Relève-toi et va

Le Cri de Job, sculpture de Pierre de Grauw ©fc
Le Cri de Job, sculpture de Pierre de Grauw ©fc

« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?
    Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
    Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Dimanche, 9 octobre 2016.

1ère lecture : « Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara :
Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)
Psaume : Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4
2ème lecture : « Si nous supportons l’épreuve,
avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)
Evangile : « Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)

 

INTRODUCTION

Relèves toi et va, cette injonction tonique et réjouissante
contraste avec un des thèmes des textes d’aujourd’hui,
qui nous parlent des lépreux, donc forcément de souffrance et d’exclusion.

Cependant, c’est bel et bien un appel à la vie et au salut
auxquels nous sommes conviés ce Dimanche,
à travers les trois récits qui nous sont proposés.

Relèves toi et va, dit ainsi Jésus à ce lépreux Samaritain
qui est le seul, parmi les dix lépreux qu’il vient de guérir,
à revenir vers lui pour rendre grâce.
C’est le seul qui a « vu ».

Dans ce récit, Jésus n’invite pas les lépreux
à de multiples rituels de purification,
comme cela se faisait dans l’ancien testament,
mais il transmet à travers la force salvatrice de sa parole,
le mouvement même de retour vers la vie.

Ce récit est d’autant plus fort,
que les lépreux étaient vus comme des morts-vivants,
personnifiant l’impureté, la malédiction de Dieu, la peur,
et étaient de ce fait, totalement isolés et ostracisés.

Il n’est pas très difficile de deviner
qui sont les lépreux de notre société actuelle.
J’invite chacun à faire sa petite liste.

Alors, quelles paroles, quelles actions peuvent donc nous aider
à abattre tous ces murs d’exclusions, de divisions qui se dressent partout,
de tous les côtés, au propre comme au figuré et y compris en nous-mêmes,
et qui nous empêchent trop souvent d’aller vers les autres!?

Comment faire de notre vie spirituelle un tremplin
pour dépasser les conditionnements de cette société,
reflets aussi de nos propres enfermements,
qui nous incitent au perfectionnisme, à la performance,
au formatage et à toutes sortes de peurs ;
et qui sont des facteurs d’exclusions par excellence,
à la fois des autres et de nous-mêmes.

Sylvie FAYE

Commentaire

 

« Tiens, tu savais qu’il avait un cancer du poumon ?
Remarque, vu ce qu’il fume, il l’a bien cherché ».

« Au fait, tu savais qu’il était séropo ?
Vu les endroits où il traine, ce n’est pas tellement étonnant ».

Comme si la maladie devait, aujourd’hui encore,
punir un comportement forcément immoral ou inconvenant.
Et si, fort heureusement, nous n’entrons plus
dans les chambres des malades du sida vêtus de combinaisons étanches,
comme Daniel nous l’a rappelé lors de la préparation,
nous continuons d’exclure ces malades.

Un seul exemple qui me frappe :
j’avoue être toujours horrifié d’entendre sur les réseaux sociaux gays
« T’es clean ? », sous-entendu, « si t’es séropo, tu ne m’intéresses pas… ».

La maladie continue de faire peur, moi le premier d’ailleurs,
nous cherchons à nous en protéger à tout prix, et sur certaines d’entre elles,
nous continuons de porter un regard moral ou un regard d’exclusion,
comme pour la lèpre du temps de Jésus.

Mais au-delà de la question de la maladie,
dans cette parabole comme dans la première lecture,
il n’est pas indifférent que le lépreux soit un étranger.
Car c’est aussi notre rapport à l’étranger,
à tout ce qui est différent, qui est interrogé.

Quand nous nous replions sur une identité, fût-elle gauloise ou catholique,
en tout cas, supposée éternelle, nous sous-entendons que notre pureté
pourrait être atteinte par quelque chose d’extérieur, et donc impur.
Notre Eglise n’est hélas pas toujours la dernière,
quand elle range les hommes et les femmes dans des catégories rigides,
quand elle interdit à certains,
sous prétexte qu’ils n’ont pas la bonne orientation sexuelle,
le droit d’être parent, au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant,
bien évidemment pour le protéger, pour protéger sa pureté.

La recherche éperdue de la pureté est un danger mortel,
comme ont pu le montrer les dérives totalitaires,
qui ont toutes voulu forger un homme nouveau, un homme parfaitement pur.
Et même si nous avons la chance de ne pas vivre dans un régime totalitaire,
nous sommes nous aussi menacés par cette tentation de la pureté,
car elle nous renvoie à nos propres peurs.

Alors pour se préserver de ce risque, il faut revenir au cœur du récit.
Jésus ne s’est pas posé la question de savoir à qui il parlait
(un lépreux ou un Samaritain).
Ou plus exactement, il le savait très bien
mais il ne s’est pas arrêté aux conventions sociales et n’a pas mis de barrières.
Non, il a d’abord parlé à un homme qui appelait au secours, et c’est là l’essentiel.
Ce récit n’est pas l’histoire d’une simple guérison ou d’une purification rituelle.
S’il s’agissait de cela, le malade serait allé voir les prêtres,
qui auraient constaté qu’il n’avait plus de séquelles,
il aurait été réintégré dans la société, et l’ordre social aurait été maintenu.

Non, Jésus renverse la table. La parole de Jésus a rendu cet homme libre,
tellement libre qu’il n’est plus nécessaire d’avoir l’imprimatur des grands prêtres
pour revenir dans la société.
On passe d’une purification rituelle
(se plonger 7 fois dans l’eau du Jourdain comme dans la première lecture)
à une véritable mise en mouvement : relève-toi et va.

Alors, nous sommes maintenant confrontés à une double exigence.
L’exigence d’abord de savoir reconnaître en Jésus la seule personne qui nous libère
(« Dis seulement une parole et je serai guéri »).
Mais l’exigence surtout de porter sur nos frères
le même regard d’amour que celui de Jésus.

Vincent Moreau

CONCLUSION

Le salut, c’est vivre vraiment nous a dit Daniel lors de la préparation de cette célébration.
C’est réussir enfin à être vraiment qui je suis,
à travers et par delà toutes les épreuves de la vie, même les plus difficiles.

Pour cela peut-être faut-il aller à la rencontre de l’inattendu,
oser affronter ses peurs et abandonner les certitudes qui nous limitent,
oser enfin se laisser transformer.

A chaque instant, même au plus profond des ténèbres,
il y a une chance de grandir, d’apprendre,
et de vivre le salut, en communion avec Dieu.

Sylvie FAYE

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