Solidarité avec les jeunes de Gaza

Laurent Baudoin nous fait part de l'avancement du projet de jardin d’enfants francophone porté par les étudiants de français de l'université al-Aqsa de Gaza, qui s’inscrit dans le mouvement de résistance non-violente en cours dans la société civile palestinienne, malgré les obstacles et la répression israélienne. Le Centre Pastoral Saint Merry s'associe à ce projet, mené par Ziad Medoukh et ses étudiants avec qui la communauté est fréquemment en contact : Isabelle Mérian nous relate la dernière rencontre Skype.

Les jeunes diplômés qui gèreront et animeront ce « jardin français », avec l’aide de Ziad Medoukh, directeur du département de français, et de professionnels, ambitionnent de former une génération ouverte aux autres et sur le monde, qui garde espoir dans l’avenir, cultive l’esprit de non-violence et pratique la solidarité sociale et intergénérationnelle.

Un concert pour collecter des fonds en faveur du projet a été donné le 2 mars à l’église St-Merry, en coopération avec le Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC). Le public a aimé la prestation envoûtante des artistes de l’ensemble Wajd (en arabe « extase mystique » ou « grâce déposée au fond du cœur et retrouvée par le bénéficiaire ») : Ghaïss Jasser au piano, Naziha Meftah au chant, Khaled Roumo à la poésie.

Dans le discours qu’il aurait dû prononcer à Bombay– si les Israéliens l’avaient autorisé à sortir de Gaza pour recevoir le Prix international de la Fondation gandhienne Jamnalal Bajaj – Ziad Medoukh décrit ainsi son choix de la résistance non-violente (texte lu en introduction au concert) :

« La non-violence a commencé pour moi quand j’étais jeune. J’ai quitté mon école et je voulais lancer des pierres contre les soldats israéliens qui se trouvaient dans ma ville et qui répondaient par des balles réelles.

Mais soudain la pierre est tombée de ma main, et j’ai commencé à réfléchir à d’autres moyens pour résister contre les occupants de notre terre. J’ai trouvé la solution dans la non-violence et les principes de Gandhi. J’ai décidé de consacrer ma vie à résister par l’éducation, la culture, la non-violence et le travail auprès des jeunes. Pour moi Gandhi est une valeur, une sagesse, un exemple et Gaza est une cause juste, une vie, un espoir. 

J’ai appris de Gandhi le respect de l’autre, même si cet autre est mon ennemi.

J’ai appris de Gandhi l’amour de l’autre, même si cet autre me répond par la haine.

J’ai appris de Gandhi la patience quelles que soient les difficultés.

J’ai appris de Gandhi que la non-violence est une solution efficace et stratégique pour lutter et pour résister. 

Je forme une future génération ouverte sur le monde, et je diffuse les principes de la non-violence via mes cours, mes conférences, mes articles en Palestine et à l’extérieur, et surtout mes actions sur le terrain, avec les paysans, les familles, les ouvriers, les pêcheurs, les jeunes et les enfants.

Quand je vois le sourire des enfants de Gaza lors des séances de soutien psychologique créées en 2014 après l’offensive israélienne, je suis encouragé à poursuivre mon combat non-violent.

Quand je vois le moral qui monte des jeunes de Gaza à travers les activités proposées, je garde espoir dans l’avenir.

Quand je vois la satisfaction des familles et des paysans lors de nos activités de bénévolat, je veux poursuivre la lutte non-violente selon les principes de Gandhi. »

Laurent Baudoin

 

  •  Vous pouvez être solidaire de ce projet en faisant un don par chèque (qui bénéficiera de la déduction fiscale de 66 % de l’impôt sur le revenu – un reçu fiscal vous sera envoyé). Pour la marche à suivre, contactez baudoin-laurent@wanadoo.fr
  •  De plus, si vous avez dans vos archives des petits livres d’initiation au français pour enfants (dessins, bandes dessinées, contes, méthode d’apprentissage des chiffres et des lettres, etc.), sachez que le jardin d’enfants est très demandeur de ce matériel pédagogique évidemment introuvable à Gaza. Merci de contacter également baudoin-laurent@wanadoo.fr

 

Skype de Noël avec les étudiants francophones

Isabelle Mérian, membre du groupe Gaza, relate l’échange Skype organisé le dimanche 23 décembre 2018 à St-Merry.

