« Sur les pas de la Vierge Marie »

Le dimanche 27 mai, St-Merry a accueilli la rencontre entre musulmans et chrétiens organisée chaque année par le Groupe d’Amitié Islamo-chrétienne (GAIC) pour célébrer la Vierge Marie. Alors qu’habituellement cette rencontre a lieu à la cathédrale de Chartres à l’issue d’une marche depuis Paris, cette année, pour éviter une trop grande fatigue aux participants respectant le jeûne du ramadan, elle s’est tenue à Paris, à St-Merry, en partenariat avec le Réseau Spiritualités-Fraternité.

Devant une centaine de personnes, les deux communautés ont échangé sur leurs façons de vivre la présence de Marie dans leurs traditions respectives, découvrant ainsi ce qui les rapproche et les unit. Voici cinq témoignages recueillis par Khaled Roumo, un des animateurs du GAIC, qui illustrent le déroulement et l’ambiance de cette soirée.

Un soir de mai à Paris, « Sur les pas de la Vierge Marie » par Christiane
Un pèlerinage marial exceptionnel a eu lieu à l’église Saint-Merry ce dimanche soir 27 mai. Chrétiens et musulmans étaient invités ensemble à “marcher vers soi”, à l’écoute du message spirituel de Marie transmis par le témoignage des frères et des sœurs, et la beauté de la musique. Répondre à l’invitation, c’était déjà se rendre disponible à un moment  d’écoute profonde de la voix des autres, à un moment de communion autour de la figure de Marie. Au début de la soirée, plusieurs témoins ont pris la parole : de tradition religieuse différente, catholique, protestante, musulmane, ils ont chacun parlé de la place de Marie dans leur vie, de la puissance de son intercession, de la douceur de sa consolation, de cette maternité qu’elle ne cesse de déployer au cœur de notre humanité. Et nous étions chacun, par la grâce de la parole des autres, renvoyés à nous-mêmes, à notre propre soif spirituelle et à notre expérience de foi. Deux temps musicaux favorisèrent la poursuite de la méditation. Réunis dans le chœur de l’église, nous avons pu écouter le Stabat mater, composé par Théophile de Wallensbourg et interprété par Jérémy Garbarg et Julia Knecht. Le talent de ces jeunes artistes et l’émotion de cette création commune partagée avec tant de simplicité nous ont vraiment touchés. Puis ce fut un déplacement symbolique vers la nef de l’église pour écouter ensemble l’ensemble Wadj : poèmes mystiques de Khaled Roumo, mis en musique et accompagnés au piano par Ghaïss Jasser, et chantés par Naziha Meftah. Chaleur d’une voix qui vous pénètre l’âme, virtuosité d’un piano qui exprime les élans du cœur humain, paroles inspirées du poète qui s’exprime en arabe (et en français pour l’un des poèmes), et nous offre par moments la traduction de ce qu’il dit… mais la musique parle d’elle-même, par-delà la littéralité de ce que disent les mots. En fin de soirée, à la tombée du jour, au moment de la rupture du jeûne pratiqué pendant ce mois de Ramadan, une collation fut partagée dans un bas-côté de l’église. Ambiance conviviale et fraternelle qui n’interrompit pas le recueillement que cette soirée avait établi en nos cœurs à tous. Merci !

 Que dire ? Ce que j’ai vu, vécu, ressenti à Saint-Merry par un participant anonyme

