Un regard sur le monde d’aujourd’hui

A l’Assemblée du Centre Pastoral Saint-Merry, le 18 novembre 2017, Elena Lasida nous a proposé une synthèse puissante et claire en reliant nos 3 A – Accueillir, Annoncer, Agir -, à 3 R : Réciprocité, Reconnaitre, Relation, qui suscitent 3 défis liés à 3 révolutions technologiques qui ont entraîné de grandes crises du vivre ensemble. Mais Elena l’affirme : les crises ouvrent aujourd’hui l’espace à de nouveaux possibles.

Un regard sur le monde d’aujourd’hui

1) Préalable :
Je vous partage « mon » regard sur le monde, coloré par le lieu du monde à partir duquel je parle : je suis professeur à la Faculté des Sciences Sociales et Economiques de l’Institut Catholique de Paris où je suis responsable d’un master en économie sociale et solidaire. Je suis aussi à la Conférence des Evêques de France (CEF), chargée des questions écologiques en lien avec Laudato Si’.
Il s’agit donc d’un regard subjectif et partiel.
Par ailleurs, je vais présenter une vision globale du monde plutôt qu’une liste de problèmes auxquels le monde est aujourd’hui confronté. Je ne me situe pas dans une logique de besoins-réponses. Je cherche plutôt à identifier quelles sont les nouvelles cohérences autour desquelles le monde se construit et se reconstruit.

2) Trois échos aux trois verbes retenus pour cette Assemblée de la communauté : Accueillir – Annoncer – Agir.
Chacun de ces trois verbes m’a évoqué un défi, commençant par la lettre R : je passe donc des trois AAA aux trois RRR !
Accueillir – Réciprocité : accueillir c’est aussi se laisser accueillir par la personne qu’on accueille et donc penser l’accueil en termes de réciprocité.

Annoncer – Reconnaitre : annoncer c’est porter une bonne nouvelle mais aussi reconnaître la bonne nouvelle portée par les autres.
Agir – Relation : agir c’est important non seulement par le résultat produit mais surtout par le type de relation tissée. Agir c’est relier.

3) Trois défis
Patrick Viveret parle de trois types de changement qui caractérisent le monde contemporain :

  • changement d’ère, c’est-à-dire d’époque
  • changement d’aire, c’est-à-dire d’espace
  • changement d’air, notamment le climat, et plus largement l’écologie

Chacun de ces changements est lié à une grande révolution technique :

  • le changement d’ère peut être associé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) : il nous fait passer de l’attente à l’immédiateté.
  • le changement d’aire peut être associé aux avancées au niveau de la biologie et de la génétique, qui ont un impact sur notre rapport au corps.
  • Le changement d’air est associé à la question de l’écologie : la gestion des ressources naturelles, le changement de mode de développement et des modes de vie.

Ces révolutions sont en lien avec de grandes crises du vivre ensemble :

  • Les NTIC peuvent ainsi être mises en rapport avec la crise financière qui s’est déclenchée depuis 2008 : elles ont facilité la circulation des capitaux et contribué à la financiarisation générale qui a situé de plus en plus l’argent comme principal régulateur de notre vivre ensemble. Les NTIC peuvent aussi être mises en lien avec la crise migratoire : nous vivons dans un monde totalement interconnecté et en même temps de plus en plus fragmenté ; un monde complètement inter-dépendant et de plus en plus menacé par le repli identitaire.
  • La révolution biologique repose des questions fondamentales comme celles du début et de la fin de vie, mais également, la dénonciation actuelle des agressions sexuelles qui peut être associée à la question générale du rapport au corps.
  • Enfin la crise écologique interroge notre manière de consommer et de produire, de nous déplacer et d’habiter l’espace… bref notre manière de vivre ensemble.

Ces crises ouvrent aujourd’hui l’espace à de nouveaux possibles :

  • La crise économique a été à l’origine de plusieurs pratiques qui appartiennent au secteur appelé de l’économie sociale et solidaire (commerce équitable, microcrédit, AMAP, etc.) : des pratiques qui donnent à voir une autre manière de faire de l’économie et qui révèlent une autre source de richesse que la monétaire : la richesse relationnelle.
  • Les interrogations concernant le rapport au corps invitent à penser autres formes de langage que le seul langage verbal. Le corps peut être un moyen d’expression autre que la seule parole. Il peut nous permettre de retrouver une dimension symbolique, qui s’est vue réduite à cause de la dominante scientifique et technique.
  • Enfin, la crise écologique peut nous permettre de retrouver le sens de « la maison commune », comme dit le Pape François dans Laudato Si’. Elle peut nous réapprendre la mise en commun, le partage, la sobriété heureuse…

En conclusion, un défi majeur pour le monde à venir : celui de repenser « le commun » :

  • le commun comme « relation » plutôt que nombre
  • le commun comme « polyèdre » plutôt que sphère
  • le commun comme « communion » plutôt que similitude

C’est un nouveau « monde commun » que nous avons à construire, un nouvel imaginaire commun de la vie bonne, une nouvelle « terre promise » vers laquelle marcher.

Elena Lasida

 

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