Nous étions une dizaine au rendez-vous proposé par Ziad Medoukh depuis Gaza. Ziad, qui avait pu se rendre à Paris trois semaines auparavant et participé à St-Merry à une conférence avec Guy Aurenche sur les droits de l’homme, avait mis trois jours pour rentrer chez lui en raison des nombreux contrôles en Egypte !

Le programme de ce Skype était un échange avec les étudiant-e-s du département de français qui apportent un soutien psychologique aux enfants traumatisés par les bombardements. Deux étudiantes et un étudiant étaient présents. Diplômés de français, ils ont reçu une formation pour assurer ce soutien psychologique, dont le cycle a commencé en 2014 après la meurtrière offensive israélienne.

Dessins, lectures de contes, jeux, chants, temps de parole sont proposés aux enfants. Ceux qui bénéficient de ces activités demandent la plupart du temps que les étudiant-e-s reviennent, ce qui n’est souvent pas possible. Ziad précise que les besoins sont énormes après 52 jours de guerre et de bombardements. Le vendredi précédent le Skype, lors de la Marche hebdomadaire du retour, on a déploré 5 morts et 140 blessés. Dans chaque famille de Gaza, il y a un mort, un blessé ou un handicapé. Tout le monde est traumatisé.

L’équipe est tellement sollicitée de partout qu’elle ne peut voir les enfants qu’une ou deux fois au maximum. Il y a beaucoup d’enfants à Gaza et il s’agit d’une initiative bénévole du département de français, non d’une structure officielle. Ce travail est très apprécié par les directrices d’écoles, les institutrices et les parents. 16 000 élèves au total ont participé aux activités depuis 2014. Une séance peut concerner 50 enfants ; dans ce cas on forme des petits groupes d’une quinzaine d’enfants.

A la question : « Comment expliquez-vous la guerre aux enfants ? », la réponse est immédiate : « On ne l’explique pas, on essaie de la leur faire oublier ». En général, les enfants dessinent leur famille, leur maison, ils aiment s’exprimer avec des jeux de marionnettes. A la question : « Pourquoi voit-on souvent les enfants maquillés sur le visage ? », la réponse est : « Ils aiment ça » : il s’agit pour eux de sortir de l’ambiance de la guerre.

Les étudiants-animateurs retirent eux aussi des bénéfices de ces activités.« Qu’est-ce que cela a changé pour vous ? », demande-t-on à une étudiante. Réponse : « Avant je n’aimais pas les enfants. Maintenant j’adore mes nièces, je sais comment travailler avec les enfants ». Une étudiante explique qu’elle a commencé un enseignement oral du français il y a trois mois (les enfants apprennent trois langues : l’arabe, l’anglais, le français). Une autre exprime son plaisir de voir la joie illuminer un visage d’enfant au cours des séances de  soutien.

Un dernier échange porte sur la place des femmes, encore assignées à des rôles traditionnels et toujours victimes de discriminations. A Gaza il y a une femme ministre, la « ministre des femmes »…

Ziad souligne l’importance de ces échanges par Skype pour les étudiants du département de français, dans le contexte du blocus israélien que la bande de Gaza subit depuis douze ans : ni importations, ni exportations, deux millions d’habitants confinés sur une toute petite surface (360 km2) sans quasiment avoir le droit de sortir. Pour les étudiants ces échanges, mêmes épisodiques, sont une ouverture, une bouffée d’oxygène.

Ziad conclut en proposant que la prochaine rencontre se fasse avec l’équipe chargée du jardin d’enfants francophone en cours de constitution, dont le Centre pastoral St-Merry soutient le projet.

Pour démarrer ce jardin, Ziad a besoin d’aide. La commission Partage et plusieurs membres de la communauté de St-Merry ont contribué financièrement en 2018 et vont suivre le projet. Le concert de solidarité du 2 mars a été une nouvelle occasion de recueillir des fonds bien nécessaires.

Isabelle Mérian

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