« Rassemblez toutes les nations! »

21 AOUT 2016

21ème dimanche du Temps Ordinaire

Année C

Ainsi parle le Seigneur :…
moi, je viens rassembler toutes les nations,
de toute langue.
Elles viendront et verront ma gloire :
…du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés
vers les nations les plus éloignées,
…ma gloire, ces rescapés l’annonceront
parmi les nations.
Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères
(Is 66, 18-2o)

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Lectures
1ère lecture : « De toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères » (Is 66, 18-21)
2ème lecture : « Quand Dieu aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons » (He 12, 5-7.11-13)
Evangile : « On viendra de l’orient et de l’occident prendre place au festin dans le royaume de Dieu » (Lc 13, 22-30)

HOMELIE 

« Il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers ! » Seigneur, que ta parole est dure à comprendre et à faire pénétrer dans nos cœurs ! Nous qui croyions avoir tout bon, « zéro défaut », fait tout ce qu’il fallait pour te plaire, bref être les premiers de la classe… et bien non, voilà que tu te mets à nous dire : ma logique n’est pas la vôtre. C’est celle de l’amour qui surpasse tout entendement, qui exclut tout calcul… et surtout qui ne nous met pas dans la vie chrétienne dans une situation de compétition  largement pratiquée, hélas,  dans nos lieux de vie ordinaires et peut être parfois même entre nous.

Alors, serait-ce qu’il n’y a plus rien à faire ? Faut-il attendre passivement la justice de Dieu ? Erreur là encore : il ne s’agit pas simplement de redire,  même si c’est vrai, comme saint Augustin, que ceux qui se croient dehors sont souvent dedans et que ceux qui sont dedans en Eglise sont en fait dehors… Il s’agit bien de travailler à un rassemblement le plus large possible. L’Evangile en donne une extension maximale : « de l’Orient à l’Occident, du Nord au midi ». Rude conversion pour le peuple élu d’apprendre qu’il devait s’ouvrir à cette multitude ! A la communion, tout à l’heure nous redirons « prenez et buvez en tous car ceci est la coupe de mon sang, le sang qui sera versé pour vous et pour la multitude »

Ce rassemblement, comment le construisons-nous concrètement  dans notre société, dans nos rencontres et nos assemblées liturgiques ? Où sont les pauvres, les estropiés, les boiteux des temps modernes ? faut-il des attentats pour nous redire l’enjeu d’un vivre ensemble fraternel ? Qu’est-ce qui nous permet de nous rassembler en Eglise même,  si ce n’est notre foi en Jésus Christ qui dépasse toute appartenance, étiquette, protocole, jugement ?

A Saint- Merry, on aime bien inventer de la liturgie, nous laisser déplacer. C’est pour cela que nous pratiquons l’antique tradition des deux tables, table de la Parole et table de l’eucharistie. Ainsi nous acceptons d’être déplacés par la Parole de Dieu et bousculés dans nos pratiques d’hospitalité. Nous voulons que tout le monde puisse prendre part à ce festin qui est un avant goût de ce Royaume mystérieux où il n’y aura, comme le dit la Prière eucharistique, ni gens tristes, malades ou malheureux, où seront rassemblés des hommes et des femmes de tous pays toutes races, couleurs, générations…

Alors posons-nous  la question radicalement : est-ce que nous désirons vraiment ce Royaume ? Comment  mettons-nous en œuvre notre volonté d’être ensemble ? Souvent, comme disait un vieux prêtre, on s’imagine que c’est Dieu qui a créé des abimes entre nous. On ferait mieux de se demander ce qui nous rapproche et surtout ce qui nous sépare : l’argent, contre lequel ne cesse de pester le pape, le pouvoir, l’idéologie, la soif éperdue de reconnaissance, la manipulation, y compris du nom de Dieu. Or nous savons bien que, dans le Royaume il n’y aura ni riches, ni pauvres, ni étrangers, ni laissés pour compte qui sont aussi les victimes collatérales de ces comportements.

Ici Jésus Christ donne une bonne leçon à ceux qui voudraient se passer de lui : il est le chemin, la vérité et la vie. A la question du « combien seront sauvés ? » il substitue l’interpellation : « Comment voulez-vous me suivre ? ». C’est en aventuriers solidaires et non en chevaliers solitaires que nous devons annoncer la foi au monde,  pour qu’elle puisse porter les fruits de paix et de justice promis en abondance. Mais qui ne serait pas tenté par cette belle mission, une fois correctement expliquée ?

