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« Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance »

Vous soulignez l'aspect démocratique mais c’est une responsabilité que vous prenez. Vous ne pouvez pas déléguer le pouvoir à quelques-uns : vous devez prendre ensemble la responsabilité. Vous ne pouvez pas déléguer la responsabilité à quelqu'un et démissionner, créer une structure de pouvoir sans les contre-pouvoirs. Un tel projet c’est un engagement de tous, et non un engagement délégué à quelques uns, sinon on va dans le mur, pour une vraie coresponsabilité ensemble.

15 Novembre 2015
33éme dimanche ordinaire
Année B

Installation de Daniel Duigou comme responsable du CPHB et curé de S.Merry
par Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris

1ère lecture : livre d’Isaïe 61/1-3
2ème lecture : Paul aux Galates 5/13-16a

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Evangile selon Jean 15/11-17

 

Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.
Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres.
Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint,
Galates 5/13-16a

Introduction par Jérôme Beau
Jour douloureux, avec telle personne assassinée, épouse, enfant….
Paris est une peine. Paris rencontre. Paris unis, solidaire, fraternelle. Les plus grandes souffrances et les plus grandes joies.
Écoute, écoute les souffrances de notre ville, le cri de notre ville.
Soyons des hommes et des femmes de proximité, d’attention, d’ouverture de cœur.
Notre ville en a besoin. Les temps que nous vivons ont besoin de cette ouverture, de cette attention, de cette fraternité. Ils ont besoin que nous ayons les yeux ouverts pour apporter l’espérance
Que votre écoute, que votre orientation pastorale ne soit pas de regarder qui vous êtes en recherchant votre identité : c’est ainsi que naissent les communautarismes.
Mais que votre vocation soit celle d’avoir l’œil, l’oreille, l’amour au cœur pour apporter la paix et la fraternité, dont ce monde a si besoin pour détruire les fanatismes et  tous les fondamentalismes.
Soyez des témoins d’espérance.
Demandons au Seigneur que nous sachions recevoir de lui la force de l’espérance et que nous sachions la partager.

Commentaire de la lettre aux Galates

Dans ce texte, trois mots nous ont plus spécialement interpellés lors de la préparation :
Appel à la liberté – l’Amour – Marche sous l’impulsion de l’Esprit.
Le premier verset de ce chapitre de l’épitre aux Galates donne le ton : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés. »
« Le Christ libérateur d’une humanité en travail de gestation spirituelle douloureuse » écrit Henri Gouhier. Oui, mais une liberté qui ne nous livre pas à nous-mêmes, à nos seules propres forces, mais une liberté agissante et « agie ».
Concrètement, dans la taille du marbre, l’on retrouve à la fois ces deux dimensions.
Le choix d’un bloc et l’apprivoisement – réciproque, une complicité ou une alliance en quelque sorte, puis la taille, toujours avec retenue, des arrêts, des respirations, pour écouter la révélation qui nous est faite de ce qu’il renferme et que l’on veut porter au jour. Une marche avec un sentiment qui vous habite et vous conduit.

Ainsi, nous pouvons tous dans nos vies faire des expériences semblables. Et « marcher sous l’impulsion de l’Esprit » comme le demande Saint Paul, c’est d’abord accepter et prendre le temps de nous mettre à son écoute, puis faire alliance avec Lui afin que son amour, attentif à nos différences, nous rassemble dans une marche à la suite du Christ, et « se réjouir ou s’engager à penser, comme l’écrit le père Paul Valadier, que l’histoire des hommes reste conduite par une volonté bienveillante en dépit des apparences contraires. »

Damien Pasquier-Desvignes

Intervention de Jérôme Beau, notre évêque

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Ce que je vous commande, c’est de vous aimer.
Seul l’amour qui se donne est un amour qui remplit.
Nous sommes dans un monde de fascination. Fascination de la violence, du mal, de la mort, qui nous enferme dans un cercle d’esclavage. La violence rend esclave de la violence. Seule l’amour vrai qui se donne peut stopper nos perversions.

Vous dites dans votre texte d’orientation pastorale : « La ville est sous le signe de l’ambivalence, elle est Babel et Jérusalem. » Deux cités, céleste et terrestre, sont liées comme tresse d’un panier d’osier. L’une c’est celle qui se donne dans l’amour aux dépens de soi, l’autre c’est l’amour qui vit aux dépens de l’autre.
Nous allons vivre ensemble la COP 21 – et bien d’autres évènements de la vie de notre cité, comme l’aspect dramatique de ce week-end. Cela nous invite tous à changer nos manières au nom de la fraternité, de l’harmonie, de la création. Il y a une conversion dans notre rapport à l’argent, aux autres, qu’il nous faut assumer, dans le domaine des idées, mais aussi dans la réalité
La nuit blanche vous avez montré cette barque de pêcheur qui coulait, et les résolutions non tenues des états. Il y a ce que font les états, ce que nous sommes capables de faire. S’il y a des résolutions perdues dans de grandes institutions, il y a a aussi des résolutions perdues dans notre propre vie.

Une belle expérience de l’art contemporain, belle manière d’écouter le monde d’aujourd’hui. Cela fait partie des dons de Saint-Merry.
Vous êtes dans un quartier de toutes les cultures, de toute la jeunesse. Eh bien, soyez jeunes, ne tenez pas ce que vous êtes comme un trésor à garder pour vous, mais  accueillez le renouvellement de la sève des générations à venir. L’enjeu ce n’est pas ce que vous êtes, mais c’est ce que vous transmettez.

