Street art. Prise de paroles

« Le Street Art ou art urbain est crée et s’expose dans la ville, dans les rues, sur les murs. C’est un mode de protestation, de résistance souvent ironique ou humoristique adressé à un certain ordre social et politique... C’est une prise de paroles sous forme graphique ». Un article de Marie-Thérèse Joudiou et les témoignages d'Élisabeth et Marguerite, de l'accueil

« Le Street Art ou art urbain est crée et s’expose dans la ville, dans les rues, sur les murs. C’est un mode de protestation, de résistance souvent ironique ou humoristique adressé à un certain ordre social et politique…
C’est une prise de paroles sous forme graphique ».

Un article de Marie-Thérèse Joudiou et les témoignages d’Élisabeth et Marguerite, de l’accueil

Le Street Art ou art urbain est crée et s’expose dans la ville, dans les rues, sur les murs. C’est un mode de protestation, de résistance souvent ironique ou humoristique adressé à un certain ordre social, politique, excluant tout autre mode de penser, de vivre, à la limite toute interrogation sur des modes de vie et de pensées imposés. Cet art s’écrit sur les murs, les façades, lieux interdits à l’affichage, aux graffiti….

Les artistes qui pratiquent le street art se saisissent de tout matériau disponible pour s’exprimer : ce peut être symboles religieux, détails d’arts traditionnels, classiques, allusion par emprunts disséminés à tout ce qui se dit de l’homme par les discours ambiants, savants, populaires……

C’est une prise de paroles sous forme graphique, plastique qui se moque, fait front, ou tout simplement met en avant, annonce d’autres possibles. « Un autre jour est possible » annonce une émission de radio le matin.

1400 DSC01118Les artistes du street art parlent de l’homme contemporain de tout bord et de ce qu’ils ressentent eux dans les réseaux souterrains de la société. Ils ne sont pas seulement reflet du présent mais perçoivent les évolutions profondes, les aspirations discrètement perceptibles.

Question que d’aucuns se posent, habitués ou non de Saint-Merry, : « Ces artistes de l’art urbain et de l’art contemporain en général ont-ils leur place dans une église, lieu « sacré », église de stricte appartenance à ceux qui y célèbrent eucharistie, baptêmes, obsèques ? », se demandent parfois des personnes de tous bords, inquiètes, parfois scandalisées. D’ailleurs, disent-ils, « je ne vois rien de religieux dans ces expressions ou ce religieux exprimé là n’est pas conforme à l’art religieux auquel je suis habitué »

La semaine du street art à Saint-Merry a été traversée par des questions de cet ordre, questions à prendre au sérieux car elles relèvent souvent de la bonne foi de la personne et de son idée qu’est l’Eglise ou qu’elle doit être.

D’autres visiteurs expriment leurs enthousiasmes de voir l’artiste en train de créer, de pouvoir dialoguer avec lui, de voir une église qui célèbre l’eucharistie, des baptêmes,…qui accompagne des obsèques et qui ouvre ses portes aux hommes et aux femmes sans distinction.

C’est habituel au Centre pastoral Saint-Merry depuis les nuits blanches, les artistes nombreux venus vers nous, plus récemment la COP21, les groupes soufis…..

Nous ne faisons que continuer et développer un des axes de la mission voulu par monseigneur Marty et créé par Xavier de Chalendar et un groupe de chrétiens résolus à cette ouverture sur le monde contemporain et entr’autres le monde des artistes vivants.

« L’ÉVANGILE DANS LA VILLE » : le nom du site du centre pastoral. C’est bien cela dont il s’agit.

Ne sommes-nous pas aux écoutes d’autres langages qui expriment la foi en l’homme vivant ?

C’est parfois dérangeant d’ouvrir ses portes. L’hospitalité peut comporter des risques : l’inconnu de langages qui peut déstabiliser certains, l’expression muette des choses de la vie qui précède les mots, terreau de naissance de questions non encore formulées ou que nous refoulons…

Mais ne sommes-nous pas une Église née le jour de la Pentecôte ?

Marie-Thérèse Joudiou
le 26 juin 2016

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Une belle expérience !

J’apprécie St Merry pour sa grande ouverture aux hommes, à l’image du Christ. J’apprécie tout particulièrement son ouverture à l’art sous toutes ses formes. Alors, lorsqu’on m’a demandé lors d’une messe si je voulais bien assurer l’accueil lors de l’exposition Street Art, j’ai tout de suite accepté. Je m’intéresse au Street Art, et je profite de toutes les occasions pour le découvrir. Le Street Art à St Merry, c’était pour moi une belle porte d’entrée plus avant dans le CPHB que j’ai rejoint récemment.

