« Que votre oui soit oui ! »

Le discours sur la montagne est une composition littéraire de l’auteur, mais elle est fondamentale : elle exprime comment les premiers chrétiens, majoritairement d’origine juive, devaient appliquer la LOI, pour pouvoir accéder à la FOI.

Dimanche 16 février 2014
Année A
6ème dimanche du temps ordinaire

Lectures

  • Lecture du livre de Ben Sirac le Sage Si 15, 15-20
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 5, 17-37

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir… Je vous le dis   : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. 
Vous avez appris qu’il a été dit …  Eh bien moi, je vous dis…»

Mot d’accueil
D’un dimanche à l’autre, nous poursuivons la lecture du Sermon sur la montagne, aujourd’hui mis en relation avec un passage du Livre de Ben Sirac le sage. A première vue, deux thèmes, essentiels, ressortent de ces textes. On y parle de loi et de liberté.
La loi, un mot que l’on ne cesse de rencontrer. Elle balise la vie, l’enveloppe, l’encadre, la structure, parfois même la régit de façon trop précise. Même le silence de la loi fait loi. Et quant elle semble incertaine, difficile à comprendre ou à appliquer, inadaptée à certaines situations concrètes, il y a des prophètes qui l’explicitent. Bref, rien ne lui échappe. On peut alors comprendre la loi comme un chemin de vie. Nous retrouverons tout à l’heure ce mot de « chemin » sous la plume de Matthieu.
Alors, la loi du Sermon sur la montagne, avec toute sa radicalité, est-elle une loi rigoriste ? Est-elle une loi laxiste ? Et si cette question que l’on s’est tous posé, un jour ou l’autre, était hors de propos, non pertinente ? Pourquoi ? Parce qu’elle apparaît comme une loi sans juge. Ou plutôt, comme une loi qui n’a pas d’autre juge que le désir intime du chrétien de vivre pleinement en disciple du Christ. Il ne s’agit pas, en effet, d’un recueil de normes juridiques qui seraient opposables à ceux qui s’y réfèrent – on le comprend aisément à la lecture du texte, même si certaines de ses paroles ont bizarrement été interprétées autrement au cours de l’histoire (à propos du divorce). Il s’agit, en réalité », d’une loi morale toute entière orientée pour la vie, pour plus de Vie, une loi qui montre le chemin à suivre pour vivre en fils et filles de Dieu. Et plus de Vie, nous le réentendrons tout à l’heure, cela passe par la protection des liens entre les hommes et par leur rétablissement lorsque c’est nécessaire. C’est ainsi, pour ne prendre qu’un exemple significatif, que toute blessure infligée au frère, même la plus légère, y est dénoncée et doit être réparée. Cette loi est la charte de la vie chrétienne, qui invite à une conversion constante du regard et du cœur. Non pas une loi accusatrice, culpabilisante, comme certains veulent le faire croire ; une loi structurante, qui se vit avec les autres, pour les autres, et qui inclut une tension constante entre l’amour inconditionnel et la justice.
C’est à ce stade que l’on peut introduire le thème de la liberté de l’homme. C’est une affaire sérieuse. Car Dieu prend au sérieux notre liberté. Nous l’entendrons dans le livre de Ben Sirac. Nos choix sont totalement libres. Ni le bien, ni le mal ne sont en l’homme. Dieu accompagne tout homme en posant sur lui son regard. Non pas un regard qui écrase ou enferme. Un regard qui libère et fortifie. Il nous convie ainsi à faire librement le choix de la fidélité et de la vérité de la relation à Dieu et aux autres.

 Olivier Coutor

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Introduction en prière par les chants
Non, Jésus n’est pas venu abolir la loi mais bien l’accomplir jusqu’à la mort.
Il est celui qui a fait des commandements une Parole qui éclaire, qui aide chacun à choisir.
Et pour ce faire, Il est celui qui a risqué pour nous un passage entre l’éternité de Dieu et la fuite des temps qui scande chacune de nos vies
Afin de nous enseigner le ciel, de nous mettre debout, afin de nous offrir le partage du pain
Pour que nous puissions accueillir simplement l’amour que promet chaque jour
Le regard Dieu a pris notre visage
Et sa Parole court dès nos commencements

 Alain Cabantous

Commentaire de l’évangile

Le discours sur la montagne est un ensemble de trois chapitres au début de l’Évangile de Matthieu (5, 6, et 7). C’est évidemment une composition littéraire de l’auteur, mais elle est fondamentale : elle exprime comment les premiers chrétiens, majoritairement d’origine juive, devaient appliquer la LOI, pour pouvoir accéder à la FOI. La loi c’était la recherche de Dieu, suscitée par Dieu lui-même, de tout un peuple à travers les âges, sa formidable attente et son espérance fixées dans des paroles et des mots, mais des mots qui se sont figés, solidifiés, congelés, et qu’il faut briser, sans les perdre, afin de les recomposer pour qu’ils donnent la vie, qu’ils deviennent les mots de l’acte de foi. C’est là toute la cuisine du sermon sur la montagne. Cette question ne se pose pas dans les mêmes termes pour nous, qui ne sommes pas majoritairement d’origine juive, mais plutôt d’origine déjà chrétienne. Nous avons la même cuisine à faire, car nous aussi, nous devons, à partir de notre éducation, de notre manière de vivre, qu’elles soient chrétiennes ou non, accéder à la FOI en acte, à l’ACTE DE FOI.
La clef donnée dans le discours sur la Montagne est simple à énoncer, mais sans doute plus longue à utiliser. Pour accéder à la FOI, nous dit Jésus, vous devez interpréter (« on vous a dit…, eh bien moi je vous dis ») les lois et les dogmes, et devenir des hommes et des femmes DEBOUT. C’est à dire des hommes et des femmes dont l’humanité est suffisamment épanouie pour qu’ils soient, pour eux-mêmes et pour tous les autres, des signes de la résurrection. DEBOUT et RESSUSCITÉ sont des termes synonymes. Dire « je crois en Dieu » et en rester là, n’est qu’une amorce de la foi, mais chercher en moi, dans ma vie et mon comportement, au cœur de mon être, les signes que le mystère de Dieu est en moi, est un engagement dans une foi vivante. C’est à cela que nous provoque le sermon sur la montagne. Les lois et les dogmes, nous les retrouverons si nécessaire après l’acte de foi, et avec un tout autre effet.

