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Simon le magicien

« Or il y avait déjà dans la ville un homme du nom de Simon ; il pratiquait la magie et frappait de stupéfaction la population de Samarie, prétendant être un grand personnage. Et tous, du plus petit jusqu’au plus grand, s’attachaient à lui en disant : « Cet homme est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » Ils s’attachaient à lui du fait que depuis un certain temps il les stupéfiait par ses pratiques magiques. Mais quand ils crurent Philippe qui annonçait la Bonne Nouvelle concernant le règne de Dieu et le nom de Jésus Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même devint croyant et, après avoir reçu le baptême, il ne quittait plus Philippe ; voyant les signes et les actes de grande puissance qui se produisaient, il était stupéfait. Simon, voyant que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des Apôtres, leur offrit de l’argent en disant : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi, pour que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. » Pierre lui dit : « Périsse ton argent, et toi avec, puisque tu as estimé pouvoir acheter le don de Dieu à prix d’argent ! »
(Actes des Apôtres 8, 9-20)

La simonie consiste à « acheter le don de Dieu à prix d’argent ! ». On a connu l’affaire des indulgences et plus tard un tas de pratiques basées sur l’argent qui servaient à acheter le salut éternel. 
La magie, c’est autre chose : avoir pouvoir sur les forces surnaturelles grâce à la connaissance de formules secrètes. Il ne s’agit pas de la magie « de cirque » inoffensive, mais de celle qui prétend avoir pouvoir sur les choses et les personnes. Il est évident que c’est très tentant pour l’homme d’avoir un tel pouvoir. 
Mais le don de l’Esprit dont parle le livre des Actes ne relève pas d’un pouvoir de ce genre. Il s’agit de la foi en Jésus-Christ. Elle se manifeste dans le baptême et l’Esprit est donné. Même si sa présence ne s’annonce que très rarement par de phénomènes extraordinaires. 

Avanzino Nucci, Confrontation de Pierre avec Simon le Magicien, 1620

La mentalité magique continue à exercer son emprise maintenant. Je me souviens d’une conférence épiscopale qui avait permis aux catéchistes de réunir les fidèles et de faire une sorte de messe « sauf la formule » (sic). Le passage du paganisme à la foi chrétienne n’était pas tout à fait réussi !

D’ailleurs, dans la théologie qu’on enseignait dans certains séminaires dans les années 1960 encore le pain et le vin eucharistiques devenaient le corps et le sang du Christ « vi verborum », « par la force des paroles ». Si cela n’est pas une théologie de la formule, autrement dit, si derrière cette expression il n’y a pas une mentalité magique… je donne ma main à couper ! Si pour une raison ou pour une autre le président de l’eucharistie oublie le récit de l’institution (les paroles de la consécration) il y a toujours quelques âmes pieuses qui iront le lui rappeler pour réparer une telle omission. 

Mais dans la foi chrétienne il n’y a pas de place pour la magie. Autrement Simon aurait raison. Il s’agirait d’acheter la formule. Et une fois de plus tout se réduirait à une question d’argent, de pépettes. Cette mentalité a régné longtemps. On nous garantissait le salut éternel si on communiait les premiers vendredis de neuf mois à la suite. On nous garantissait le sacerdoce si on priait chaque soir une certaine prière… Douleur de ventre aigu garanti si on oubliait une telle prière !

Dans ces temps de fake news et de complotisme assez hystérique, les dévots de la magie et autres ressorts occultes ont des beaux jours devant eux. On doit leur opposer un rationalisme serein et une foi adulte qui puissent répondre à des questions et angoisses légitimes, autrement on va tomber dans un terrain propice à tous les abus et à toutes les dérives.

Pierre vainqueur de Simon le magicien

Cette question de la magie a un écho toujours réel quand il s’agit de religion, de foi. Et il faut rappeler constamment que la foi n’a rien à voir avec la magie. Mais il ne suffit pas de rappeler cette réalité. ll faut expliquer comment fonctionne la foi qui a toujours une dimension rationnelle, même si elle ne se réduit pas à cela. Souvent les parents qui viennent demander le baptême pour leur enfant disent qu’ils voient le baptême comme une garantie, une protection pour leur enfant. Il faut s’expliquer, et à condition qu’il ne s’agisse pas de magie… on peut s’entendre.

