Rousseau pris dans la toile

Rousseau numericus

Le nouveau site saintmerry.org fête son premier anniversaire : lettres d’information, chroniques, prises de parole, journal en ligne, images, diaporamas… Sommes-nous entrés dans l’ère de l’Homo numericus ? Question qui se décline sous la forme : Ego numericus sur la couverture du numéro de juin dernier de la revue La Faute à Rousseau, revue de l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA).

C’est en effet une question centrale pour tous ceux qu’intéresse ou qui pratiquent « l’expression écrite de soi ». Et ils sont de plus en plus nombreux même si Rousseau écrivait, dans les toutes premières lignes de ses Confessions : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura pas d’imitateur ». J’imagine un instant le brave Jean-Jacques disposant en 1712 d‘un ordinateur : il tient un blog, va sur Facebook, Twitter, et le voici, lui, l’auteur du Contrat social, bataillant sur les réseaux sociaux avec Diderot et Voltaire. Il n’aurait certainement pas écrit ce qu’il a écrit, son « moi » en eût été transformé, et cela par le simple usage de cet « outil ».

Certes le journal, la lettre, la chronique existaient bien avant Internet. Mais les cartes sont aujourd’hui redistribuées. Le blog, le site, tendent à gommer la différence entre journal et correspondance, privé et public, et en même temps renforcent l’opposition entre l’instantané et le long terme, la communication et la transmission. L’outil façonne son utilisateur. C’est un espace dans lequel chacun peut agir et est agi par les réactions qu’il suscite instantanément. L’identité narrative fondée sur le récit diffère de l’identité numérique fondée sur le dialogue à plusieurs.

Je viens d’en faire modestement l’expérience en tenant pendant 12 semaines consécutives la chronique de mon été arlésien. D’abord, avec le traitement de texte j’ai pu très facilement couper, coller, recomposer, corriger et recorriger jusqu’au rendez-vous de fin de semaine qui siffle la fin de la partie. Et je suis entré dans le jeu complexe du texte et des photos ou « images », celles-ci prenant de plus en plus de place, parfois commandant le texte. Ce fut un journal personnel mais adressé à un public, et pas n’importe lequel, celui de la communauté de Saint-Merry. Même si je n’ai eu que peu de retours (sauf indirectement par le titre et l’accroche de chaque semaine choisis par Pietro), j’ai toujours senti cette absence de commentaires comme le trou noir devant lequel joue l’acteur. Et qu’est-ce que tout cela va devenir ? C’est très vite du passé, un passé qui s’effacera plus vite qu’une trace sur du papier. Sentiment accentué du caractère éphémère de cette brève rencontre avec mon double estival, arlésien et communautaire…

sc002d14c4Enfin ça fait réfléchir. C’est pourquoi j’ai eu un véritable coup de cœur en relisant le dossier central de ce numéro de La Faute à Rousseau que je viens allégrement de piller pour écrire le troisième paragraphe de cette chronique. On y trouve des repères, des itinéraires, des pratiques, mais aussi les réticences de ceux qui restent sur le seuil. Identités en pleine mutation, itinéraires d’ego numériques, question sur la mémoire et l’avenir de l’ego numericus. En tout une bonne vingtaine de brèves contributions, d’une à deux pages format A4. Le numéro coûte 10 euros, à commander à l’APA, La Grenette, 01 500 Ambérieu-en- Bugey.

Et pour ceux qui campent délibérément sur l’autre rive de la « fracture numérique » (il y en a encore plus qu’on ne pense au CPHB… mais ils ne pourront pas lire cette chronique), la revue est une bonne occasion de faire connaissance avec l’Association pour l’autobiographie, créée en 1992, qui engrange dans la médiathèque d’Ambérieu-en-Bugey, « Ville de l’autobiographie », tous les textes et documents autobiographiques inédits qu’on veut bien lui envoyer (des milliers à ce jour), en précisant s’ils peuvent être consultés (de nombreux historiens et sociologues s’y intéressent) ou conservés secrets pendant une durée de cinquante ans. Pour en savoir davantage, amis internautes, il vous suffit d’aller sur le site très riche et très régulièrement tenu à jour : http://sitapa.org.

 

Jean Verrier

1 Commentaire

  • Désolée de t’avoir laissé devant ce « trou noir » tout cet été ! Moi, lectrice, j’étais dans la lumière, et quelle belle lumière que tes textes et tes photos : un vrai voyage.
    De plus cette vision à distance m’a encouragée à voir / regarder tout ce qui a fait mes journées de cet été, avoir presque envie aussi d’en faire un récit : rencontres, beautés, surprises, sonorités, grands moments. Savoir s’arrêter et déguster ces journées et évènements… Chacun a ainsi des expériences riches, à vivre bien et parfois, à transmettre.

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