©fc

Saint Frou el santo loco

Quelque chose de dérangeant, de vertigineux vient troubler un regard encore extérieur, non concerné, aux œuvres. Non concerné…pas pour longtemps. « Mais cela me concerne » Intime conviction.

« Saint Frou el santo loco »  d’Emmanuel Rojas » exposition dans la crypte de l’église Saint Merry.

Un concours de mystères. D’abord « saint Frou », une histoire mystérieuse, d’un personnage à l’existence probable en rapport avec l’autrefois de saint Merry.

Descendons dans la crypte, lieu caché, mystérieux, et dépositaire des strates d’époques passées. Confirmation que le choix des photos exposées au regard et à la déambulation silencieuse, recèle du mystère qui convient à un tel lieu.

Le moment technique de la « révélation » photographique, fait apparaître une épaisseur de temporalités  à couches multiples de discours latents sous l’apparence et la précision des photos.

photo E. Rojas 3Quelque chose de dérangeant, de vertigineux vient troubler un regard encore extérieur, non concerné, aux œuvres. Non concerné…pas pour longtemps. «  Mais cela me concerne » Intime conviction.

Alors l’urgence de repartir à zéro devient évidente. Depuis le début, un deuxième, un troisième parcours des différentes stations s’impose avec plongeon et immersion dans chaque image.

Les titres :
Le bûcher, les noces, le bûcher, l’éventail de la mariée, appel aux Sacées, Anges déchus, Nativité, la Pomme originelle, Christ clandestin, Confiteor quia peccavi,, Licorne, Auto-confession, saint Frou, la Combustion du fruit, la Porte du sacristain.

Les  échos bibliques s’entrecroisent avec des références mythiques et me semble-t-il, les explicitent : « Appel aux Sacées » ? Avec le travail et le rythme des jours, elles maintiennent l’ordre, le déchaînement des corps dans l’effervescence de la fête, moment de suspension de « l’ordre ». Les excès sont nécessaires au renouvellement de toute société, nous dit-on, soit un rajeunissement devant l’usure du sacré, surtout manifesté par des tabous et des expiations.Tout est rendu supportable à nouveau par ces purgations !

La licorne
La licorne

La licorne, animal féroce et symbole de pureté et de grâce, apparentée à la virginité, éveille l’instinct de possession- destruction, comme une proie offerte à la prédation .Elle serait, entre autres associée à la dualité de l’être humain.  Ce que l’exposition montre clairement.  Anges déchus, par exemple.

Ces quelques éléments nés de l’imaginaire, amplifient le sens et la beauté émouvante de la scène « Nativité ». Voir le jeu des regards des hommes en particulier, vers le centre où se tient  la femme au regard intériorisé, et la retenue ou une sorte de détachement dans la pose des autres femmes du demi cercle.

Maternité
Maternité

L’un des hommes semble rempli, lui,  d’une ardente  brûlure intérieure, amoureuse, qui s’exprime dans son regard vers la femme qui fait naître. Voir la minuscule tache- oiseau rouge, au lieu du cœur.

De même la dualité humaine, exprimée par les scènes « Confitéor quia peccavi , Auto- confession, la Pomme originelle et la Combustion du fruit, le rendu éprouvant de la scène « Les noces », le doublage de la présentation du « Bûcher »

Au fait le bûcher ? On a beaucoup brulé dans l’occident chrétien,  les femmes dites sorcières , les béguines…Jeannne d’Arc, les templiers…. Il parait que le bûcher était conçu comme flammes bénies.

Mais « le Christ » clandestin au fin fond de la cave, au cœur des excès exposés. Cette photo là me bouleverse comme la scène « Nativité » Je pense à l’histoire du grand inquisiteur dans   « Les frères Karamazof » au Christ revenu sur terre, qui a ressuscité une petite fille, et reconnu par le cardinal, est jeté dans les ténèbres épaisses du cachot. «  Pourquoi es-tu venu nous déranger ? » le questionne-t-il.
Au milieu de nos pagailles et excès, Il, le Christ toujours là. Y pensons-nous ?

Sans prétention à épuiser le sujet, car il est heureusement inépuisable, (on pourrait par exemple évoquer la double figure Apollon, Dionysos, secrètement présente dans toute société), il faut signaler « la Porte du sacristain » trait d’humour du regard amusé et tendre de ce personnage qui, après tout, et à chaque génération, est le témoin de la vie intérieure du bâtiment église.

La porte du sacristain
La porte du sacristain

Ce sacristain, celui de la photo que beaucoup peuvent reconnaître puisqu’il a eu cette fonction pendant quelques mois, je le remercie car si j’en crois Emmanuel Rojas, c’est lui qui a invité ce dernier et ses compagnons artistes bousculeurs des conventions à entrer dans Saint-Merry et à réaliser ce qui nous est offert dans la crypte.

Marie Thérèse Joudiou

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *