« Sortez de vos parures, de vos postures… ! »

« En regardant, à Pâques, le pape esseulé dans l’immense basilique Saint-Pierre, je fis une expérience curieuse. Jésus semblait crier : “Sortez de vos dorures, de vos parures, de vos postures ! Le monde attend une bonne nouvelle” ». Le rêve de Guy Aurenche, entre parfum d’évangile et diagnostic du moment présent.

La mode est à « l’après-Covid 19 » pour la société. Qu’en est-il pour l’Église ?
À Pâques, le pape esseulé dans l’immense basilique Saint-Pierre lança au monde et à l’Église un message courageux et précis. Je fis alors une expérience curieuse. Jésus semblait crier : « Sortez de vos dorures, de vos parures, de vos postures. Sortez-moi du tombeau doré dans lequel vous m’enfermez ! Le monde attend une bonne nouvelle ».
Les statues et les colonnades restèrent impassibles. Le livre Urgences pastorales de Christoph Théobald (Bayard, 2O17) me vint à l’esprit. Je vous en partage quelques traits stimulants.

Parfum d’évangile et diagnostic du « moment présent » 

Que disent les évènements de nous, du monde, du cœur du message chrétien et de « comment vivre en Église » ? À nous de faire le diagnostic des attentes sans prisme doctrinal ni moralisateur. Attention « au retraitement du christianisme en un système de valeurs ». Nous voici invités à rétablir la « hiérarchie des vérités » à la lumière de la démarche pastorale qui exige écoute et adaptation à l’autre. À nous d’agir en « christiens », dans le « style » de Jésus lors de ses nombreuses rencontres : empathie, écoute, compassion, parole de relèvement. À être proposeurs du « parfum de l’Évangile » qui pousse à la sortie pour accomplir l’expérience radicale de la rencontre avec l’autre : elle nous conduit à l’intimité de Dieu. « La joie de l’Évangile aide à se tenir de manière positive et créative dans l’inachevé de nos existences et de nos sociétés ». Comment être attentif à ce que ce « style » imprègne nos gestes et nos messages ?

Un moment missionnaire

Non de conquête, mais de rencontre pour mettre « l’Évangile du Règne de Dieu à la disposition de toute l’humanité et de toute la terre comme ressource “salvatrice”. La mission invite à sortir pour rejoindre la Galilée contemporaine et à penser autrement ces “territoires” qui changent. Comment comprendre la Galilée de notre quartier ou des lieux de vie que nous fréquentons ? 

Une pastorale de proposition

Pour être compris un message doit être compréhensible et évoluer au service d’une vraie “pastoralité” sans rester figé dans une règle, une doctrine, des manières de célébrer. La capacité à faire jaillir du neuf n’est pas une mode mais l’essence de la résurrection. Attention “à la pastorale de reproduction” ! L’Église n’a pas à avoir peur de l’évolution ni de la diversité. Elle est invitée à habiter l’espace – monde qui évolue sans cesse. Le pape à propos de la diversité dans l’Église prend l’image de la figure géométrique du polyèdre. Aucune partie n’obéit à un tout centralisé mais chaque partie a besoin de l’autre, tout en le consolidant. Construisons une Église non selon un schéma classique de “maillage” de la société en fonction des prêtres disponibles mais au service de la promotion de communautés effectivement vivantes, pastorales, c’est-à-dire espérantes, et qui se nourrissent les unes les autres sans se “juger”.  

Le primat de l’hospitalité

L’espérance se niche dans la capacité d’hospitalité. Non du choix de ceux et celles que nous souhaiterions accueillir, mais dans le tout-venant de l’altérité de Dieu. Nombre de personnes ne se sentent pas accueillies par l’Église. Ce n’est pas une limite regrettable mais une contradiction de la Bonne Nouvelle. Jésus révéla souvent la présence de Dieu à travers des visages étrangers, bizarres, mal vus. Mieux pratiquer un accueil inconditionnel pousse à créer les conditions spécifiques d’un tel accueil, sans imposer des “douanes” dans nos diverses structures. 

« L’Église est synodalité »

Attention à “une trop forte densité institutionnelle” dans l’organisation et les modes de fonctionnement de l’Église. La pratique de la synodalité n’est pas facultative mais constitutive de l’Église. L’acculturation du message n’est ni faiblesse ni relativisme. La diversité n’est pas une manie. Elle est reflet de la vie. “Il y a Église là où l’on fait crédit à la vie”. L’organisation des services (ministères) peut se faire en fonction des attentes des sociétés et non d’un ordre hiérarchique figé. Les “ministres” sont-ils pivots incontournables ou “passeurs” disponibles ? Les sacrements sont-ils mystérieusement répétés ou signes de vie tout au long de l’existence telle qu’elle est vécue aujourd’hui ?

Disponibles à une permanente recréation

De telles évolutions, dans la fidélité à l’aventure de la foi libre, mystique et fraternelle, imposent à la communauté de redoubler d’ardeur : lecture de la Parole, intériorité et prière partagée, reconnaissance de l’action de l’Esprit à travers le monde, célébration de la présence de Jésus qui invite au repas, actions de solidarité libérante. Avec le souci tout particulier des générations à venir et du monde qu’elles reçoivent en héritage. Sans oublier la confiance dont elles ont si grand appétit. Autant d’urgences que le Covid 19 ne fait que souligner : respirer et se recueillir, “prier et faire ce qui est juste pour les humains” (Dietrich Bonhoeffer).

Guy Aurenche

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.