Rencontres des jours ensoleillés

Pages de journal, esquisses, portraits, l’émerveillement des petits riens. Au fil des jours, Jean Verrier nous propose son livre de bord. Notre feuilleton de l’été

Pages de journal, esquisses, portraits, l’émerveillement des petits riens.
Au fil des jours, Jean Verrier nous propose son livre de bord.
Notre feuilleton de l’été

 

« Le clocher de l’église Saint-Césaire vu par notre fenêtre »
« Le clocher de l’église Saint-Césaire vu par notre fenêtre »

Vendredi 27 juin.   Nous avons retrouvé Arles et notre quartier de la Roquette. Autrefois quartier des marins et des pêcheurs, il est aujourd’hui celui des gitans, des maghrébins… et de quelques « bobos » de notre genre. Nous poussons les lourds volets, et, par la fenêtre, notre regard, d’un côté se lève vers le clocher de l’église Saint-Césaire, et de l’autre, plonge dans l’atelier de notre vieux voisin. Nous nous interpellons d’un côté à l’autre de l’impasse : « Ah, vous voilà revenus ? ! – Oui, et vous, toujours au travail ? – Oh, moinsse, moinsse, seulement quand ça me pète. » Ici, la langue est un style de vie.

 

Samedi 28 juin. Notre fille Anne chante dans une des nombreuses chorales de la ville. Ce soir, elle nous a donné rendez-vous sur la petite place Paul Doumer où se sont rassemblées plusieurs chorales d’Arles et d’ailleurs. Dans le cadre de la 9ème Rencontre de « Création in Situ », Michel Brun, directeur de l’Ensemble baroque de Toulouse, lance son « Domino vocal » dans les rues de la ville : les choristes se sont divisés en 2 files qui s’immobilisent un instant, puis la première file passe à vive allure devant la seconde et ainsi de suite. Nous quittons bientôt la Roquette pour aller jusque sur le promenoir de l’Espace Van Gogh puis sous les voûtes de l’Hôtel de ville. Et que chantent-ils  à flux continu ? Le choral de la cantate BWV 194 de J.-S. Bach ! Surprise amusée des passants dont certains se mettent à les suivre, à nous suivre, nous qui finissons par chanter, nous aussi, des bribes du choral. Certes la qualité n’est pas celle de l’Accueil musical de Saint-Merry, mais ça donne bien du plaisir.

 

Dimanche 29 juin.   Dans le grand théâtre romain, qui date de l’empereur Auguste, à la nuit tombée, en plein air, les étudiants de Supinfocom Arles présentent leurs travaux sur un écran de 18 mètres. Toute la famille a rejoint le millier de spectateurs qui se pressent sur les gradins de pierre. Nous n’avons pas oublié d’emporter coussins et bombe anti-moustiques. Nous sommes stupéfaits par la qualité des courts métrages d’animation qui sont projetés. Aucun texte, aucune parole, que de l’image animée, de la musique et des bruits, le plus souvent à effet comique. On peut en trouver des illustrations en allant sur le site de cette école à la renommée internationale. Mélange d’humour, souvent noir, et d’une menace sourde, quelque chose de l’esprit d’une génération ? En tout cas, la BD du XXIème siècle dans un théâtre du début de notre ère, quelle rencontre !

 

Jeudi 3 juillet. Ce matin, rue de la Roquette, je vois un jeune homme qui a le nez sur une descente de gouttière. En m’approchant je m’aperçois qu’il repeint un bout de ce vieux tuyau qui a échappé à la rouille. Curieux travail de rénovation : au petit pinceau à poils très fins. Ce n’est qu’en me penchant à côté de lui que je vois apparaître tout un tapis serré de jolies fleurs jaunes, inconnues des botanistes. Je comprends alors que la borne du coin de la rue Saint-Césaire que je croyais couverte de mousse est elle aussi son œuvre. Nous engageons la conversation. Il s’appelle Thierry et me conduit dans une rue voisine où il s’attaque à un mur dont la chute du crépi a créé une large cicatrice. Elle sera bientôt recouverte de ses fleurs imaginaires. Ce soir, à l’espace Van Gogh, il offre un pot et invitera les personnes présentes à le suivre pour découvrir les traces de son passage dans la ville. Il me dit qu’il a un site : « epi2mik », comme « épidémie ». Dommage, j’aurais préféré un autre mot.

« Je vois un jeune homme qui a le nez sur une descente de gouttière »
« Je vois un jeune homme qui a le nez sur une descente de gouttière »
« Il s’appelle Thierry… Dans une rue voisine il s’attaque à un mur dont la chute du crépi a créé une large cicatrice. Elle sera bientôt recouverte de ses fleurs imaginaires »
« Il s’appelle Thierry… Dans une rue voisine il s’attaque à un mur dont la chute du crépi a créé une large cicatrice. Elle sera bientôt recouverte de ses fleurs imaginaires »
« La borne du coin que je croyais couverte de mousse est elle aussi son œuvre »
« La borne du coin que je croyais couverte de mousse est elle aussi son œuvre »


 

 

 

 

 

 

 

« Nos deux boulangers les plus proches sont Tunisiens… C’est à deux pas de la mosquée que signale une pancarte accrochée à une porte métallique verte »
« Nos deux boulangers les plus proches sont Tunisiens… C’est à deux pas de la mosquée que signale une pancarte accrochée à une porte métallique verte »

Vendredi 4 juillet. Nos deux boulangers les plus proches sont Tunisiens. La boutique de Mohamed occupe le rez-de-chaussée d’une maison, sous les platanes, près du boulevard Clémenceau. C’est à deux pas de la mosquée que signale une simple pancarte accrochée à une porte métallique verte. Mohamed sert ses clients par la fenêtre. Je lui demande un pain rond, mais je vois que la femme qui me précède dans la file d’attente en a déjà une demi-douzaine dans un grand sac en plastique. « J’espère qu’il reste des pains ronds, et que Madame n’a pas tout pris (dis-je en souriant) – Et non, il en reste. Si Madame a pris tous ces pains, c’est parce que c’est le ramadan et elle va en donner à ses amis. »  On m’apporte mon pain rond. Et la dame au boulanger : « Vous mettez ce pain sur mon compte ! »

 

Jean Verrier

 

1 Commentaire

  • Un pur delice que de te lire et de partager ai nsi votre ete arlesien. En plus, ton site est tres bien fait. Bravo!!
    Bises
    Nath

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