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Quelles audaces pour notre église ?

Dimanche 26 mai 2019

PREMIÈRE LECTURE  (Ac 15, 1-2.22-29)
« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé
de ne pas faire peser sur vous d’autres
obligations que celles-ci qui s’imposent »
PSAUME  (Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)
Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
DEUXIÈME LECTURE  (Ap 21, 10-14.22-23)
« Il me montra la Ville sainte qui descendait
du ciel »
ÉVANGILE  (Jn 14, 23-29)
« L’Esprit Saint vous fera souvenir
de tout ce que je vous ai dit »

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Au nom des 7 que nous étions lundi soir nous voulons vous souhaiter un bon jour !
Oui des souhaits d’abord : Que ce soit pour toutes nos mères, et plus largement nos parents, une journée d’attention et de reconnaissance,   que pour nous tous se réalisent de vraies rencontres aujourd’hui,   que l’Europe, en ce jour d’élections, soit un réel  sujet de notre attention, et que tous nous vivions  aujourd’hui, … et demain !  une disponibilité grande ouverte à l’Esprit qui est en  chacun de nous.
Pour notre célébration d’aujourd’hui, nous avons retenu 2 textes :
d’abord,dans l’évangile de Jean,  un échange de Jésus avec ses tout proches pour les inviter à  garder en eux sa parole, à la mastiquer, à la ruminer… et un appel à  vivre dans la paix, dans la joie profonde:  » je m’en vais, et je reviens…
l’autre passage retenu est tiré des actes des apôtres : pas question d’imposer la circoncision à ceux qui, venus du monde non juif, voudraient suivre Jésus. Pas question de faire de nos rites et observances traditionnelles des passages obligés pour nos contemporains issus d’une vie et de cultures si différentes de la nôtre. L’important n’est pas d’abord d’observer des règles ,  mais de vivre debout ! Les règles sont faites pour l’homme, et non pas l’homme pour les règles. Ouvrons nos coeurs pour entendre en profondeur ces paroles de vie… au nom du Père et du Fils et de l’Esprit.

Jean-Luc Lecat-Deschamps

 Commentaire sur Actes des apôtres et Jean

L’équipe de préparation se disait que l’église naissante avait fait preuve de la plus grande audace pour décider l’abandon de la circoncision. Évidemment c’est pour nous de l’histoire ancienne, un cas réglé. Mais ce qui nous a fait réfléchir dans ce texte, c’est d’une part la méthode, le processus utilisé pour gérer un conflit et décider une évolution majeure. Et d’autre part nous nous sommes demandé quel serait l’équivalent aujourd’hui de cette remise en cause de la circoncision, quelles seraient les circoncisions à abandonner au 21ème siècle, et en quoi consisteraient nos audaces.

A – Concernant le processus de décision, soulignons trois éléments :

  • 1 Les frères se confrontent aux décisions à prendre, en dehors d’un cercle restreint ou d’un lieu particulier. Cela se passe à Antioche, puis à Jérusalem, puis de nouveau à Antioche, et la décision évoque la globalité de la Syrie et la Cilicie, le pays de Paul. Les chrétiens se demandent déjà comment il est possible de vivre l’unité dans la diversité, de vivre l’universalité malgré les différences. Cela fait évidemment écho à l’actualité de l’église.
  • 2 Les frères parlent à d’autres frères, le terme revient à plusieurs reprises. Les communautés sont des fraternités. Cela n’empêche pas de vifs affrontements, qui provoquent trouble et désarroi, et il est reproché à certains de parler sans mandat de la part des apôtres et des anciens. Peut-être tout cela est-il évocateur pour nous.
  • 3 La méthode utilisée consiste d’abord à se réunir pour discuter, puis à désigner à l’unanimité des représentants choisis parce qu’ils ont « de l’autorité ». Enfin, la décision, pastorale pourrait-on dire, est le fruit d’une méditation de foi : « l’esprit Saint et nous-mêmes avons décidé ».

Dans les actes, l’esprit saint accompagne et inspire la décision, et dans l’évangile, Jésus nous a prévenu « l’esprit saint vous enseignera tout ». L’évangile insiste sur le fait que l’Esprit et Jésus lui-même sont des envoyés. L’envoyé c’est celui qui annonce du nouveau, celui qui change le cours des choses, qui arrive, qui part, qui pousse en avant ou qui pousse dehors. Jésus dit « je m’en vais », pas seulement parce qu’il va mourir, mais parce que c’est dans la nature de l’envoyé de partir après avoir délivré son message, pour laisser parfaitement libres ceux qui gardent son message dans leur cœur.

