Théâtre dans un collège de Gaza

Si je t’oublie, Jérusalem

Entre humiliation, colère et espérance d’y revenir, la ville sainte nourrit plus que jamais les rêves des Palestiniens. Par Christophe Denantes
Théâtre dans un collège de Gaza
Théâtre dans un collège de Gaza

Enseignement du Français dans les collèges et les lycées gouvernementaux de Gaza

Dimanche 1° mars 2015, à l’issue d’une mission chirurgicale à Gaza avec Christophe Oberlin, j’envoie un courriel à Abdelnasser et Bassem,  deux inspecteurs du ministère de l’éducation nationale, responsables de l’enseignement du français, auxquels Marie-Jo Parbot m’a chargé de remettre son livre sur Gaza[1]. En retour, ils m’informent de l’instruction donnée par le ministère aux enseignants des vingt-et-un collèges et lycées où le français est enseigné de préparer un spectacle sur le thème de « Jérusalem » et ils me demandent de participer au jury qui, durant deux jours, les mercredi 3 et jeudi 4 mars, les évaluera. Nous le ferons avec deux représentants du ministère, Fatim responsable du programme « Jérusalem », et Ahmad responsable des activités culturelles et artistiques.

Mercredi à 8h30, ils passent me prendre à l’hôtel dans une voiture du ministère, pour une première journée de tournée dans dix collèges et lycées du sud de la Bande de Gaza. Dans chaque établissement nous sommes accueillis dans le bureau du directeur qui nous présente l’équipe de direction, les professeurs(es) de multimédia et de français et des représentants de la commune et du gouvernorat. Le spectacle se déroule dans la salle des fêtes ou dans la cour de récréation s’il s’agit de théâtre, dans une salle de classe ou dans une salle équipée d’ordinateurs s’il s’agit d’un montage vidéo ou de la lecture d’un poème.

Théâtre dans un lycée de Gaza
Théâtre dans un lycée de Gaza

La tournée commence à côté de Nusseirat dans un lycée de garçons où un élève nous lit un poème de Mahmoud Darwish.De Nousseirat nous allons à Khan Younès dans un lycée et trois collèges, où nous assistons à des spectacles intitulés « Al Aqsa vous appelle », «Al Aqsa en danger », « Al Aqsa c’est mon rêve ». La tournée se poursuit à Rafah , dans un lycée et deux collèges, où nous assistons à des spectacles intitulés « l’appel d’Al Aqsa me pleure » et « la plus belle salutation, la salutation de l’islam », et à un film. La tournée se termine à  Deir El Balah, dans un collège de garçons qui nous présente un film intitulé « droits volés », puis un lycée de filles qui nous présente un spectacle dans la cour avec un décor constitué des maquettes des deux mosquées de Jérusalem, El Aqsa et le Dôme du Rocher

Jeudi matin, la tournée continue dans onze collèges à Gaza-ville et au nord de le Bande de Gaza. A Beit Layia, près de la frontière israélienne, le collège de filles « Abou Taman » nous présente un film sur Jérusalem, montrant des destructions de maisons palestiniennes et des implantations israéliennes au cœur de la vieille ville. Une aile de ce collège a été bombardée en juillet-août 2014. La reconstruction n’est pas à l’ordre du jour à cause du blocus sur les matériaux de construction et des classes sont encore pleines de gravats, de débris de tableaux noirs, de portes et de fenêtres. De retour à Gaza, nous visitons encore  quatre collèges et deux lycées de filles, puis deux  collèges et deux lycées de garçons. De ces spectacles je retiendrai un poème du poète palestinien Samir El Qasim, « La terre de la paix », et un film sur l’histoire d’une famille de 1936 à aujourd’hui avec une référence à Abraham père des trois religions monothéistes, et une séquence sur l’Esplanade des Mosquées et son musée d’art islamique.

Pièces de théâtre, films ou poèmes, il s’agissait toujours de Jérusalem, de la douleur de s’en voir interdit l’accès, de l’espérance d’y revenir et de la colère contre l’occupant. On évoquait l’humiliation des familles palestiniennes maltraitées par les soldats aux checks-point qui filtrent l’entrée de la vielle ville et qui contrôlent l’accès à l’Esplanade des Mosq2015 03 04 (20) (1)uées, humiliation que renforçait la priorité donnée aux intégristes juifs habillés tout en noir qui passaient sans problème. On invoquait aussi l’espérance : « Débute tous les jours avec un nouvel espoir, laisse les mauvais souvenirs derrière toi et aie la foi dans un avenir meilleur ». On annonçait enfin la revanche contre ces ennemis qui avaient violemment réprimé le peuple palestinien : « Nous te tirerons des mains des israéliens maudits qui ont tué et massacré plusieurs personnes dont beaucoup de pauvres enfants, de femmes et de personnes âgées. »

Lamentations, cris d’espérance et exécration de l’ennemi, sur cette même terre j’ai retrouvé le même registre chez les Hébreux en exil à Babylone qui, dans le psaume 137, expriment leur volonté de garder le souvenir de Jérusalem et vouent aux gémonies les persécuteurs qui les empêchent d’y retourner :

 

Si je t’oublie, Jérusalem

Je veux que ma main droite m’oublie !
Je veux que ma langue
s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem,
au sommet de ma joie.

O Babylone misérable, +
heureux qui te revaudra
les maux que tu nous valus ; *
heureux qui saisira tes enfants,
pour les briser contre le roc !

J’ai retenu ce psaume parce que, mieux que tous les comptes-rendus, il signifie ce que j’ai entendu pendant ces deux jours dans la bande de Gaza.

Christophe Denantes
Bobigny, le 23 mars 2015

[1] «  Gaza, la vie passionnément » édité chez Scribest.

 
 

1 Commentaire

  • Merci à Christophe Oberlin et Christophe Denantes de nous avoir (et avec quel courage) permis d’entrevoir un autre aspect de la triste réalité palestinienne et ce dans l’indifférence des puissants où dans un jeu aux effets d’annonce pervers qui ne berne presque plus personne sauf l’occupant qui veut conserver la certitude de ses prérogatives belliqueuses nous prépare un monde de l’insoutenable.

    pendant que les colonisations sauvages s’intensifient aidées de quelques jeux de massacres si faciles lorsqu’on s’attaque aux plus fragiles, intensifions à la lumière de ce Carême, notre prière fervente en interpellant Saint-Yves, patron de la justice et des avocats pour que les enragés du mensonge au service de la haute finance et des causes destructrices de l’humanité ouvrent leur cœur et leur conscience et constate l’inanité de leur pensée inique qui engendre toujours plus d’indignation de par le monde.

    Mais vient un proche jour ou celle-ci ne saurait plus suffire et où l’action de plusieurs centaines milliers de personnes pour dire stop à ce qu »il convient de qualifier d’odieux et de pitoyable cesse, pourrait bien faire bouger le mammouth.

    Dès que tu penses, tu crées, nous dit le Christ et il serait impropre d’affirmer que nous n’avons pas régulièrement sous nos yeux les conséquences de nos pensées.
    Donc, visualisons justice, Fraternité et Paix en Palestine; cela advient déjà en cette parole.
    Ta foi t’a sauvée… Amen.
    Thierry Missonier

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