Raphaël de Villers. Crèche de la Madeleine 2017

« Arriver là, une promesse », une crèche ne laisse pas indifférente la foule qui afflue dans cette célèbre église. La chronique de Jean Deuzèmes

Œuvre d’un artiste qui maîtrise les grandes échelles et opte souvent pour des matériaux modestes, elle s’inscrit dans la ville des fortes disparités sociales et frappe fort.

Cette installation de Raphaël de Villers, au pied des escaliers montant à l’autel, est peu commune : un caddie, un étendoir à linge, des planches, des matériaux bruts récoltés dans la rue la semaine qui a précédé le vernissage, des santons des années 60, très datés, et un spot lumineux qui balaye en boucle l’architecture de l’imposante église néoclassique en passant par le berceau de l’enfant.

Raphaël de Villers. « Arriver là, une promesse ». Crèche de la Madeleine 2017 from Voir & Dire on Vimeo.

Surprenant, décapant et juste d’un bout à l’autre. La précarité est visible jusqu’à être choquante, la lumière liée à cette crèche est parfois éblouissante.

Raphaël de Villers, qui aime assembler des matériaux composites, colle à la réalité de ce qu’a été l’événement raconté par saint Luc, mais largement enjolivé par des siècles de représentations artistiques : des étrangers arrivant dans une ville, tels des réfugiés d’aujourd’hui. Il leur fallait bien se loger, d’autant que Marie allait accoucher comme le dit le Texte. Le couple a trouvé l’arrière d’une auberge, aujourd’hui ils auraient trouvé un coin avec des cartons, des planches, etc., le 115 ne répondant plus.

Poursuivant son récit, Luc mentionne des effets de lumière : Thierry Goron, le spécialiste de l’éclairage, a splendidement saisi cela par trois moyens. Le faisceau qui balaye lentement cette partie de l’église, un crépitement de flashs sur le berceau, comme ceux des surveillances aux frontières, et enfin ces grands lustres triviaux de plastique dont la lumière croît et décroît paisiblement, telle une respiration de parents penchés sur leur enfant.

On comprend le choc de ceux qui attendaient un spectacle traditionnel, le cahier de réactions en est le reflet. Ces images colleront à leur esprit, comme les images des réfugiés.

Peut-être feront-ils le lien avec cette étrange famille, voyageant dans la précarité, il y plus de deux millénaires.

Peut-être passeront-ils au Musée des Beaux-Arts de Dijon où se trouve un tableau de Robert Campin, un primitif flamant connu sous le nom de « Maître de Flémalle », dont les murs de crèche tiennent à peine et ressemblent à des palettes abandonnées (voir).

À la Madeleine, l’équipe pastorale a pris des risques, et notamment Bruno Horaist, le curé, Isabelle de Laroullière, responsable de la crèche dans cette église, et Pauline de Laboulaye, commissaire de l’exposition.

Radio Notre-Dame a soutenu l’initiative (entendre).

Ce pari d’ouverture et d’engagement dans l’expression contemporaine doit être chaleureusement salué.

Jean Deuzèmes

Lire le livret distribué : .Arriver là, une promesse

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1 Comment

  • Merci en premier à Raphaël de Villers, et à la paroisse de la Madeleine (son équipe pastorale, laïcs et clercs.)
    Dans un tel lieu, ce n’était pas évident de bousculer les habitudes des crèches traditionnelles.

    Prenons aussi conscience du titre : » Arriver là, une promesse ». Titre qui peut en bouleverser quelques-uns.

    A travers cette crèche de la Madeleine, la mémoire vivante de Jésus Christ prenant chair au coeur de l’humanité de son temps, une fois encore, vient nous bousculer comme nous dérangent les pauvretés de notre temps.

    J’ajoute, à la faveur de ces quelques mots, que le site de Voir et Dire, inclus dans celui de saint Merry, fait régulièrement appel à projets pour la Nuit Blanche, pour les mois d’été, et pourquoi pas, si cela paraissait souhaitable pour la crèche de l’année.
    Que des créateurs proposent un projet, qu’ils viennent du centre pastoral saint Merry ou d’un autre horizon, tous sont reçus et soigneusement examinés par le collège des arts visuels* selon un quadruple but : lien avec la pastorale de l’accueil de tous et particulièrement d’artistes vivants, inscription si possible dans un temps fort de la liturgie, qualité artistique, respect de l’esprit du lieu.

    Rappelons-nous la barque des migrants qui accueillit la crèche de l’année et dont le créateur avançait son oeuvre pendant les mois d’été, conversant, accueillant les passants visiteurs ou les membres de la communauté désirant l’interroger. Pensons aussi à la crèche abritée sous une tente de SDF, ou celle fabriquée avec des matériaux de récupération par une jeune artiste et un groupe de saint Merry soucieux de l’avenir de la planète….

    Marie-Thérèse Joudiou

    *ce collège a vu le jour selon une proposition d’un membre d’équipe pastorale lors d’une assemblée de la communauté.

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