Revêts la justice de Dieu

Tout ravin sera comblé,
toute montagne et toute colline seront abaissées ;
les passages tortueux deviendront droits,
les chemins rocailleux seront aplanis ;
et tout être vivant verra le salut de Dieu.

Dimanche 9 décembre 2018

PREMIÈRE LECTURE (Ba 5, 1-9)
« Dieu va déployer ta splendeur »
PSAUME (Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !
DEUXIÈME LECTURE (Ph 1, 4-6.8-11)
« Dans la droiture, marchez
sans trébucher vers le jour du Christ »
ÉVANGILE (Lc 3, 1-6)
« Tout être vivant verra le salut de Dieu »

Mot d’accueil

En ce deuxième dimanche de l’Avent, les textes optimistes du jour nous invitent à participer à une joie active, une joie qui travaille pour la justice et qui sera mesurée à son aune, une joie qui nous met en chemin. Vers une nouvelle naissance, pour nous comme pour la société d’aujourd’hui.
Nous vous invitons à prêter l’oreille de votre cœur. À Baruc, qui exulte devant le retour au pays des enfants du Dieu de justice ; au psalmiste, qui chante leur libération joyeuse ; à Paul, qui prie dans la joie pour les chrétiens de la ville de Philippe en demandant pour eux justice; au Christ Jésus ; et enfin à Luc, qui nous présente Jean le Baptiste appelant à préparer les chemins du Seigneur.

Blandine Ayoub

Commentaire des trois textes de la messe du 9 décembre 2018
« Dieu va déployer ta splendeur » !

Quel programme ! Mais attention il n’est pas pour les tièdes ! « Il va y avoir du sport » ! Et si l’on remplaçait le terme « Jérusalem » dans la première lecture par ton prénom, oui le tien et le tien aussi. Toi donc, « quitte ta robe de tristesse et de misère (…), enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, car Dieu, pour toujours, te donnera le nom : « Paix-de-la-justice ». Comme une continuité avec la semaine dernière, tu es invité(e) à te mettre debout et à te tenir sur la hauteur… mais pour quoi faire ? En solidarité avec nos sœurs et frères en humanité et en harmonie avec le cosmos et la nature, dans un rapport égalitaire et non dans un esprit d’exploitation, préparer le terrain à la venue de Dieu et croyez-moi … il y a du boulot : -abaisser les obstacles éternels qui nous empêchent de savoir que chacun de nous est le temple de Dieu, le visage de sa tendresse, son rire, sa joie, sa lumière dans ce bas monde aux prises avec nos ombres…
La sagesse soufie préconise : « quoiqu’il arrive dans ta vie, si troublant que tout te semble, n’entre pas dans les faubourgs du désespoir. Même quand toutes les portes restent fermées, Dieu t’ouvrira une nouvelle voie. Soit reconnaissant ! Il est facile d’être reconnaissant quand tout va bien. Un soufi est reconnaissant non pas pour ce qu’on lui a donné, mais aussi pour ce qu’on lui a refusé » 1 .
Et encore, -combler les vallées creusées par les larmes de nos désespérances et nos volontés de contrôle car nous n’avons pas confiance dans le dessein de Dieu pour chacun d’entre nous…ah la résistance au mystère…
Et encore – rendre droits les sentiers tordus par la volonté de profiter, d’accaparer, la soif de pouvoir, de manipulation, de domination et la peur qui nous colle à la peau ! Ce manteau de la justice, ne nous rappelle-t-il pas celui de Salomon qui lui permit de reconnaître le geste d’amour véritable désignant ainsi la vraie mère ou le manteau de la vierge, coin de ciel bleu protégeant ceux qui s’y abritent pour panser leurs blessures béantes ? La justice, serait-ce cette femme (ah intéressant une image féminine enfin !) aux yeux bandés, le glaive à la main en équilibre sur un fléau entre les deux plateaux de la balance ? Malgré la beauté de cette image, elle est trop étroite pour le but de notre cheminement la « lumière de Sa gloire ». Décidément, le droit n’épuise pas la justice ! Quels sont nos instruments ? Non pas la miséricorde et la justice mais Sa miséricorde et Sa justice. Ces mots nous rappellent « mon Règne n’est pas de ce monde », comme une invitation à un changement radical de perspective, à un voyage tellement vaste que nous ne pouvons même pas le concevoir lorsque nous sommes encore sur la rive de la peur et de l’ego. Mais pour pouvoir goûter à cet autre règne et parvenir à une nouvelle naissance à l’amour véritable c’est à dire selon les bouddhistes « la bonté aimante, la compassion, la joie et l’équanimité »2, à combien de dépouillements sommes-nous appelés ? Mais avant d’y arriver comment reconnaître les mots justes, les pensées juste, les gestes justes, les actions justes ? Se mettre en grande fête, avoir la bouche pleine de rires, pousser des cris de joie, avoir de la gratitude pour qui nous sommes, ce que nous avons et cet « autre » avec qui connaître le goût de l’amour : « quelles merveilles le Seigneur fait pour nous » ! N’est-ce pas un appel à une évolution ou plutôt une révolution ? Une des spécialités française paraît-il…
En tout cas, charité bien ordonnée commence par soi-même !