Je trouve ce rapprochement fécond : si Jésus peut s’en aller, si l’esprit peut venir par exemple pour décider le changement d’un rite, cela signifie donc qu’il y a une issue. Nous ne sommes pas prisonniers d’un monde courant à sa perte, d’une existence absurde, d’une foi figée, d’une église irréformable. « Si vous m’aimiez, si vous gardiez ma parole, dit jésus, vous seriez dans la joie puisque je pars ». « L’esprit et nous-mêmes » avons le champ libre pour décider, pour créer du neuf, pour écrire l’histoire, et cela est profondément heureux.

B – Sur le sujet même du conflit d’alors : la circoncision est-elle obligatoire pour tous, ou non ? Il s’agit d’un rite millénaire, la bible l’a justifiée depuis toujours comme signe de l’alliance entre Dieu et les croyants, et la circoncision dépasse les frontières du judaïsme. Un rite de première importance donc que les chrétiens décident de ne plus rendre obligatoire. C’est un vrai retournement de pratique, c’est une audace.

On peut méditer sur 4 caractéristiques de cette audace, peut-être tout aussi valables au 1er siècle que pour nous aujourd’hui :

  • 1 On ose remplacer la circoncision par le baptême comme rite d’alliance, et Paul le justifie en écrivant qu’il s’agit « d’une circoncision du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre » (Rm 2, 28). Il s’agit de sortir de l’interprétation littérale de la bible, de reconnaître que Jésus n’a pas voulu d’une église qui divise ou exclut les hommes au nom d’une loi infaillible et immuable. Et que dans la ville céleste de l’apocalypse, il n’y a pas d’autre sanctuaire que Dieu lui-même (le texte du jour que nous n’avons pas lu). Donc, à travers la polémique sur la circoncision, il y a le débat sur la place de la loi, des dogmes et des croyances, par rapport à notre foi.
  • 2 Ce rite de la circoncision prétendait corriger la nature, alors que les pères de l’église soulignaient au contraire que la circoncision allait à l’encontre de la perfection de la création, pour justifier son abandon. En arrière plan des visions anthropologiques et théologiques s’opposent sur la nature humaine et la création, le respect ou l’hostilité à l’égard de la vie. Soit dit en passant, cela me semble faire écho ces jours ci avec les prises de position cacophoniques de l’épiscopat sur le cas Vincent Lambert
  • 3 Évidemment, au moins comme un non-dit, la circoncision comporte un symbole sexuel, elle cherche à contrôler la sexualité des mâles, ou au minimum à signifier l’appartenance religieuse sur le plan corporel le plus intime. Le débat porte donc sur le rapport entre morale et religion. Quelle est la place des normes éthiques dans le christianisme ?
  • 4 enfin, à l’époque, des non-juifs souhaitent devenir chrétiens et la circoncision les heurte parce que cela ne fait pas partie de leur culture ni de leur tradition. Fallait-il demander aux « païens » de changer de culture et d’identité ? Y-a-t-il une identité chrétienne, ou bien n’y-a-t-il qu’une façon chrétienne de vivre son identité propre ? Faut-il défendre mordicus l’identité chrétienne, ou bien accepter de la reconsidérer pour rendre plus universel le message du christ, comme ont fait les apôtres ? Un débat on ne peut plus actuel sur l’identité, sur l’unité, et sur la nature du sacré dans la religion.

Alors, quelles seraient nos audaces pour notre église aujourd’hui ? Quelles sont les circoncisions qui encombrent notre foi et nos communautés au 21ème siècle ? On pourrait par exemple répondre spontanément l’interdiction d’ordonner des femmes. Mais il y en a sans doute d’autres moins évidentes et moins médiatisées, plus subtiles, plus personnelles. Nous vous proposons de méditer quelques instants sur ce thème, et si vous le voulez, vous pourriez inscrire sur le post-il une audace pour notre église aujourd’hui.

Jacques Debouverie

Prière eucharistique

 Seigneur, en ce jour de gloire, nous venons à toi, Père très saint. Prends-nous en grâce et bénis-nous. Illumine pour nous ton visage ; dans nos cœurs et nos différents milieux de vie, révèle ton chemin et ton salut, par le Christ, notre Seigneur, et dans l’Esprit Saint. Oui Père, l’Esprit nous enseignera tout.  Dans la cité sainte que tu bâtis, c’est toi le sanctuaire. Toi seul gouvernes le monde avec droiture. Tu nous appelles à y vivre la liberté. Par ton Fils, tu nous fais une belle offre de paix. Et pour te rejoindre sur le chemin de nos Galilées où Il nous précède, des ruptures et des compromis sont indispensables. Dans ton Fils et l’Esprit-Saint, en union à tous les anges et tous les saints, nous chantons ta gloire et nous proclamons :  Saint ! Saint ! Saint … Père saint, source et couronnement de toute sainteté, nous célébrons ce jour la résurrection de notre Seigneur, sa victoire sur le mal. Par lui qu’à ta droite tu as élevé, nous te prions : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous + le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur. 