Il n’est pas évident de trouver les mots adéquats et les bonnes images. Mais il est indispensable de le tenter sous peine de rester dans l’ambiguïté et ne rendre service à personne. D’autant plus que la posture intellectuelle magique est plus facile et immédiatement « consommable » qu’une posture rationnelle et de foi. 

Jesús Asurmendi

Professeur honoraire à l'Institut Catholique de Paris.
Bibliste.

  1. Juliette says:

    Comme ça fait du bien de lire ça ! Oui, je suis bien quand ma foi n’est pas bâtie sur de l’irrationnel ou des promesses “électorales”. J’aime pouvoir dire ” oui, j’ai des incertitudes, mais de toute façon tout n’est pas démontrable , ni que Dieu existe ni qu’il n’existe pas ; oui, je crois volontiers que Dieu me donne des responsabilités à moi aussi… C’est l’Homme debout mis en marche par Jésus. ( du moins, on essaie ! )

    1. André Letowski says:

      Merci à Jésus de nous rappeler que les “bienfaits divins” ne se monnaient pas, que le souffle de l’Esprit, nous conduit souvent là où l’on n’avait pas programmé d’aller, au contraire de la magie à la mode Simon qui voudrait s’arroger la puissance de l’Esprit à notre profit.
      Merci de rappeler que les paroles de la consécration ne sont pas magiques, faisant apparaitre Jésus Christ en les prononçant; c’est bien parce que nous sommes réunis au nom du Christ qu’Il est là, nous rappelant ensemble le chemin qu’il nous propose, à chacun de le décliner dans sa vie concrète, ce que nous partageons dans la foi en Jésus, lors de la célébration de l’eucharistie. Ensemble nous nous nourrissons de ce “pain” partagé .

  2. Jean de Savigny says:

    Jean 1 février 2021
    Notre foi a toujours besoin d’être épurée, lavée de toutes les croyances sur lesquelles on se fonde trop facilement plutôt que sur une réflexion nourrie de la méditation des textes. On peut se gausser des calculs d’indulgences, mais souvenons-nous de la crainte que nous inspirait la perspective des morts subites, ou d’une mort survenant avant d’avoir pu se débarrasser d’un “péché mortel”, ou tout simplement de la hantise d’avoir mangé avant de communier, etc. Nous avons en permanence à nous interroger sur les restes de magie présents dans nos pratiques religieuses.
    (Les plus anciens se souviendront peut-être d’un film qui avait provoqué des débats enflammés dans les années 50 : Le défroqué, avec Pierre Fresnay. Un prisonnier de guerre, prêtre, participe à une soirée arrosée et, ivre, prononce les paroles de la consécration sur un seau de champagne. Tous sont persuadés que le seau est plein du sang du Christ!)

  3. Blandine Ayoub says:

    Jesus, tu parles des anciens séminaires, or je trouve qu’une partie de la pratique sacramentelle, dans l’Eglise d’aujourd’hui, flirte encore quelques fois avec des approches magiques, voire superstitieuses – sans parler de certains usages de l’eau bénite, par exemples, ou des médailles et autre buis bénit.

  4. Jean Verrier says:

    Et quand, pendant toute votre enfance, vous avez été bercé, marqué, à la messe, par les syllabes du “Kor-pousse-mé-oum” qui tombaient, en latin, l’une après l’autre, dans le calice sur lequel plongeait le prêtre dans ses habits dorés, vous pouviez, après Vatican II, vous demander un instant si la formule dite en français allait garder tout son pouvoir… magique.

  5. ALAIN CABANTOUS says:

    Merci à chacun-e et à d’abord à Jesus de nous faire réfléchir sur le magisme liturgique.
    Juste une petite précision pour Jean. Le grand Georges Brassens avait déjà donné la réponse: ” Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde… Le vin du sacré calice se change en eau de boudin, sans le latin, sans le latin…”

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