Rue fraternelle

gestes de rueDoucement le papier s’embrase et le tabac crépite. Un long souffle prolonge l’aspiration de la cigarette. Sur fond de ciel bleu clair, s’allume un point rougeoyant. Quelqu’un dans la rue a demandé du feu et de quoi fumer. Et quelqu’un d’autre les lui a donnés.

 Elles sont mère et fille. Toutes deux ont une robe à fleurs, la grande des chaussures à talons hauts, la petite des sandales à brides. Pour sortir du métro, elles ont décidé de monter l’escalier à reculons.  Elles gravissent chaque marche avec les mains en avant et la gorge pleine de petits rires. En guise de réplique, les voyageurs font le chemin dans l’autre sens.

Elle descend la rue à toute vitesse pour ne pas rater le passage du bus. À la vue d’un homme marqué par l’alcool, tombé sur le trottoir comme un scarabée sur le dos et qui brasse l’air avec sa canne, elle s’arrête net et se propose d’aider à le relever.  Comment soulever le poids d’un homme ? Un passant lui signifie que c’est inutile :

— « Il retombera, je le connais, c’est son habitude. »

— « Oui, dit-elle, mais aujourd’hui c’est aujourd’hui. Vous ne voudriez pas m’aider ? »

Contre toute attente, le passant donne un coup de main. Voilà notre homme debout. Tandis qu’elle reprend sa course, les deux autres sont en marche, lentement, résolument, tout en se faisant la conversation.

Et encore d’autres gestes ?

Martine Le Gac

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