Peu avant sa Passion, il prit le pain, et après l’action de grâces, il le rompit et le donna à manger à ses disciples, leur disant : « Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous ».
Après le repas, il prit la coupe qu’il donna à ses disciples, leur disant : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi. » Alors que nous faisons le mémorial de la mort et de la résurrection de ton Fils, nous t’offrons Seigneur ce pain de la vie et cette coupe du salut. Fais Père, qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, l’Esprit Saint nous rassemble en un seul corps. Fais de ce corps, de cette communauté, ton Église, un corps solide, un corps saint, qui raconte aux hommes les chemins de l’Alliance. Et ce, sous la conduite de nos pasteurs, le Pape François,  de notre évêque Michel et de tous ceux qui, dans cette grande famille, corps d’élus et de témoins multiples, de tous horizons, de toute culture, de toute langue et de tout peuple, prennent le bâton de pèlerin, pour dire l’Évangile de la vie dans nos coeurs, dans nos familles et les nations. Et tu sais Seigneur, combien rude est le chemin de la mission.
Pour vivre cette liberté d’enfants, merci, Père, de nous donner de découvrir et d’accepter, en échange à la fidélité à ton nom, les circoncisions d’aujourd’hui et les ruptures à dépasser, dans nos rapports aux autres et au monde.
Découvre nous ce que nous avons souvent tendance à imposer à ceux qui souhaitent rejoindre notre communauté.
Découvre nous ce que sont nos barrages pour faire communauté avec les autres. Les mots que tu nous dis surprennent souvent nos attentes. Appelés par ton Fils à semer l’espérance, donne-nous, Père le risque de l’audace, de ces audaces qui nous mettent en marche, pour que tu demeures en chacun de nous, en chacune de nos familles.
Aujourd’hui, nous célébrons nos chères mères, à qui nous devons attention et reconnaissance, nous portons nos choix sur des frères que tu appelles au parlement européen, et nous accueillons dans la joie le choix que ton Eglise porte sur des frères, le P. Alexandre Denis et le P. jean-François Briard qui vont avancer avec nous dans cette belle aventure de la diffusion de l’Évangile à St Merry. Fais-nous, avec eux et pour ta gloire, pèlerins de l’espérance, prophètes de la vie. Que Marie, mère de notre Seigneur Jésus-Christ, intercède pour nous auprès de ton Fils. Et qu’avec Saint Joseph son tendre époux, avec les apôtres et tous les saints, nous soit ouverte l’éternité bienheureuse. Et qu’en Jésus-Christ nous chantions ta louange. Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. Amen.

Fête des mères : ce matin j’ai téléphoné à ma mère pour lui souhaiter une bonne fête. Elle me demande de ne pas manquer de dire un mot à mes mères de France. Dans ma tradition, une mère est celle qui donne la vie, tout comme celle qui l’accueille. A St Merry, vous m’avez accueilli. A vous toutes mes mères de St Merry, je dis : bonne fête. Bénédiction 

P. José Egilde MANDIANGU

« L’Eglise questionnée… Qu’avez vous fait de lui  »  Jll 7/04/19

Envoi

En guise de complément de nourriture de route pour la semaine, nous vous proposons d’entendre,  et peut-être de faire vôtres, quelques unes des réflexions partagées sur les post it :
Quelles audaces pour notre Eglise sommes-nous appelés à  vivre ?
– Audace! audace! la place des femmes dans l’église, leur ordination, le mariage des prêtres, la diversité des cultes, l’élection des évêques
– Arrêter de gloser sur l’exclusion des divorcés remariés de la vie eucharistique.  Que les baptisés laïcs avec les clercs relèvent le défi de donner une image évangélique de l’Eglise.
– Considérer que l’amour entre deux personnes de même sexe a autant de prix que l’amour entre deux personnes de sexe opposé et favoriser les bénédictions publiques de couples homosexuels.
– Revoir le statut des prêtres pour l’adapter au 20e siècle.
– L’Eglise doit revenir à l’essentiel : Aimez-vous et organisez vous autour de cette évidence.
Elle doit réduire la cléricalisation qui préside à son organisation actuelle. Elle doit laisser les hommes s’organiser eux-mêmes comme ils l’entendent, elle n’a pas à s’immiscer ni à  condamner ce qu’ils font. Elle n’a pas à corriger la manière intime dont on vit.

Détenteurs de ces quelques extraits de souhaits, laissons l’Esprit les enraciner en nous et leur permettre de porter du fruit !
Et bon courage à chacun de nous !

Jean-Luc Lecat-Deschamps
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