La FOI est donc ce qui est donné par l’ESPRIT SAINT à des hommes et des femmes DEBOUT. Elle ne s’acquière pas par l’étude ou l’accumulation de connaissances, elle ne s’acquière pas non plus par l’accumulation de rites ou de prières. Elle est don gratuit de Dieu.
Par exemple au catéchisme, nous n’avons d’abord pas à apprendre les dogmes et les textes aux enfants, en espérant qu’ils deviendront, grâce à cela, des bons chrétiens, mais à les aider à devenir des hommes et des femmes adultes, matures, responsables, capables de recevoir le don gratuit de la foi que leur fait l’Esprit. Certes il faut leur donner les mots de notre foi, ce sera pour eux des pistes, mais aussi leur dire qu’ils auront à les briser ces mots pour inventer les leurs, les mots de leur acte de foi à eux. L’enseignement abstrait et mécanique conduit à absolutisation des dogmes, et conduit à l’intégrisme et au fanatisme, nous le voyons tous les jours dans l’actualité.
« Qui est Dieu » seul Dieu peut nous l’apprendre, mais « Qui est mon frère », c’est à moi de le découvrir. Ce que Jésus propose à ses disciples dans ce sermon sur la montagne, et à travers eux à nous-mêmes aujourd’hui, c’est de façonner notre humanité pour la rendre accessible à la foi. Pour ne prendre qu’un exemple, le « tu ne tueras pas ». Entre le meurtre et ce que Jésus nomme « la colère » il y a un lien, mais ce n’est pas le passage à l’acte, le meurtre, qui enferme l’homme dans le mal, c’est ce qu’il a dans son cœur, la « colère » (qui n’est pas ce que nous nommons colère, pas d’anachronisme, Jésus n’est pas un psy.). Empêcher ou punir le meurtre est nécessaire mais ne change rien si le meurtrier ne change pas son cœur. C’est tout simple, mais c’est tout un programme ! C’est évidemment l’attitude et les choix de toute une vie dont il est question. On ne se met pas DEBOUT d’un coup. Dans ce discours, Jésus à travers de nombreux exemples trace un chemin.
On peut regrouper les « conseils ou propositions de vie » de ces trois chapitres du sermon, en trois thèmes : ça tombe bien ils sont fondamentaux pour aujourd’hui :
1. Le souci du frère, et la question du vivre ensemble.(différences et discriminations, les femmes, les immigrés, les homosexuels, les jeunes). Mais savons-nous aimer ? L’amour est toujours à réinventer, chaque jour.
2. Le pardon, pas l’excuse ou le « je suis désolé » : il s’agit du pardon que Jésus est venu apporter aux hommes et qui révèle, en les sauvant, ce à quoi les hommes sont appelés, être uni à Dieu. Si la foi est liée à tout ce qu’il y a dans l’homme, elle est nécessairement liée à ce qu’il y a de mauvais et de pire en lui, elle est liée à ce qui est justement la négation de Dieu. Le pardon c’est Dieu qui vient nous traquer jusque dans nos retranchements.
3. La vie communautaire, qui n’est pas un mot de Jésus, qui lui parlait de former une famille. La première communauté chrétienne se pensait comme une famille, comme une famille privilégiée par rapport à la tribu ou au clan. Cette question, s’il en est, est d’actualité ! L’évolution de la famille, qu’on l’accepte ou qu’on la combatte, influe fortement sur l’évolution et la forme de notre communauté. Le fruit de la communauté est la fraternité : ce sera notre thème de carême.
Pour atteindre à l’acte de foi accomplir la loi et les dogmes ne suffit pas, c’est la vie elle-même qu’il faut accomplir. Une communauté comme la nôtre se doit de faire à tous, au-dedans comme au dehors, des propositions pour aller vers une humanité plus belle. On trouve légitime que l’église se soucie d’éducation, il s’agit de développer l’humain dans l’homme. Les institutions catho. ont peut-être perdu leur légitimité ou leur âme dans ce domaine, mais l’intention est juste. C’est le rôle de la solidarité et de l’art qui étaient dés le départ dans le projet initial du CPHB : être au service de l’humain dans l’homme pour que l’Esprit Saint puisse y faire son Job.

Jacques Mérienne+

 

Mot de la fin

 

Que votre oui soit oui. Nous avons entendu ce matin cet appel à plus de fidélité, plus de cohérence dans notre vie. Un appel à la responsabilité aussi. Pour nous-mêmes d’abord. Mais aussi pour les autres, car nous ne cessons de recevoir l’Evangile des autres et de le proposer aux autres. Ce n’est que lorsque les mots de l’Evangile sonnent vrais dans la vie des chrétiens qu’ils acquièrent tout leur sens, qu’ils redeviennent crédibles. Laissons-nous l’esprit agir en nous ? Avançons sur le chemin que nous montre le Christ, lui qui nous appelle ses amis.

 Olivier Coutor

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