RAPATRIÉE

Comment rentrer en France des Philippines au temps du confinement. Récit d’une aventure dans la chronique de Jean Verrier

Claire, 22 ans, notre petite-fille arlésienne et son amie Laura étaient arrivées le 7 mars dernier aux Philippines après un voyage de plus de 4 mois pendant lesquels, sac au dos, elles avaient traversé l’Inde, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, et le Vietnam. Tout cela à pied , en car, en scooter, en tuc-tuc, en train, en bateau… 

Dernier coucher du soleil aux Philippines

Dans la petite ville de Moalboal, au sud de l’île de Cebu, soit à plus de 300 kilomètres au sud de Manille, elles avaient retrouvé des amis de voyage. L’hôtelier était prêt à les garder jusqu’à ce qu’on l’oblige à fermer, ce qui n’avait pas tardé au moment même où la plage fut interdite. La population locale était devenue moins accueillante pour ces étrangers venus de pays contaminés. 

Beaucoup de touristes sont alors partis à Manille ayant acheté très cher un billet de retour (de 1000 à 3000 euros) sans garantie de retour vers la France. Arrivés à Manille, après avoir dormi plusieurs jours devant l’aéroport, beaucoup ont appris que leur vol était annulé. Et des avions sont partis aux trois-quarts vides avec des passagers qui avaient  payé le prix fort.

Mais Claire et Laura s’inscrivent sur les listes des 130.000 Français expatriés qui souhaitent leur retour en France. L’Ambassade demande alors aux Français des Philippines de s’identifier. Ils doivent recevoir une confirmation de prise en charge. Un vol spécial à tarif négocié (300 euros) assuré par Qatar Airways a été organisé par le gouvernement le 24 mars pour assurer le retour de 406 Français au départ de Cebu puis Manille  avec escale à Doha.   Claire et Laura, on ne sait pas pourquoi, sont les seules du groupe à ne pas recevoir la confirmation de leur prise en charge. Elles décident cependant de rejoindre Cebu City et d’accompagner leurs amis à l’aéroport pour attendre la fin du « check in «  en espérant que certains candidats au retour ne seront pas au rendez-vous de 22 heures, heure à laquelle le décollage est prévu. Mais 80 personnes ont eu la même idée et tout ce monde se retrouve devant l’aéroport à attendre le verdict.

Les élus

Quelqu’un   annonce que seulement 30 passagers français pourront embarquer en plus de ceux  enregistrés par l’Ambassade. Agitation. Bientôt on annonce qu’il n’y en aura que 18. Claire et Laura appellent alors le Consulat qui dit n’avoir pas été informé. On leur demande qui est la personne qui a fait ces annonces successives, mais elles n’en savent rien elles  non plus.  L’employée du Consulat leur demande de la  tenir au courant de la suite des événements.

On annonce alors que les passagers présentant des problèmes de santé passeront en premier. Plusieurs s’avancent dont des femmes enceintes. Il ne reste bientôt plus que 4 places. On privilégiera maintenant les personnes ayant des problèmes financiers. À ce moment plusieurs des candidats au retour qui avaient eu l’occasion de parler avec Claire et Laura  depuis une heure et demie que l’avion était resté  cloué  au sol, désignent ces deux jeunettes qui ne sauraient même pas où passer la nuit. Alors elles se pressent pour entrer dans l’avion dont les moteurs commencent à tourner. Premières retrouvailles avec quelques heureux élus, embrassades, rires, mais Claire s’aperçoit qu’elle est seule,  Laura a disparu dans la bousculade.  On se lève, on appelle Laura. Quand elle apparaît  enfin on apprend qu’elle avait été retenue parce qu’un briquet avait été  repéré dans son sac à dos déposé dans la soute .

Presque sauvée

Arrivée à Roissy mercredi 25 mars 13h30 . Aucun contrôle sanitaire, aucune prise de température. Séparation des deux amies, pleurs et rires, embrassades. Laura repart vers le nord à Lille, Claire  réussit à prendre un des rares TGV  encore en service qui part pour le sud. Ses parents viendront la chercher à Avignon et retourneront  se confiner avec elle dans leur maison d’Arles.

 « Ce n’est pas parce que l’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner. » dit Atticus, le vieil avocat des causes perdues du roman de Harper Lee : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. À retenir pour ce temps de mise à l’épreuve.

Jean Verrier

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1 commentaire

  • Je suis ravie ! Dans ce temps difficile, où beaucoup s’expriment sur des valeurs importantes pour eux, deux personnes récemment ont cité Atticus, l’avocat de ce livre inoubliable : “Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur”. Si certains ados ont du temps en ce moment, on peut leur proposer ce titre… Ça les aidera à bien commencer ces drôles de “vacances”, en partageant la découverte de dures réalités que certains rencontrent, même à un jeune âge.

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