« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

L'aveugle-né, Saint-Apollinaire, Ravenne (Italie)25 octobre 2015
30ème dimanche du Temps Ordinaire
Année B

Faites résonner vos louanges et criez tous :
« Seigneur, sauve ton peuple,
le reste d’Israël ! »
Voici que je les fais revenir du pays du nord,
que je les rassemble des confins de la terre ;
parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux,
la femme enceinte et la jeune accouchée :
c’est une grande assemblée qui revient.
Ils avancent dans les pleurs et les supplications,
je les mène, je les conduis vers les cours d’eau
par un droit chemin où ils ne trébucheront pas.
(Jr 31, 7-9)

Introduction
Bonjour et bienvenue à tous!
La parole d’aujourd’hui nous parlera de rendre la vue à un aveugle. Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais Jésus s’arrête, et l’appelle.
Il y a 50 ans, presque jour pour jour, à l’occasion du concile Vatican II, l’Eglise faisait une déclaration sur les religions non-chrétiennes. Elle voit le genre humain comme chaque jour plus étroitement uni, et exhorte explicitement au dialogue avec les autres religions pour que le Spirituel progresse ensemble, avec eux.
Hier soir, 50 ans plus tard presque jour-pour-jour, le pape François concluait le synode sur la famille avec des mots sans équivoque. Il rappelait que l’Evangile est la source d’une nouveauté éternelle, et non pas une pierre morte que l’on jetterait sur nos prochains. Il a mis en garde l’Eglise même contre son propre endoctrinement, contre les cœurs fermés qui se cachent derrière les enseignements ou les bonnes intentions.
Alors aujourd’hui, qui est aveugle? Qui appelle? Qui est au ban de la foule? Pendant cette célébration, que l’Esprit nous re-donne la vue, qu’il ouvre nos yeux et notre cœur  à tous ceux qui sont assis au bord de nos chemins.

 Pour référence– déclaration nostra aetate  :
« À notre époque, le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni, (…) tous les peuples forment, en effet, une seule communauté (…). L’Église catholique (ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle) exhorte au  dialogue et à la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et à reconnaître , préserver et faire progresser les valeurs spirituelles qui se trouvent en elles. »

 Pour référence – discours de clôture du synode :
« L’Évangile est la source vive d’éternelle nouveauté, contre qui veut « l’endoctriner » en pierres mortes à lancer contre les autres.
Le synode a aussi mis à nu les coeurs fermés qui souvent se cachent jusque derrière les enseignements de l’Église ou derrière les bonnes intentions pour (…)  juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées. »

François Dousset

Commentaire
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Question assez naturelle face à un malade ou à un handicapé ; question néanmoins quelque peu déconcertante par son apparente ingénuité ; y répondre me semble souvent n’être pas si facile ni aussi évident que dans l’épisode relaté par Marc. Pas facile parce qu’elle me met au pied du mur de mes désirs et d’une réelle volonté de vivre, peut-être défaillante. Difficile en effet pour un malade, un handicapé ou pour une personne en grande difficulté de garder au cœur intact son désir de guérison ou de « normalité ». Parfois pour de bonnes raisons : il aura, a force d’adaptation et d’inventivité, développé une nouvelle manière d’être au monde, trouvé dans l’état qui lui est imposé des ressources insoupçonnées… mais dans nos sociétés on observe trop souvent chez le malade une tendance fâcheuse à s’identifier à sa pathologie, tendance qui peut devenir à la longue le principal obstacle à sa guérison car beaucoup d’éléments y contribuent : planning des RDV médicaux, rythme de prise des médicaments, la maladie comme sujet récurent et inépuisable de conversation ou de plainte ; jusqu’à la prise en charge sociale du malade pourtant si nécessaire mais qui, en lui conférant un statut, contribue parfois à l’y enfermer.

Lors de la préparation lundi dernier, nous avons relevé une certaine similitude entre ces deux passages, du livre de Jérémie et de l’évangile de Marc. Certes il s’agit chez Jérémie d’un vécu collectif alors que l’évangile nous relate une expérience d’abord individuelle et subjective s’il en est : le cri puissant, insistant d’un homme qui dérange, qui effraye mais finalement lui fraye un chemin vers Jésus. Dans les deux textes cependant un même mouvement partant d’un état d’aliénation et allant jusqu’à une jubilation ; mouvement initié et porté par une foi faite de connaissance ou plutôt de reconnaissance : c’est la prière de louage du peuple juif ; C’est Bartimée qui entend, qui reconnait que c’est Jésus qui passe. Sans cette dynamique d’une foi reconnaissante, nos prières de demande seraient vite pathétiques. L’évangéliste Marc, dans son style à la foi enlevé et succinct, relate un déroulement rapide. Mais nous savons d’expérience qu’il s’agit le plus souvent d’un processus bien plus long : prises de consciences souvent douloureuses quand elles nous dépouillent de protections illusoires, reprise de confiance n’excluant pas quelque rechute dans le doute et le désespoir, vents et voix contraires qui faute d’éteindre la flamme, la ravive…et puis, enfin, la rencontre providentielle, l’évènement qui fait la différence et ouvre le jeu.

