. Cette économie exclut. Cette économie détruit la Mère Terre». Il faut tendre vers une «économie vraiment communautaire».

Son exhortation Evangelii gaudium, en novembre 2013, fustigeait déjà « l’économie (qui) tue »,rejetant la présomption selon laquelle les seuls mécanismes du marché suffiraient à ce que la prospérité finisse par bénéficier à ceux qui en sont les plus éloignés. Plus récemment, son encyclique Laudato si’ (Loué sois-tu) dressait un tableau accablant d’une économie mondiale qui repose sur le consumérisme effréné d’une minorité, au détriment du reste de la population et de la planète.
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«Quand le capital est érigé en idole et commande toutes les options des êtres humains, quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique, cela ruine la société, condamne l’homme, le transforme en esclave, détruit la fraternité entre les hommes, oppose les peuples les uns aux autres et, comme nous le voyons, met même en danger notre maison commune

«La destination universelle des biens n’est pas une figure de style de la doctrine sociale de l’Église. C’est une réalité antérieure à la propriété privée. La propriété, surtout quand elle affecte les ressources naturelles, doit toujours être en fonction des nécessités des peuples

Enfin, le Pape nous rappelle que «la juste distribution des fruits de la terre et du travail humain n’est pas de la pure philanthropie. C’est un devoir moral. Pour les chrétiens, la charge est encore plus lourde: c’est un commandement. Il s’agit de rendre aux pauvres et aux peuples ce qui leur appartient».

Michel Bourdeau

Extraits du discours du Pape http://m.vatican.va/content/francescomobile/fr/speeches/2015/july/documents/papa-francesco_20150709_bolivia-movimenti-popolari.html

1 Comment

  • Après lecture d’un mensuel, le Monde Diplomatique, je venais de commencer un article au sujet du pape, et ce matin je découvre l’article de Michel Bourdeau.

    Je fais part ici d’une source et d’un article remarquable dans le Monde Diplomatique de septembre : un texte en première page du mensuel suivi de deux pleines pages intérieures. Titre : « le pape contre le fumier du diable ». Jean Michel Dumay, l’auteur journaliste, introduit l’ensemble dans le contexte de la prochaine visite du pape à Cuba et aux Etats Unis dont il a favorisé le rapprochement. Premier pape non européen depuis 13 siècles, dit-il, François a décentré le regard de l’Eglise sur le monde. Ecologie intégrale, réveil des consciences à l’assemblée des Nations Unis….

    D’une part, je remercie le Monde Diplo, d’autre part je me permets de suggérer de se procurer le numéro de septembre. Ce serait rendre justice à une des rares publications dont le ton libre (aucune recette publicitaire, subvention dérisoire de l’Etat ) et exigeant est devenu une rareté.

    Marie-Thérèse Joudiou

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