D’autres, ces derniers jours, ont voulu éviter cet enfermement. Pour eux, le scandale intolérable de la souffrance et de la mort de milliers de personnes dans l’épidémie ne peut rester sans réponse. Ils ont eu le courage de lutter sans répit. Croire que Dieu rendra la vie à ces corps douloureux aura même été pour eux le nerf de cette « guerre ». L’idée de résurrection de la chair n’aura été, hélas, pas si loin de l’expérience concrète. Notamment quand des incinérations ont été « suggérées » à la va-vite. Ainsi, le relèvement, la reprise, la restauration d’une vie, c’est-à-dire de la façon dont chacun aura vécu, aura compté plus que les débats de théologiens sur la nature de la résurrection. 

Pour ce qui le concerne, le mystère de la transcendance impose au philosophe de prendre en charge les attentes sur ces questions. Elles ne sont plus taboues. Peut-on dissocier un discours sur la religion d’un propos sur le « sain », le « sauf », le « sacré » le « saint » ? demandait en son temps Jacques Derrida (La religion, Ed. du Seuil, p. 10). 

Au regard de toutes les formes d’abstraction et de dissociation contemporaines, la proposition chrétienne en face de l’épidémie a déjà frappé beaucoup par son réalisme. Tout simplement parce qu’elle n’était pas déracinée, délocalisée, désincarnée. Qui était là, au chevet de l’humanité, aux moments les plus durs ?  Avec la simplicité et le respect dûs aux morts, des chrétiens se sont approchés de familles endeuillées « au nom de Dieu ». Il n’est plus question ici d’être dans la surenchère réaffirmatrice ou dans un antagonisme réactif à la postmodernité sécularisée. Mais d’être dans un compagnonnage effectif. 

Plutôt que de parler de la résurrection finale, il s’agissait d’abord de prendre en charge la résurrection actuelle. Celle que les chrétiens estiment avoir à vivre, ici et maintenant, dans cette charité muette. Elle fait en sorte que la finitude n’est pas le dernier mot de l’existence. Par cette nouvelle « naissance », leur horizon s’est singulièrement élargi, à des questions et des solidarités plus vastes, y compris hors de leurs réseaux habituels. Cependant, à quoi sert-il de croire à la résurrection si l’on n’est pas capable d’être agent de transformation dans ce « corps mystique » de l’Église, tout autant apprenante que capable d’authentifier du bien-fondé de cette orientation en Dieu ?

Les chrétiens pensent qu’il n’y a pas deux mondes, celui d’en bas et celui d’en haut. Mais une façon de vivre ce même et unique monde. Ils n’apportent pas de réponses toutes faites à un monde aujourd’hui privé de sens. Mais bien plus, ils apportent  une façon de rentrer en lien et de rassembler, dans une vigilance à l’humain. De là vient la grande estime dans laquelle beaucoup les tiennent en ce moment.

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