« Déliez-le et laissez-le aller » dit Jésus lorsqu’il rappelle à la vie son ami Lazare. On comprend ainsi que s’il est important d’accompagner et de soigner, il est essentiel de restaurer le malade dans sa dignité d’homme libre, autant que possible acteur de sa propre vie, car nous dit Saint Irénée « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant »

Alain Clément

 

Seigneur, quand l’aveugle Bartimée était oppressé par la foule qui cherchait à l’écarter, Tu l’as accueilli et tu as su reconnaître en lui son désir de vivre.
Au moment où se termine le Synode sur la famille et alors que les résultats ne seront peut-être pas à hauteur de nos espérances, que ton Eglise sache faire de même avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps.
Quelle que soit leur histoire, quelle que soit leur situation familiale, célibataires, mariés, divorcés, homosexuels, avec ou sans enfants, familles recomposées, familles d’adoption, que ton Eglise sache reconnaître en chacun d’entre eux, le désir d’aimer et d’être aimé. Comme tu as remis debout Bartimée, qu’elle sache les restaurer dans leur dignité, et qu’elle sache discerner dans leur vie, les signes de Ton amour.

Vincent Moreau

A l’heure, où en Israël et Palestine, les affrontements reprennent, la violence sourd et l’explosion menace, beaucoup d’entre eux, dont on ne parle pas dans les médias, veulent le respect de l’autre et vivent en paix avec leurs voisins. Prions pour que leur travail de paix, leur persévérance silencieuse finisse par avoir raison de la haine.

François Dousset

Intervention de Michel Bourdeau  sur le Synode sur la Famille

Voilà, le Synode sur la Famille vient de s’achever hier au Vatican Pour le moment, comme vous tous, je n’ai que des échos de presse.
Les médias rapportent que les pères du Synode ont cherché à éviter toute division.
Le cardinal Rodolph Schonbron, de Vienne en Autriche, nous avait prévenus :
« Seront déçus : les rigoristes et les laxistes ». (Mais nous ne sommes ni les uns, ni les autres).
Les médias parlent d’une avancée timide vers les couples de divorcés-remariés dont l’accès à l’eucharistie serait laissé au “discernement“ des prêtres.
Ils disent aussi que les personnes homosexuelles ont été oubliées si ce n’est à travers leurs familles, qui : « vivent l’expérience d’avoir en leur sein une personne ayant une tendance homosexuelle ».
Attendons d’avoir le texte final du Synode pour l’étudier, en parler et en juger.
Aussi, d’ores et déjà, je suis allé voir le discours que le pape a prononcé lors de la clôture du Synode. Il s’y réjouit que « l’Eglise n’ait pas eu peur de secouer les consciences anesthésiées ou de se salir les mains en discutant de la famille d’une façon animée et franche… Pour nous tous le mot “famille“ ne résonne plus comme avant ». Il dit aussi que « le Synode a cherché à ouvrir les horizons pour dépasser toute fermeture de perspective » Il appelle à « lire les réalités avec les yeux de Dieu ».
Attendons de voir comment il ouvrira comme il le promet « un chemin nouveau »
dans les conclusions qu’il tirera de ce Synode dans un texte dénommé “Exhortation finale“ prévu pour l’an prochain, sans doute.
Nous aussi, nous aurons à ouvrir un chemin nouveau lors de notre assemblée générale du 8 novembre. Déjà le TOP – texte d’orientation pastorale – propose de mettre l’accueil au cœur de nos priorités.
Ce mot accueil revient à chaque ligne de notre “Discernement vis-à-vis des familles“ texte fondé sur notre sensus fidei [notre sens de la foi] que l’Atelier Synode sur la Famille a publié avant le Synode.
Au cours de notre AG, il s’agira pour nous tous de passer des mots aux actes en inventant de nouvelles formes d’engagement et de pratiques vis-à-vis de la diversité des situations familiales vécues au sein de notre communauté. Une attitude de miséricorde bien que nécessaire ne sera pas suffisante.

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