Visite à une famille de déplacés à Beit Hanoun avec Nabila et Saïd Kilani (voir la page facebook de Nabila : https://www.facebook.com/nabila.kilani82?fref=ts)

Retour à Gaza

« Ils sont 1,8 million d’hommes et de femmes — dont plus de 50 % ont moins de 18 ans — à vivre assiégés et sous blocus depuis 2007. Ils ont subi trois guerres, en 2009, 2012 et 2014. Au cours de l’offensive de 2014, qui a duré cinquante jours, 2200 Palestiniens ont été tués, en grande majorité des civils, et 19 000 habitations ont été détruites, ce qui représente 150 000 logements ». Par Christophe Denantes

Ils sont 1,8 million d’hommes et de femmes — dont plus de 50 % ont moins de 18 ans — à vivre assiégés et sous blocus depuis 2007. Ils ont subi 3 guerres, en 2009, 2012 et 2014. Au cours de l’offensive de 2014, qui a duré 50 jours, 2200 Palestiniens ont été tués, en grande majorité des civils, et 19 000 habitations ont été détruites, ce qui représente 150 000 logements. Le blocus, qui concerne l’import et l’export de produits alimentaires et industriels, de matériaux de construction, mais aussi les personnes, ne permet pas la reconstruction des maisons et le redémarrage de l’économie. Aujourd’hui 75 000 personnes sont toujours déplacées, beaucoup vivant dans des tentes, des abris de fortune, les ruines de leur maison, ou sans domicile fixe. Pendant mon séjour, l’électricité a fonctionné 4 h par jour. Lors du précédent, en novembre 2015, elle fonctionnait par tranche de 8 h soit 8 h par jour et 16 h par jour, en alternance un jour sur deux.

 

Il existe une fracture politique : la gouvernance de Gaza échappe au gouvernement d’union nationale en place depuis juin 2014 et basé à Ramallah en Cisjordanie. Le HAMAS, proche des frères musulmans, détient le pouvoir à Gaza depuis 2007 après avoir remporté les élections législatives en 2006, et évincé le Fatah à l’issue une année de troubles et d’insécurité suscitée par des milices pro-FATAH. On trouve dans l’opposition des proches de l’Autorité Palestinienne dominée par le FATAH qui gouverne à Ramallah, des proches du FPLP un parti de gauche, et des proches du Djihad Islamique issu des frères musulmans, ces deux partis militant pour la réconciliation entre l’Autorité Palestinienne et le Hamas. Je ne ne parlerai pas d’éventuels partisans de DAECH que je n’ai pas rencontrés, mais dont un ami du Hamas disait qu’ils étaient souvent soit des ignorants connaissant mal l’Islam, soit des agitateurs ou des trafiquants locaux et régionaux

Colonnes de marbre à chapiteaux découvertes Le 2 avril 2016, sur le chantier d’un futur centre commercial à Gaza, qui semblent provenir d’une ancienne église byzantine datant des IVème et Vème siècles
Colonnes de marbre à chapiteaux découvertes Le 2 avril 2016, sur le chantier d’un futur centre commercial à Gaza, qui semblent provenir d’une ancienne église byzantine datant des IVème et Vème siècles

Il existe une fracture sociale entre ceux qui ont des revenus et ceux qui n’en ont pas, ces derniers étant les plus nombreux avec un chômage touchant 41 % de la population active et 60 % des jeunes, dont beaucoup ont un niveau bac+4 ; les jeunes en effet ici tous scolarisés.

Les fonctionnaires se divisent en deux catégories :

  • Les fonctionnaires embauchés par Ramallah avant 2007 qui touchent l’intégralité de leur salaire, qu’ils travaillent ou non, Ramallah leur ayant donné ordre de ne pas reprendre leur travail en 2007. L’ensemble des policiers recruté avant 2007 n’a pas repris son travail.
  • Les fonctionnaires embauchés par le Hamas depuis 2007, pour remplacer ceux qui n’avaient pas repris leur travail, qui touchent 40 % de leur salaire après n’avoir pas reçu de salaire pendant plusieurs mois en 2014 et 2015. Ils sont policiers, soignants, enseignants.

Les secteurs agricoles et de la pêche sont sinistrés. Sur le plan agricole, Israël impose « une zone tampon » de 500 m le long de la frontière, où il est interdit de cultiver : ce qui représente 25 % à 35 % des terres cultivables, car la largeur de la Bande de Gaza est de 8 à 12 km. L’armée israélienne a ouvert le feu 30 fois au cours de la semaine dernière,  blessant 2 paysans qui étaient à 350 m de la frontière. Israël impose « une zone de pêche autorisée » qui a été élargie après la guerre de 2014, de 3 miles à 6 miles et récemment à 9 miles sur 20 des 40 kms représentant la longueur de la Bande de Gaza. Cette zone de pêche autorisée au terme des accords d’Oslo était de 20 miles en 1993. En 2015 la marine israélienne a tiré 139 fois sur des pêcheurs, en blessant 24 et en arrêtant 71, endommageant 16 bateaux et en confisquant 22.

Le secteur industriel est lui aussi sinistré : l’infrastructure industrielle a été détruite à 90 % et les coupures d’électricité constituent une entrave à sa remise en marche. Le secteur du bâtiment fonctionne mais son activité dépend de l’approvisionnement en ciment, gravier et fer à béton avec lesquels est fabriqué le béton. C’est cet approvisionnement en ciment au secteur privé qu’Israël a interrompu depuis 2 semaines, accusant le Hamas de le détourner pour construire des tunnels.

La vie continue à Gaza ville où tous les 4×4 n’appartiennent pas à des ONG. Il faut aller dans les périphéries pour voir la misère de familles déplacées qui s’entassent dans des abris où l’accès à l’eau et à l’électricité est précaire, avec des enfants se déplaçant en essaims dans des rues non goudronnées, où les ordures ne sont plus ramassées. La pauvreté distend les liens sociaux, génère de petits trafics et radicalise les familles abandonnées. Cependant la gouvernance du Hamas, avec l’aide apportée par l’UNWRA (Agence des des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), les organisations gouvernementales et non gouvernementales palestiniennes et internationales, permet à « Gaza la vie » de faire face au siège ; 2015 a été l’année la moins meurtrière depuis 2007. Je circule seul à pied ou en taxi collectif sans aucun problème.

Pour conclure, je vous invite à écouter une émission en français émise de Gaza, au cours de laquelle je réponds aux questions de Ziad Medoukh sur nos missions.

 

 

Christophe Denantes

(Gaza, du 2 au 15 avril 2016)

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