Vous avez vécu une belle aventure avec Jacques Mérienne et il faut le remercier ; il a vécu des souffrances avec vous, et vous aussi dans les deux sens. Mais il faut reconnaître et il faut savoir que cela a été une belle aventure. Il a donné beaucoup de lui-même, et il faut le remercier.
Vous allez vivre une belle aventure avec Daniel et je le remercie de vous offrir une riche expérience de sa vie, unique dans l’Eglise de France : journaliste, présentateur de télévision, psychanalyste, ermite à Ouarzazate. Il vient avec vous pour continuer cette aventure. Aventure dont l’histoire s’écrit au jour le jour. Il faut oser l’aventure d’un chemin que nous ne connaissons pas avant, la beauté d’un chemin c’est de le vivre.

Dans le document que vous m’avez confié, lu rapidement, je me permets de souligner trois éléments à travailler.
1 – Vous soulignez l’aspect démocratique mais c’est une responsabilité que vous prenez. Vous ne pouvez pas déléguer le pouvoir à quelques-uns : vous devez prendre ensemble la responsabilité. Vous ne pouvez pas déléguer la responsabilité à quelqu’un et démissionner, créer une structure de pouvoir sans les contre-pouvoirs. Un tel projet c’est un engagement de tous, et non un engagement délégué à quelques uns, sinon on va dans le mur, pour une vraie coresponsabilité ensemble.

A travailler pour voir comment chacun engage sa responsabilité

2 – Réfléchir à la place du prêtre
Qu’est-ce que c’est un prêtre pour vous ? Qu’est-ce que vous en attendez ? Est-ce uniquement un distributeur de sacrement ,ce qui ne va pas donner beaucoup d’idées de vocations ? Qu’est-ce pour vous ? surtout prendre cette question comme vous l’avez posée, dans l’articulation du sacerdoce commun des fidèles et du sacerdoce ministériel. Quelle est l’articulation que vous êtes capables de nommer, de définir ? Si vous prenez seulement la question du prêtre en tant que telle, vous allez rentrer dans une problématique de pouvoir ?
L’articulation entre prêtres et laïcs en 40 ans a complètement changé dans l’Eglise, elle est en train de changer encore. Le prêtre n’est pas moins prêtre aujourd’hui qu’hier, il est autrement depuis 40 ans dans cette articulation.

3 – Je reprends dans la déclaration de Madame Hidalgo, la question de l’unité.
Nous vivons des temps de fracture sociale, humaine. Il faut que l’ensemble de notre communauté réfléchisse à ce que c’est que l’unité. L’unité ce n’est jamais la conformité.
Dans toutes ces différences qui doivent avoir leur place, il doit y avoir un esprit de communion. L’amour se dit dans l’unité.
Peut-être le prêtre a une place dans l’unité. Peut-être est-ce  ce que vous seriez prêts  à demander à Daniel Duigou. Vous n’avez pas indiqué encore cela dans ce texte.

Votre texte, une ouverture vers l’avenir : qui ne doit pas être un document arrêté, mais une réflexion vers l’avenir.

Prise de parole de Daniel Duigou
Grace à cette célébration nous avons dit l’essentiel. Avant les remerciements je voudrais vous dire les deux ou trois raisons qui font qu’aujourd’hui, je suis heureux.
Première raison car dès l’âge de 8 ou 9 ans, grâce au témoignage d’un prêtre, je me suis dit que là où je pourrais être heureux, c’est  là où je pouvais être au service des autres, quelle que soit la couleur de leur peau, leur langage, leur culture, et  leur sexualité.
C’est ce désir qui m’a structuré toute ma vie ?
Deuxième raison
Car les uns et les autres, nous pouvons être au service de cette humanité qui est à construire.
C’est parfois redoutable dans cette culture du débat qui nous amène à nous confronter, nous disputer, au risque d’une certaine violence, au risque d’un morcellement qui serait comme une mort de cette communauté.
Mais c’est en affrontant les réalités humaines, le défi de la modernité, en ce qui concerne le christianisme comme toutes les religions, que nous ouvrons un chemin de vérité, d’authenticité et de fraternité. C’est une chance ensemble de pouvoir le vivre. Et si j’ai dit oui, c’est que j’avais envie de vivre cette aventure spirituelle avec vous.
Troisième raison
Elle s’ajoute à l’accueil : accueillir, écouter, écouter l’autre dans sa propre langue, solidarité avec les plus pauvres en qui on peut se reconnaître.
La liturgie à chaque fois est belle car on cherche à avancer dans le sens des mots.
Il y a l’art…. Je ne suis pas un artiste, après avoir été journaliste, prêtre… L’artiste c’est celui qui ouvre des chemins nouveaux, c’est un prophète. Ici nous avons la chance de donner la place à tous ces artistes qui nous aident à entrer dans un monde nouveau, à crier nos souffrances, à déchiffrer ce monde qui est compliqué, pour essayer d’y trouver notre place et  devenir nous-mêmes des artistes de notre vie.
Non seulement parce que cette église du XVIè siècle ouvre toutes ses portes au monde contemporain, mais aujourd’hui nous allons accueillir un peintre et un tableau qui représente une vision de St-Merry ouvrant ses portes, sur un fond bleu qui fait penser à l’Europe de demain… une vision optimiste pour ouvrir de nouveaux chemins.

1 Commentaire

  • Merci à Mgr Jérome Beau pour ses paroles fortes qui, avec délicatesse, nous indiquent les pistes pour aller plus loin que notre TOP.

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