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RECETTE

« Parfois le confinement et la nécessité stimulent l’imagination et sont sources d’invention. Voici la recette qui circule maintenant dans toute la région des îles Galapagos et qui m’a été transmise par voie orale ». La chronique de Jean Verrier

Des lecteurs de ma première chronique, une lecture de La Peste de Camus, m’ont dit qu’il serait bon de changer de musique, qu’ils en avaient assez d’entendre parler de peste ou de pandémie. Sans pouvoir oublier complètement l’actualité il m’est revenu à la mémoire cette histoire de résilience. 

Après le naufrage, il avait échoué, à demi nu, sur une île apparemment déserte, un vrai  caillou au milieu de l’Océan. Il n’avait pu récupérer qu’un vieux fusil et avait extrait d’un coffre défoncé trouvé sur la plage deux cartouches encore sèches. Quelque temps après il avait cru entrevoir une panthère qui se faufilait derrière des rochers. Il avait faim, mais confiné sur cette île et en proie à des hallucinations, ce qui lui manquait le plus, c’était de pouvoir fumer une bonne pipe.

Parfois le confinement et la nécessité stimulent l’imagination et sont sources d’invention. Notre homme parvint si bien à ses fins que la recette circule maintenant dans toute la région des îles Galapagos. La voici, telle qu’elle m’a été transmise par voie orale :

Sitôt la panthère en vue, on la vise… mais on la loupe. On recueille alors la loupe. Furieuse, la panthère s’élance, mais elle est tuée net d’un second coup de fusil. On prend alors la panthère par la queue et on la fait tournoyer au-dessus de sa tête. Elle décrit une circonférence selon la formule bien connue : « 2 -π-R » où « R » désigne la mesure du rayon. R étant ici la panthère, on obtient : « 2 -π-panthère » qu’on peut écrire aussi : « 2 pipes en terre ». On met de côté l’une des deux pipes. On broie la seconde pour en faire deux tas : un petit tas haut et un tas bas. On reprend la première pipe que l’on remplit du tabac. Avec la loupe que l’on a précautionneusement mise de côté et grâce au soleil qui brille là-bas en permanence, on allume le tabac, et l’on peut enfin fumer une bonne pipe. C’est un tabac particulier, un peu hallucinogène, mais parfois il faut bien rêver.

Pour se souvenir de cette recette afin de la transmettre oralement à votre tour, il est conseillé d’apprendre par cœur la formule de la mesure de la circonférence si vous l’avez oubliée : « 2-π-R », de remplacer « R » par « panthère » et, dans votre tête, de remonter le cours de l’histoire : faire tournoyer la panthère par la queue, les 2 coups de fusil, la loupe, puis de le redescendre : les 2 pipes, les 2 tas… jusqu’à son heureuse conclusion. 

Jean Verrier

1 commentaire

  • Bravo Jean, tu m’as fait rire avec ton histoire. Heureusement que j’ai identifié le π car sinon l’histoire m’échappait !
    Merci de faire circuler dessins humoristiques et histoires drôles, quel bonheur d’éclater de rire sans souci de contaminer mon proche puisqu’il est bien lointain à c’te heure…
    Je t’embrasse
    Jacqueline

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