Si tu savais le don de Dieu

ouvre !

… celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai
n’aura plus jamais soif ;
et l’eau que je lui donnerai
deviendra en lui une source d’eau
jaillissant pour la vie éternelle. 

Dimanche 19 mars 2017

 

PREMIÈRE LECTURE
« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)
PSAUME
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
DEUXIÈME LECTURE
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint
qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)
ÉVANGILE
« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)

MOT D’ACCUEIL

Bienvenue à tous…membres de la communauté, amis de passage
et tout particulièrement au groupe étudiant multiconfessionnel venu de Chicago.

Dimanche dernier, les textes nous bousculaient pour nous faire quitter nos repères
et nous amener sur une haute montagne
pour y vivre un moment d’apocalypse aussi fascinant qu’effrayant.

Aujourd’hui, c’est à une rencontre simple et profonde que nous sommes conviés,
à un dialogue à hauteur d’homme pour ainsi dire, dialogue toujours risqué
comme dans ce passage de la genèse où les maîtres mots sont « épreuve » et « querelle »,
lesquels résonnent également dans notre actualité.

Dialogue qui n’en devient pas moins d’une grande fécondité
dés lors que la confiance prévaut et que l’écoute est réciproque ;
comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean, notamment entre Jésus et l’aveugle-né,
dans l’échange nocturne avec Nicodème et aujourd’hui
avec le récit de cette rencontre improbable avec une femme de Samarie.

Réjouissons-nous de cette grâce, de cette liberté d’une vraie rencontre
qui, dans une même mesure, nous ouvre à l’autre et nous révèle à nous-mêmes
parce que nous sommes les uns et les autres également aimés de Lui ;
entrons dans la célébration au nom du Père, du Fils et du saint Esprit de Dieu.

Alain Clément

Commentaire d’Evangile

Si je ne devais ne conserver qu’une seule page du Nouveau Testament,
c’est bien celle que nous venons d’entendre que je choisirais.
(mais soyez sans crainte, je conserve aussi tout le reste
y compris les paroles dures à entendre et celles que j’ai du mal à comprendre)

Pourquoi un tel enthousiasme pour ce texte ?

C’est une histoire racontée de façon très vivante, dans un style alerte,
avec une certaine dose d’humour et des rebondissements inattendus ;
mais ce n’est pas le plus important.

C’est surtout l’histoire d’une rencontre.
Le thème de la rencontre est pour moi très important ; nos vies sont faites de rencontres.
Et toute rencontre laisse une trace.
Souvent anodine et vite effacée ; profonde et décisive dans certaines circonstances.
Ce sera le cas.

Avant d’aller plus loin, un mot sur le cadre de la rencontre :
Tout se passe autour d’un puits. Dans ce pays aride, le puits est un lieu de vie.
Ce n’est pas négligeable pour la suite.
(c’est aussi le lieu des rencontres amoureuses, mais il ne s’agit pas de ça.)
Dans ce cadre, nous allons assister à une rencontre capitale,
mais c’est aussi une rencontre qui n’aurait jamais dû avoir lieu,
si les codes sociaux de l’époque avaient été respectés.

C’est une rencontre de Jésus avec une femme, en tête à tête ; ça ne se fait pas.

Cette femme est samaritaine ; les juifs n’adressent pas la parole aux samaritains.
Il suffit de se reporter au texte de Luc IX 53-55
pour mesurer l’intensité de la haine entre juifs et samaritains.
(les disciples suggèrent à Jésus d’appeler le feu du ciel afin d’exterminer
les habitants d’un village de Samarie . Rien que çà !)

Enfin, il s’agit d’une femme de mœurs peu recommandables.
On ne sait pas grand chose de cette femme, si ce n’est qu’elle a eu cinq maris
et que l’homme avec qui elle vit n’est pas son mari. Que s’est il passé dans sa vie?
Une série de blessures ou une instabilité fondamentale ?
On va aussi constater qu’elle n’est pas farouche et qu’elle a la répartie facile.
Je l’imagine encore jeune, plus très jeune, mais pas encore vieille,
coquette, un brin provoquante….