Certaines personnes que j’ai accueillies cet après-midi-là, des personnes non croyantes, m’ont fait part de leur étonnement qu’une église se fasse lieu d’expo, et qu’elle fasse se rencontrer de vieilles pierres, des tableaux classiques et de la création contemporaine. Pour moi, c’était facile de rebondir sur le sens de l’accueil de Saint-Merry, sur nos célébrations, sur la richesse de la communauté.

Parmi les rencontres de cet après-midi, je citerai en particulier une classe d’accueil pour jeunes étrangers, venus en groupe avec un artiste et leur professeur, enthousiastes pour cet art, et ce lieu.

Un diacre orthodoxe syriaque, vivant en Californie, et qui s’est étonné de la disposition de l’autel, nous avons longuement discuté, et je lui ai décrit le déroulement d’une messe à Saint-Merry, j’ai insisté sur la place donnée aux laïcs dans nos célébrations, et lui m’a exprimé sa souffrance de n’être qu’un diacre, et véritablement relégué à quelques tâches secondaires dans son église. Avec lui, j’ai plus parlé Religion qu’art.

Beaucoup d’étrangers : américains, latino-américains, asiatiques, sont passés en touristes, étonnés du contraste église ancienne vs art contemporain. Tous étaient heureux de pouvoir parler, d’avoir un contact, une explication, de découvrir le lieu aussi.

Parmi les Français, plusieurs m’ont dit qu’ils avaient eu connaissance de l’événement par internet, ils étaient venus spécialement pour le Street Art, mais étaient ouverts à la discussion et pas que sur l’art.

Un très bel événement, à renouveler !

Élisabeth

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Le Street-Art, une des portes du parvis à Saint-Merry 

Certes j’aime accueillir, mais qu’allais-je dire ou faire en cette après-midi multicolore et créatrice pour un Art que je ne connaissais pas du tout ? Eh bien, cela a été presque facile…

Au début, je proposais seulement la demi-feuille comportant la liste des artistes et le plan de l’église où figuraient les places des œuvres : la méfiance devant mon « racolage » faisait place à la satisfaction, voire aux compliments : nous passions « professionnels » ! J’expliquais aussi la vente et ses objectifs : ils saluaient l’initiative exceptionnelle de Saint-Merry et la participation charitable des artistes.

Peu à peu, j’ai accompagné cela du feuillet concernant l’édifice (le sourire retenu du japonais, le rire joyeux du polonais, ou la joie du portugais très étonné…) : nous étions accueillants et généreux.

À la fin, j’ai même donné d’anciennes feuilles de messe, des programmes de l’accueil musical. Pourquoi ? C’est que les réactions des passants m’avaient conduite progressivement à dire à chacun : «  Vous n’êtes pas surpris de voir ici ces œuvres ? » À 100 %, l’exclamation « Ça alors oui ! ». Et j’enchaînais alors facilement : « C’est qu’à Saint-Merry, paroisse catholique, on a depuis 1974, “officiellement”, une mission particulière : 1 °) être particulièrement liés au monde de l’art (musique, théâtre, visuel, cinéma…) classique et moderne, français et étranger, à cause de la proximité avec Beaubourg. Saint-Merry doit s’ancrer dans son quartier comme l’Église dans le quotidien de tous. 2 °) on est accueillants et ouverts particulièrement aux gens souvent rejetés ou éloignés par l’Église elle-même ou le monde et ceux qui ont toutes sortes de problèmes niés ou cachés… 3 °) inventer des formes plus modernes, plus naturelles, plus ouvertes, pour célébrer et rythmer notre foi, ce qui ramène souvent aux manières les plus anciennes des débuts de l’Église, aux formes les plus proches peut-être du message de Jésus, et les trois axes sont liés. »  Et je mentionnais alors la messe du dimanche… Je pouvais alors facilement préciser que les artistes, croyants ou non, avaient fait des œuvres pour cette église, qu’ils connaissaient des gens de Saint-Merry ou le quartier, et qu’ils avaient voulu faire passer un message concernant la religion, la spiritualité, ou les valeurs…

Et les gens retournaient regarder les œuvres… avant de revenir parfois en m’apportant découvertes ou questions.

Je l’ai même fait sans savoir que je l’expliquais à des artistes du projet Street-Art !

Les réactions ont toutes, sans exception, été très joyeuses et pleines d’espoir.

Vraiment, même imprévus, tous les chemins sont porteurs si nous les mettons en route avec au cœur l’envie de l’autre et de l’Autre…

Marguerite

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