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Stéphane Béchy : « L’orgue ouvre à la vie spirituelle »

Vous le connaissez sûrement, au moins d’oreille. Organiste de l’église Saint-Merry depuis quinze ans, Stéphane Béchy, 56 ans, enseigne par ailleurs l’orgue et le clavecin au conservatoire régional de Caen. Il dévoile comment il conçoit sa mission dans la communauté et évoque les futurs travaux de restauration de l’instrument.

Qu’est-ce que la mission d’organiste, que vous partagez avec Jean-Marc Leblanc, a de particulier à Saint-Merry ?
Nous sommes effectivement collègues et nous avons beaucoup de bonheur à « travailler ensemble » même si nous nous voyons peu en réalité car nous alternons un week-end sur deux. A Saint-Merry, l’orgue a une place assez semblable à celle qu’il peut avoir dans d’autres églises parisiennes. La particularité tient plutôt au répertoire original, fruit d’un travail de création et de composition de nombreux chants, notamment dans les années 1980 et 1990. En tant qu’organistes, nous ne sommes pas concernés par le choix des chants : nous accompagnons la liturgie en jouant ce qui nous est demandé. Outre l’accompagnement, l’orgue a aussi une fonction d’illustration et de commentaire. A certains moments, l’orgue joue seul, et doit s’inscrire dans l’esprit des textes du jour, du temps liturgique. Nous sommes parfois amenés à improviser sur un thème : la tentation au désert, les Béatitudes… Nous faisons partie des rares instrumentistes classiques qui improvisent souvent.


Qu’est ce qui vous interpelle dans la vie de la paroisse et de la communauté ?
Je me sens membre d’un collectif, presque d’une famille, même si le mot est peut être un peu fort. Ce qui me frappe d’abord, c’est une particularité architecturale qu’on ne remarque pas toujours : la nef et le chœur ont à peu près la même dimension. C’est une particularité qu’elle partage avec Notre-Dame-de-Paris et qui explique qu’on a longtemps appelé Saint-Merry « la petite Notre-Dame ».
Il y aussi, au plan pastoral, l’implication des laïcs qui donne une teinte liturgique particulière puisque la messe de 11h15 est préparée par des membres de la communauté. Je suis aussi très attaché aux messes de la paroisse, que ce soit le samedi soir ou le dimanche à 10h. J’y trouve un côté « messe de campagne ». Cela n’a rien à voir avec certaines paroisses parisiennes où l’assemblée est très nombreuse. C’est une toute petite paroisse au cœur de Paris et j’aime cette intimité.

Etre organiste liturgique, cela implique-t-il d’être croyant ?
C’est une question que beaucoup de gens se posent ! A dire vrai, je dirais oui, en tout cas dans la longue durée. Un jeune organiste qui aimerait son métier et ne serait pas croyant trouverait sans doute son compte en jouant dans une église puisque c’est l’occasion de se produire en public. Mais sur le long terme, il est difficile de ne pas avoir une ouverture à la question spirituelle. Car certains jours, ce n’est pas facile. Le froid hivernal, l’air parfois irrespirable à la tribune, le temps que vous passez concrètement dans l’église… Mieux vaut avoir un certain sens de la mission que l’on remplit ! Par ailleurs, par simple loyauté vis-à-vis de l’employeur, il est préférable de ne pas être hostile à l’Église. Personnellement, je suis croyant. Un jour, un prêtre m’a demandé en plaisantant à moitié : « Comment peut-on être organiste sans devenir anticlérical et sans perdre la foi ? » Pas étonnant que la question soit venue d’un prêtre. Pour beaucoup d’entre eux, la relation avec l’institution n’est pas facile non plus…
Tout en étant chrétien, je pense que Dieu est plus grand que la religion et que toutes les religions additionnées. La musique – l’orgue notamment -, comme la poésie, pose la question de la spiritualité et ouvre à la vie intérieure.

Où en est le projet de restauration du grand orgue ?
Cet orgue a une histoire qui remonte au XVIIè siècle ! C’est l’un des plus anciens de Paris. Il a été restauré au fil des siècles par les plus grands facteurs d’orgues. La dernière restauration date de l’après Seconde Guerre mondiale : ça fait 75 ans ! Et cela fait au moins trente ans qu’il est en mauvais état. Il n’est plus possible de s’en servir pour des concerts, par exemple. Grâce à notre précédent curé, Daniel Duigou et à l’association « Orgues et musiques » de Saint-Merry, la Ville de Paris a décidé la restauration de l’instrument. Il a pu être classé monument historique. Pour l’instant, il est bâché pour le protéger de la poussière provenant des travaux qui ont lieu ailleurs dans l’église. Le travail sur l’orgue lui-même ne débutera pas avant deux ans. Tout cela sera séquencé selon un ordre logique : l’orgue, puis la tribune, la travée, la verrière… Pendant les années de restauration, l’instrument sera inutilisable. On jouera donc sur celui du chœur, plus modeste dans ses dimensions. Ce sera en quelque sorte le « jeûne du grand orgue ».

Propos recueillis par Romain Mazenod

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