Mais enfin la rencontre improbable a bien eu lieu.

J’en retiens deux aspects. Jésus se montre bienveillant, mais ferme sur ses convictions.
J’aime à imaginer l’esquisse d’un sourire sur son visage lorsqu’il lui dit :
« appelle ton mari. »
Bienveillant, mais sans aucune complaisance :
« vous adorez ce que vous ne connaissez pas. » .
La polémique entre le mont Garizim et Jérusalem est relativisée,
mais il confirme son identité juive.
A propos des mœurs de son interlocutrice,
son propos n’est pas sur le mode de la condamnation ou de l’injonction.
Il en reste au constat et la femme s’en trouve renvoyée à sa conscience.

Second aspect : dans cette rencontre, Jésus n’est pas,
comme nous le sommes trop souvent, dans le déni de sa fragilité.
Jésus est fatigué et il a soif. Il lui demande à boire.
Cette demande est bien plus qu’un stratagème pour entrer en relation.
C’est la condition même du dialogue.
Le déni de fragilité, l’arrogance conduit inéluctablement à un dialogue de sourds.
En se présentant comme fatigué et assoiffé, Jésus se place en position d’élever le débat.
C’est le paradoxe du manque initial qui permet d’aboutir à une révélation capitale :
« tu attends le Messie qu’on appelle Christ ! Eh bien je le suis. »

C’est ce même manque initial qui va lui permettre de donner : l’eau vive.
Dans nos rencontres, puissions nous nous inspirer de l’attitude de Jésus :
Bienveillance et fermeté dans nos convictions.
Aborder l’autre sans masquer nos fragilités.

Robert Picard

Un autre commentaire

Donc ce serait l’histoire de la dame de Sichar qui vient puiser son eau en plein cagnard
et que Jésus dérange avec des questions de mœurs et de théologie ?
Jean-Marie Martin m’aide à entendre autrement.
Et si cette samaritaine était notre humanité ?

Et si nous laissions le Christ s’asseoir à nos côtés
et nous laisser déloger de nos malentendus, comme avec la samaritaine.
Elle se laisse identifier par le Christ et cela lui permet au final de l’identifier
comme celui qui sauve. Qui sauve de quoi ?
Au moins de la méprise qui nous empêche d’entendre.
Par exemple nous projetons une condamnation dans ce texte avec l’affaire des cinq maris.
Le « venez voir » aux gens de la ville indique un autre rapport plein de joie.
Aux yeux de la samaritaine, au début, Jésus était celui avec qui on n’échange pas.
L’entretien progresse, les malentendus de la femme, les nôtres, sont rejoints
puis levés les uns après les autres.
Nous, humains, croyons encore trop souvent que tel groupe ne doit parler avec tel autre.
Qu’un homme ne parle pas à une femme, qu’il faut prier ici plutôt que là,
que nous sommes sauvés par l’obéissance aux livres comme les Samaritains
avec leurs cinq livres saints (cinq… comme cinq maris ?)

Que croire nous dispenserait d’agir comme d’aller puiser profond ?

« Que je n’ai plus à venir  » demande la samaritaine.
Que de méprises ! Mais voilà le Christ qui épouse et fait cheminer notre humanité au puits,
lieu des fiancés, en rejoignant nos besoins les plus concrets : boire de l’eau et traverser la fatigue.
Et lui se fatiguera jusqu’à la croix à nous faire progresser pour dévoiler un Dieu de pure donation,
assoiffé d’épousailles.
Paradoxalement cette fatigue qu’il affronte semble bien être en même temps
la rencontre qui l’abreuve et le nourrit.
Et moi ? J’ai tellement d’idées toutes faites sur vous, sur moi, sur l’Evangile.
Quelle merveille  cette patience qui n’en finit pas de nous apprendre à cheminer,
soulever ce que nous croyons com-prendre – prendre et ramener à nous.