Jean-François Petit

Intentions de prière

Aux JMJ, le pape François s’est adressé aux jeunes de 187 pays rassemblés à Cracovie :

« Vous venez de continents, de pays, langues, cultures, de peuples différents, qui peut-être discutent de conflits ou sont en guerre. D’autres au contraire, viennent de pays en paix, où beaucoup de choses douloureuses, qui se produisent dans le monde, font seulement partie des nouvelles. Ici et maintenant en écoutant les témoignages des jeunes, nous réalisons que la douleur, la guerre qu’ils vivent, ne sont plus une chose anonyme, lointaine et incompréhensible, une nouvelle de la presse, elles ont un nom, un visage, une histoire, une proximité. Car lorsque nous entrons en contact avec la vie, ces vies concrètes qui ne sont plus médiatisées par les écrans, alors il nous arrive quelque chose de fort : nous sommes touchés et nous sentons l’invitation à nous impliquer. « Nous ne voulons pas vaincre la haine par davantage de haine, la violence par davantage de violence, la terreur par davantage de terreur… Non, notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s’appelle fraternité, elle s’appelle lien fraternel, elle s’appelle communion, elle s’appelle famille humaine ».

Seigneur, à la suite de cette exhortation de François, fais

  • que nous sachions apprendre des jeunes à cohabiter dans la diversité, dans le dialogue, en partageant la multi culturalité non pas comme une menace mais comme une chance grâce à l’ouverture de leur jeunesse.
  • qu’ils aient le courage de nous apprendre qu’il est plus facile de construire des ponts que d’élever des murs !…
  • qu’ensemble, nous puissions aller par les routes de toutes les nations en suivant la »folie » de notre Dieu qui nous enseigne à le rencontrer dans celui qui est à nos côtés et qui a besoin de nous. Ensemble nous sommes invités à être acteurs politiques ou sociaux engagés, des personnes qui pensent par elles-mêmes, pour la construction d’une société intégrée et réconciliée et une économie plus solidaire.

Fais de nous, jeunes et moins jeunes, non pas des gens passifs, repliés sur eux-mêmes, bien confortablement endormis dans nos divans, mais des marcheurs infatigables artisans de paix et d’un mieux vivre ensemble, des acteurs personnellement engagés dans la transformation du monde, Seigneur, nous t’en prions.

Bernadette Capit

L’expérience de la Nuit sacrée en mai dernier à Saint-Merry brille encore comme une lumière qui peut éclairer notre cheminement vers celles et ceux qui appartiennent à d’autres confessions que la nôtre. Il ne s’agit pas forcément de vouloir converger, mais de marcher ensemble et de chercher ce que Christian de Chergé appelait « le sens d’une communion au cœur de nos différences ».

Seigneur, guide-nous sur ce chemin qui passe par l’amitié et l’entraide, l’action commune dans les projets de solidarité, de justice et de paix, le partage d’expérience spirituelle ou encore l’échange théologique sur les sources et l’interprétation des textes.

Seigneur aide-nous à nous ouvrir à la rencontre au-delà de nos peurs et de nos préjugés. Nous t’en prions

Marc Saint-Raymond

PREFACE POUR LES MIGRATIONS

Vraiment il est juste et bon de te rendre gloire et de te dire merci car tu es le Dieu des migrations
Depuis toujours ton Fils nous forme et nous reforme, en nous invitant à nous dépasser mentalement, physiquement, religieusement, non pour prendre « la route du soleil » – certains d’entre nous en reviennent –  mais celle de nouveaux comportements et modes de vie.
Nos expériences de vie prennent sens  parce que tu éveilles notre soif de rencontre et de partage.
Tu nous donnes à comprendre que nos propres valeurs ne doivent pas être nivelées mais hiérarchisées autrement pour permettre à tous de prendre part à ton festin.
Et si tes mots et tes gestes nous paraissent parfois étranges ou déplacés, tu nous donnes dans l’Esprit de mieux pénétrer ton mystère.
Ainsi, tu nous sors de nos renfermements pour abolir en toi les murs et les frontières qui ne cessent de se renforcer en Europe.
Tu nous permets de réexaminer sans drame nos assurances, qui ne sont parfois que des conformismes.
Avec toi, l’émancipation a le goût du rassemblement en ton nom et non de la lutte à mort pour le pouvoir.
Père, tu  as étendu ta miséricorde à tous les âges et révélé ton amour aux personnes les plus inattendues, en les aidant à franchir les barrières de la paralysie ou de la peur.
C’est pourquoi tu nous pousses à quitter nos « greniers de certitudes » pour entrouvrir les fenêtres de ton horizon.
Tu nous donnes un projet où les aspirations les plus secrètes peuvent s’exprimer.
Tu réélabores avec nous  un imaginaire pour nous offrir une vision commune.
Permets,  ô Père, que chacun de nous puisse s’exprimer librement, surtout là où la foi est menacée.
Fortifie autour de nous des espaces de vie viables pour tous, en commençant par favoriser une écoute plus attentive des autres, et plus particulièrement, encore de leurs cris de détresse.
Combats nos indifférences et nos ignorances coupables, les « langues de bois » ou de « buis », pour nous mettre tous en une situation d’une transhumance joyeuse.
Cultive en nous aujourd’hui le désir d’un avenir partagé et d’abord notre soif de Te connaitre.
Car nous qui sommes rassemblés en ton nom, malgré les incertitudes du temps présent et nos propres fragilités,  nous osons entamer cette traversée en chantant

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