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Lancement du mouvement : marcher, c’est se projeter vers l’avant et au moment de la rupture de l’équilibre, mettre l’autre pied par terre. C’est donc en prenant le risque de chuter que le mouvement est possible. C’est à un déplacement certes physique vers le centre de l’église pour y former un cercle, symbole d’unité, mais surtout à ce mouvement intérieur vers un possible où tout est Un, que je vous invite maintenant.

Marine Toulier
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1 Elif Shafak, « Soufi mon amour », p. 104
2 Thich Nhat Hanh, « Vivre en pleine conscience : Aimer ».

 

Méditation à la manière d’une prière eucharistique

Dieu notre Père, nous voici rassemblés pour te louer et te remercier.
Il est vrai que le monde, et nous avec lui, nous avons le visage que nous-mêmes lui donnons. Qu’un regard optimiste dépend aussi de celui qui les regarde. Il est difficile cependant de ne pas voir la beauté de la création, de cette planète que tu as mis entre nos mains. Même la fin de l’automne et l’hiver qui approche, avec leurs grisailles et leurs froid, ont un charme certain, de quoi réjouir nos cœurs. Et dans cette perspective et en prenant bien en compte la réalité qui est la nôtre, nous te remercions pour tous ceux qui se bougent, qui se mobilisent pour le climat, comme hier à Paris et dans plein d’autres endroits du monde. Tous ceux qui nous rappellent nos devoirs, nos engagements en tant que chrétiens, en tant que disciples du Christ.
Les prophètes avaient semé et cultivé l’espérance. Et tu as répondu de manière imprévue et inattendue en nous envoyant ton Fils. Ainsi l’espérance s’est faite chair. Oui car c’est Lui qui nous configure et nous façonne. C’est pour tout cela que nous te remercions. Surtout pour lui et par Lui, notre Seigneur Jésus que nous te louons et nous te chantons.

Cette espérance faite chair, son parcours, son aventure n’est fut pas un chemin de roses, comme il arrive presque toujours avec nos espoirs et nos espérances. L’épreuve de l’espérance que notre Seigneur Jésus incarnait fut la croix, bien sûr. Mais la force de ton esprit était à l’œuvre et il fut de notre espérance crucifiée, l’horizon et la source de la vie nouvelle. C’est pour cela que nous te demandons, Dieu notre Père, d’envoyer ton Esprit sur ce pain et ce vin de telle sorte qu’ils deviennent les signes visibles de sa présence parmi nous. Les signes du corps et du sang du Christ, notre Seigneur.

Comme ressort vital pour notre chemin il nous a dit de faire son mémorial : faites cela en mémoire de moi. Nous voici donc annonçant ta mort, Seigneur Jésus, célébrant ta résurrection et attendant vivement, dans la joie de l’espérance, que tu reviennes. Et pour vivre sainement cette espérance joyeuse qui soit, tout à la fois, le moteur et le carburant de notre marche, nous avons encore besoin de ta force, de ta vitalité. Envoi donc sur tous ceux qui partagent le repas du Seigneur, envoi ton Esprit pour que nous soyons une Eglise pleine de joie et de dynamisme. Germe de justice et de paix, comme nous le rappellent de manière obsessive les textes d’aujourd’hui. Oui, justice, paix et joie surtout pour ceux qui en sont les plus privés, les faibles, les laissés pour compte, les gens qui « ne sont rien », les « derniers de la cordée ».
Nous te prions aujourd’hui plus particulièrement pour Dominique Moyen dont nous avons honoré ici même, il y a un an, la mémoire, lors de sa mort. Pour lui, pour les morts et les vivants, nous te prions.

Jesús Asurmendi

Mot d’envoi

Nous avons écouté la Parole qui met en marche, nous avons célébré dans la joie la justice de notre Dieu, donc yallah, allons y, au boulot, retroussons-nous les manches pour contribuer à la faire advenir dans ce temps et ce monde qui sont les nôtres.

Blandine Ayoub
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