Merveille que cette rencontre si elle nous fait progresser dans ce rapport à l’autre et au Tout Autre.
Progresser, en-tendre. Tendre l’oreille, tendre vers, nous reconnaître de plus en plus capables
de recevoir de l’eau vive même de la part de celui
à qui nous n’aurions au départ jamais adressé la parole !

Alors comme les disciples revenus des courses, nous progresserons aussi
délogés de nos méprises-emprises. Oui, la reconnaissance mutuelle, depuis la Parole qui sauve,
ouvre un jaillissement de vie que rien n’enferme ni n’achète.
Alors que la moitié de l’humanité manque d’eau,
comment ne pas demander à mieux entendre jusqu’à ce que chacun puisse être enfin reconnu
comme un prochain, boire à sa soif et plus encore, être espéré dans son meilleur  ?

Alexandra

Intentions de prière

Seigneur, ce matin, regarde-nous rassemblés en une seule communauté
pour te rendre grâce pour l’eau vive que Tu nous as offerte.
Toi, qui vivais parmi nous pour bannir la soif.

Nous Te remercions aussi pour la vision du monde que Tu nous offres
dans laquelle personne n’est considéré comme « étranger «.
Toi, qui vivais parmi nous pour bannir la soif.

Seigneur, apprends-nous comment traduire Ta vision en actions concrètes,
dans un monde qui nous encourage trop souvent à construire des barrières plutôt que des ponts.
Toi, qui vivais parmi nous pour bannir la soif.

Nous Te confions la communauté de Saint Merry qui, en nous accueillant, nous qui venons d’ailleurs,
nous invite à notre tour à aller vers les autres pour mieux les accueillir.

Seigneur, apprends-nous à pousser la grâce que nous trouvons ici ce matin
au-delà des murs de cette église et au-delà des limites de notre imagination.
Car Ton eau, comme Ta parole, fait disparaitre les murs et Tu as vécu parmi nous pour bannir la soif.

David Wellman

MOT D’ENVOI

« Si tu savais le don de Dieu » ;
restons dans la conscience de ce don de vie qui nous est fait ici
comme communauté et à chacun de nous en particulier.
La communion en Christ vécue dans le partage de la Parole et de l’eucharistie
nous nourrit et nous libère doublement : devenus davantage des fils, nous devenons sources.

Sources de relation, sources d’inspiration, sources de consolation.
Dés lors, notre proximité au Seigneur n’est plus liée à un lieu,
ni le mont Horeb, ni Jérusalem, ni même à cette église.

Chacun devient donc un « fil conducteur » ; je passe la parole à notre ami David
qui dirige le groupe d’étudiants américains qui nous ont fait l’honneur de leur visite
et de leur participation à cette célébration.

 

Alain Clément

Présentation du groupe

Au nom de notre groupe, je tiens à vous exprimer notre gratitude
pour votre accueil chaleureux ici ce matin.

Nous sommes des enseignants et des étudiants de DePaul Université à Chicago.
Comme les habitants de la ville de Paris, notre groupe est diversifié.
Il comprend juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes et athées.

Nous venons des familles dont les parents sont nés au Mexique, au Pakistan, en Haïti,
au Vietnam et aux États-Unis.
La majorité de notre groupe à 18 ans et sont dans leur première année d’université.
Nous sommes venus pour découvrir quels sont les liens établis ici
entre Juifs, Chrétiens et Musulmans.

Pendant notre semaine à Paris, nous allons partager des repas et le culte
avec des membres de trois congrégations – celles de Saint Merry,
l’Union libérale Israelite de France et la Grande Mosquée.

Nous voyons également ce voyage comme une chance à réfléchir
sur les opportunités et les défis de la construction des ponts
à travers les frontières de la différence religieuse et raciale à Chicago.

Venir ici à Paris ensemble est l’occasion pour nous d’apprendre
ce que signifie construire des ponts entre nous.

Notre rencontre avec vous nous inspirera et nous motivera
pour devenir des agents de change plus efficaces dans notre propre contexte.

Pour ces raisons et bien d’autres encore, nous sommes ravis d’être parmi vous aujourd’hui.

David Wellman

 

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