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Sortir de la violence, miser sur l’amitié sociale

Oser sortir de la violence, miser sur l’amitié sociale” (François dans « Fratelli tutti »)

Comment avancer ensemble sur ces propositions ?

L’encyclique Fratelli Tutti est un événement heureux, un appel à la fraternité ouverte : enfin un appel à espérance, un cri de ralliement pour l’humanité hissé au niveau du « Indignez-vous » de Stéphane Hessel ou du « Je fais un rêve » de Martin Luther King. Réveillez-vous, nous dit en effet François, ne laissez pas le monde s’enfoncer ni dans les excès du libéralisme ni dans ceux du populisme. Arrêtez de croire les gens qui vous expliquent qu’aucun progrès n’est possible aujourd’hui vers la justice ou contre la misère, que la seule réponse à la violence ce sont des représailles !

François pointe des savoir-faire qui échappent à beaucoup d’entre nous faute d’éducation : le respect réel de l’opinion de l’autre, la vraie compréhension de la dignité inviolable de l’être humain, la capacité de démasquer toute manipulation. François évoque la mise à distance des émotions, un travail sur notre psyché individuel, une éventuelle démarche spirituelle qui ne soit pas une évasion, mais un travail engagé de reconnaissance de la dignité, de la liberté et de la responsabilité inaliénables de l’être humain.

Le Christ et saint Ménas, icône de l’amitié, icône copte du VIIe s., Le Louvre, Paris

Le projet de François, c’est la « rencontre généreuse ». La visée anthropologique du Pape n’est ni naïve, ni sibylline : ou bien l’humanité progresse vers l’unité en assumant toutes ses différences (culturelles, sociales, religieuses) ou bien elle disparaît, l’homme étant un être de relation ne trouvant son plein épanouissement qu’avec ses semblables. Le Pape enfonce le clou : la construction de cette fraternité ne doit rien au hasard, elle est « le résultat d’une culture consciente et pédagogique », elle dépend « d’une véritable volonté politique traduite en éducation au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel ».
Il propose une éthique sociale qui va bien plus loin que la traditionnelle « doctrine sociale de l’Église », une éthique qui n’est pas propre à l’Église. Cette méthode passe par l’apprentissage d’une juste conception du local par rapport au global, des cultures particulières par rapport aux valeurs universelles, des racines et identités populaires par rapport au bon voisinage des peuples.

Toutefois, sa critique du relativisme laisse perplexe, d’autant qu’il s’agit d’une pomme de discorde habituelle entre les religions et la modernité. Existe-t-il vraiment des « valeurs transcendantes, fermes et stables » dont la formulation universelle serait acceptable par toutes les cultures et éviterait toute manipulation ?

François s’adresse par ailleurs directement aux élus politiques et aux responsables de la société civile.  Il tente de définir la « bonne politique », ce que serait « l’amour social et politique », cette « amitié civique » dont parlaient déjà les philosophes grecs comme source de cohésion et de vitalité des cités. La réalité qu’il faut considérer selon lui, c’est le contraire des manipulations, artifices, mensonges ou contre-vérités : « La vraie sagesse suppose la conformité avec la réalité. L’amour du prochain est réaliste, conscient, responsable et prudent ». L’Église a pour sa part « un rôle public qui favorise la promotion de l’homme et de la fraternité universelle » ; elle ne doit pas rester dans le seul domaine privé ou s’enfermer dans le champ purement spirituel. Lorsqu’il évoque la foi des chrétiens, François n’a que l’Evangile pour référence. Être chrétien consiste en quoi d’autre qu’opter fermement pour la non-violence, la justice et la fraternité ? En en somme l’éthique sociale de François éclairée par l’Évangile.

Jacques Debouverie

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