Réenchantons la vie

Voici les mots d’envoi de Daniel Duigou qui ont conclu l’assemblée générale du dimanche 12 octobre 2014. Mise en route, mise en projet, à chacun d’inventer les chemins qui vont avec !

Réenchantons la vie.

À l’occasion du 40e anniversaire de Saint-Merry, dans cette aventure spirituelle que nous entreprenons pour définir les nouvelles perspectives de notre communauté à l’horizon 2025, il nous faut à la fois nous engager dans une action et prendre du recul.

–         Nous engager en inventant demain. Pour paraphraser Paul Ricœur : être, c’est être en route, et, être en route, c’est créer.

–         Prendre du recul. Se demander : « où voulons-nous aller et pourquoi ? » Il nous faut notamment fixer un cap, un horizon, une direction pour éviter l’éparpillement et l’incohérence, et préférer l’efficacité.

À partir des échanges et des propositions qui ont été faites pendant l’Assemblée générale, je propose de nous fixer la perspective suivante, comme un slogan qui pourrait accompagner nos réflexions et nous aidera à décliner nos idées : réenchantons la vie !

Une précision importante : cette perspective n’est au départ qu’une hypothèse de travail. NUIT BLANCHE_003À nous de vérifier si elle « tient » (vérifier sa pertinence) au fur et à mesure de nos échanges, quitte à la changer à l’arrivée si nous en trouvons une plus porteuse et plus rassembleuse pour prendre notre élan vers le futur. Christophe Colomb était parti pour les Indes et découvrit l’Amérique (octobre 1492) ; l’important est qu’il partit un jour pour l’aventure.

Pour entrer dans cette perspective à la fois politique et religieuse (réenchantons la vie), le « chrétien », citoyen de l’aujourd’hui, se trouve dans une position paradoxale. Selon Jean, Jésus a dit à ses disciples : « Vous êtes du monde et pas de ce monde ». Aussi, pour agir et parler, où se situe le « chrétien » ? Quelle est son identité? Sa crédibilité ?

On pourrait traduire ce paradoxe de la façon suivante. L’être-chrétien est en permanence dans une tension entre l’écoute et le dire, l’entendre et l’agir. Une tension qui, soit paralyse, soit met en mouvement. Tension essentielle, car écouter et voir confrontent l’individu au réel. Le christianisme n’est pas un songe bleu. Il est un chemin pour sortir d’un imaginaire mortifère, afin de passer de l’impossible au possible. Il entraîne un engagement au risque d’un échec, et non la fuite.

Mais, avant de poursuivre, il est important de comprendre que, se mettre à l’écoute du monde et de l’homme, c’est déjà un « agir » qui signifie un acte d’amour, un acte de foi.

Pour le chrétien, pour celui qui découvre le visage de Dieu dans celui du Christ, il n’y a qu’une réponse qui peut se décliner en trois propositions :

–         « Aimez-vous les uns et les autres comme je vous ai aimé »

–         « Aimez Dieu c’est aimez l’autre »

–         « Ce que vous ferez au plus petit d’entre vous, c’est à moi que vous l’aurez fait »

Le lieu d’où le chrétien peut « écouter » le monde et « agir » pour l’homme, d’où il peut nommer Dieu comme Père, c’est la fraternité en tant qu’expérience de vie, praxis d’un vivre ensemble qui suppose que chaque jour le sens s’invente. Citons Maurice Blondel : « sans méconnaître que la pensée éclaire l’action, c’est surtout l’action qui éclaire la pensée ».

Demeures pml154Ce lieu où « être », « être en mouvement », vers un « être pour l’autre » et un « être avec l’autre », donne une identité. Certains parlent de « style » ; celui-ci singularise ce citoyen du monde de demain, dans une modernité et surtout une postmodernité qui, aujourd’hui, nie sa liberté.

En choisissant donc comme perspective ce « réenchantons la vie » pour St Merry 2025, nous pouvons décliner nos idées et nos projets, petits ou grands, en les interrogeant et en les enrichissant, en les critiquant ou en les développant, en donnant au final à ceux que nous retiendrons une cohérence et une efficacité en vue d’une belle aventure spirituelle.

–         Écoutons le monde en organisant des débats, en interrogeant des artistes et des créateurs, en nous ouvrant encore plus à la pluralité et à la différence, en donnant la parole à ceux à qui on la refuse, etc.

–         Produisons une parole de vie via le site et via nos solidarités avec les plus faibles, nos soirées portes ouvertes, nos liturgies pour le temps présent, nos Nuits Sacrées, notre psautier pour le monde d’aujourd’hui, etc.

Ainsi, c’est vouloir être une église en mouvement pour un monde en mouvement.

 

Daniel Duigou

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *