Unsplash, by Jacob Walti

République

L’autre jour, à la piscine, jour d’affluence. Une dame, cramponnée à sa planche, disons… bouchait un peu la ligne d’eau réservée aux nageurs intrépides. Elle barbotait sur le dos. Le plus affablement possible, je lui suggère la ligne d’à côté, plus tranquille.

Une furie ! Tout en hasardant des battements de jambes éperdus, elle hurle des borborygmes, vociférant jusqu’à l’autre bout du bassin. Je sens vite la sévérité de ses troubles du comportement. On me précise qu’on la connait bien ici : elle est sourde, elle est folle. « Elle en joue même ! » ajoute un habitué à qui on ne la fait pas. J’esquisse un sourire mi gêné, mi-empathique. Puis je finis par m’enquérir :

– Elle est accompagnée ?

– Pensez-vous !

La conversation va bon train sous les bonnets-plastique. Je me risque:

– C’est bien qu’elle vienne à la piscine en autonomie, non ?

– Oui mais c’est pas à nous de supporter ça ! Maintenant, y’en a que pour les scolaires, les clubs, les handicapés… Et nous, les nageurs ?

Une dame restée discrète : « C’est peut-être notre affaire de citoyens de savoir réagir vis-à-vis de citoyens différents, non ? »

La République de la piscine : cette femme, cette citoyenne, avait cloué le bec aux râleurs.

Les écritures nous parlent du Royaume des Cieux. Le Fils, Christ-Roi, trône à la droite de son Père… Cette rhétorique heurte un peu notre tradition nationale, nous qui avons coupé la tête du roi. Si Jésus était venu en d’autres temps, il nous aurait peut-être parlé de la « République des Cieux ». Une République qui commence partout, à chaque instant. Même entre deux lignes d’eau ?

Laurent Seyral

Billet du dimanche 13 mars 2014

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