Seigneur, tu m’as séduit

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Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il
à gagner le monde entier,
si c’est au prix de sa vie ?
Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?

Dimanche, 3 septembre 2017

PREMIÈRE LECTURE
« La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte » (Jr 20, 7-9)
PSAUME (Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9)
« Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! »
DEUXIÈME LECTURE
« Présentez votre corps en sacrifice vivant » (Rm 12, 1-2)
ÉVANGILE
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)

Accueil

Bonjour à tous, les anciens, les nouveaux, les « de passage »,
(le temps que tout le monde s’installe)

Aujourd’hui est un peu dimanche de rentrée, nous reprenons l’horaire habituel
et beaucoup reviennent de leurs diverses villégiatures…
La rentrée est là, les cartables sont prêts, les bonnes résolutions apparaissent
comme arriver à l’heure, s’installer vite à sa place, venir aux préparations…. Je m’arrête là.

Pendant ces vacances… Saint Merry n’a pas sombré dans une torpeur estivale.
Grâce à de nombreux bénévoles ; la communauté est restée bien vivante
et les portes toujours ouvertes.
Se sont succédés : expositions, rencontres, échanges avec les passants
illustrés en partie par un ABCdaire que vous pouvez découvrir dans la chapelle
en face de moi et quelques feuilles autour de la table eucharistique.

Seigneur, tu m’as séduit

Dimanche dernier nous étions invités à dire Dieu avec nos mots
à la suite des disciples quand Jésus leur demande « qui suis-je pour vous ? »
Aujourd’hui nous entrons plus au coeur de notre relation à Dieu.
Dieu, « Celui qui m’a séduit ».
Comment vais-je en témoigner, le dire, le vivre… sous le regard des autres et leurs réactions,
peut-être leurs moqueries et railleries comme dit le prophète Jérémie.
Jésus nous indique le chemin à suivre, écoutons sa parole et entrons dans la célébration
au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit.

Sylvie De Bengy

Homélie

Dans les deux textes de ce jour, il y a le conflit.
Et dans les deux cas, il y a le désir de fuir.

Dans le concert des moqueries, Jérémie renonce à sa vocation
« Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. »
et Pierre dans l’évangile ne veut pas risquer sa vie
« non mais ça va pas Jésus ? Tu veux aller à Jérusalem ?
Mais on va se faire arrêter, on va te faire la peau et nous avec ! ».
On est dans le « courage fuyons ! »

Jésus refuse de fuir, il ose la foi frontale
et non pas la foi de salon tartinée de nutella mais la foi qui coûte
face aux autoroutes de la pensée unique qui menace nos esprits.
La pensée unique, qu’elle soit politique ou théologique,
régnait du temps de Jésus, le nazaréen n’a pas hésité à la transgresser.
Disciple de Jésus, de cet empêcheur de tourner en rond,
je suis appelé à me mouiller, à refuser et à transgresser la pensée unique.

La vie spirituelle est cet appel auquel je ne peux pas ne pas répondre
sans risquer de me trahir. Vous y reconnaîtrez un cortège de saints,
hommes et femmes qui sont allés jusqu’au bout de leur foi.
Lutte et contemplation déclare frère Roger de Taizé.
Diriez vous, vous aussi mes amis, comme le prophète Jérémie « Dieu m’a séduit. » ?

Jésus m’a séduit, habité et transformé.

Il me faut de toute urgence, comme Jérémie et Jésus et d’autres sortir,
respirer au risque d’affronter moqueries et conflits.
Dieu ailleurs, Dieu au delà de nos peurs, le retrouver sur des chemins de traverses,
hors du « prêt à croire » comme il y a un « prêt à porter ».
J’ose croire que Jésus traînait davantage dans les tavernes de Jérusalem
que dans le temple, on peut donc à ce jour, le retrouver dans la rue,
dans les bistrots, dans les bouibouis, dans les associations, dans les manifs,
dans nos actes intimes ou publics, là où le dérisoire et l’éphémère
le disputent aux profondeurs des âmes assoiffées.
Là, il m’a séduit, habité et transformé.

Et ce pauvre Pierre, qui n’en rate pas une, qui s’est vu félicité par Jésus
à la messe de dimanche dernier lors de sa terrible déclaration de foi
« tu es le fils de du Dieu vivant ! », le voilà aujourd’hui, tout au contraire,
jeté, cassé, viré : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu,
mais celles des hommes. ». Prends toi ça dans les dents !
Dimanche dernier, Pierre était dans le vrai, dans la révélation et aujourd’hui il est dans l’erreur ?
Comment savoir ce qui vient de Dieu et ce qui vient de l’homme ?
On reconnaît l’arbre à ses fruits. Où sont les fruits dans nos vies ?

Etre séduit, habité et transformé, être sur des torrents de vie
et non pas sur les sables du paraître, être dans l’immense joie de donner
et non pas dans la course au fric, être dans le bonheur de servir
et non pas dans la violence du pouvoir. Voilà donc le feu de la foi insoumise,
fougueuse, aimante, amante qui fait trembler les colonnes du temple
et fait danser la joie de vivre.

Et cette parole de ce jour qui pèse lourd, qui me bouleverse
«celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera»
On passe tant de temps à la gagner la vie qu’on la perd, c’est évident.
On veut gagner, posséder, accumuler, dominer dans l’incessante compétition
où les forts écrasent les faibles, c’est donc ça le sens de la vie ?
Christian Bobin, ce poète de la foi, que vous avez tous en bouquins chez vous
au pied de votre lit, je n’en doute pas une seconde, déclare en écho au Christ :
Dans le monde de l’esprit, c’est en faisant faillite qu’on fait fortune.
N’ayez pas peur de perdre dit le Christ, autrement dit lâchez prise.
Avouez mes amis de cette sainte assemblée que là franchement,
on rame à contre courant de ce monde ?

Nous sommes dans le monde, mais pas de ce monde.
Marcel Légaut dont vous avez tout autant les bouquins au pied de votre lit,
ira jusqu’à dire et c’est bouleversant :
« Il faut poser les bonnes questions et surtout ne pas y répondre car elles sont hors de notre portée.
Prier, c’est surtout ne pas répondre mais laisser l’Esprit nous souffler la réponse »
Alors ne répondons surtout pas, prions. Entrons dans l’épaisseur du silence,
laissons nous séduire par le feu intérieur, oui mais glissons vite une bûche
dans la cheminée de notre âme en manque d’être et puis agissons
malgré les moqueurs et les violents de ce monde.

Pierre Castaner
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