Encore sous l’impression de l’incroyable « Nuit sacrée » passée là peu de temps auparavant, dans l’enchantement d’un rêve paradisiaque d’une église devenue vivante, animée, inspirée, un temple de l’esprit du Vivre Ensemble Ici et Maintenant, où tous, jeunes, pas jeunes, chrétiens, pas chrétiens, croyants ou non, ont vécu la communion d’instants sacrés, confortablement assis, allongés ou accoudés aux piliers de ce sanctuaire revisité par un souffle divin. Ce même souffle encore ce dimanche et cette même communion, même si les chaises ont repris leur droit (leur haqq dirait-on en arabe), avec l’apparition d’une longue dame brune, Nora, de la voie soufie ‘Alawiyya’, et sa fabuleuse psalmodie du Coran (des versets évoquant la vocation de Marie et l’Annonciation). Vais-je encore, me disais-je, en me laissant emporter par cette douce mélopée, voir le Christ en croix entouré des deux Anges, s’élever aux Cieux dans une brume bleutée, et vais-je à nouveau voir le jour apparaître à travers les vitraux en surplomb ? Ce soir-là, les Anges avaient une musique et une voix, celle d’une merveilleuse chanteuse lyrique, Julia Kneche (accompagnée de Jérémy Garbarg à la viole de Gambe) pour interpréter un Stabat Mater (de Théophile de Wallensbourg) à couper le souffle ! Cramponnée à mon siège de chanoine, en extase, quoi, est-ce possible, me disais-je ? Tant de pureté, tant de justesse, tant de perfection après la Callas ? Du jamais entendu, parole de Casta Diva ! Que dire ? J’étais soufie de la tête aux pieds pendant la psalmodie du Coran, puis chrétienne du fond du cœur pendant le Stabat Mater et aussi poète, agnostique et mystique pendant le concert de l’ensemble Wajd (extase, en arabe) : des poèmes de l’ami Khaled sur une musique composée et admirablement interprétée au piano par l’amie Ghaïss, au pianissimo même, et chantée par la talentueuse Naziha Meftah. D’autres moments plus anciens me sont revenus en mémoire, même si tous ces instants magiques sont tous, absolument tous, hors du temps, et dans la Lumière divine. Amîn, amen, al-hamdu lillah, Dieu merci !!!!Huuuuuu!!!

 

Marie, carrefour de notre humanité et de nos arts…  par Théophile

Sur les pas de Marie, Vierge et mère, cette soirée le fut. Des témoignages oraux aux témoignages poétiques et musicaux, des liens fraternels se sont tissés au cours de cette soirée durant laquelle bien des grâces se sont réalisées. Du verbe silencieux au verbe psalmodié, il n’y a qu’un pas, mais quel pas ! Les esthétiques diverses dont ont témoignés les artistes nous montrent que si les climats les éloignent, l’Art les rassemble, sans les confondre, leur donnant leur place unique. De nombreuses larmes émues ont été versées ce 27 mai en l’église Saint-Merry. Tantôt celles de Marie au pied de la Croix, dans le « Stabat Mater », dont le texte poétique est attribué au franciscain Jacopone da Todi (1230-1306), tantôt par celle qui narrait les souffrances de Marie dans ce même Stabat Mater, la soprano colorature dramatique Julia Knecht. Théophile reçut dans ses bras une des auditrices des deux concerts, bouleversée par ces témoignages musicaux que furent le Stabat Mater, et les poèmes de Khaled Roumo mis en musique par Ghaïss Jasser et portés par la voix de Naziha Meftah. Des auditeurs d’horizons très divers ont parcouru l’église, du chœur au milieu de la nef centrale : chrétiens, agnostiques, musulmans, simples amateurs de musique classique, arabe ou autre. Marie, carrefour de notre humanité et de nos arts, de notre intériorité la plus intime à notre extériorité la plus sensible, nous a conduit, toutes et tous, sur des pas, sondés pour certains et insondables pour d’autres, jusqu’à cette rupture en partage : l’iftar qui marque la disparition du soleil dans la nuit, une scène sainte d’une longue tablée où tous se sont retrouvés, mus par la beauté d’instants vrais qui nous unissent en ce que nous avons et portons de meilleur en humanité. 

Les épreuves,sourcesd’inspiration  par Dahbia

Cette soirée à l’Église Saint Merry était très riche. Il était intéressant de découvrir l’importance que revêt cette figure féminine de Marie pour certains chrétiens et musulmans. Les personnes qui en ont parlé ont évoqué ce que Marie leur inspirait dans leur vie autant sur le plan spirituel que temporel. Cette femme dont les actes et les épreuves peuvent être source d’inspiration dans l’existence et dans le quotidien. L’interprétation du « Stabat Mater » par l’artiste en soi est une prière. La voix sourde et profonde et parfois aigüe constitue les mots de cette prière (« Pourquoi, pourquoi tant de souffrances ? »). Le jeu du violoniste accentue encore plus l’intensité émotionnelle ressentie. Cette femme qui  a dû vivre deux douleurs, celle d’assumer le précieux cadeau divin en la personne du Christ et l’autre, celle d’une mère qui perd son fils. Douleur sur douleur. Dans un autre registre, le trio Wajd, par la qualité de la musique de Ghaiss, la profondeur de la poésie de Khaled et la voix mélodieuse de Naziha a su nous faire pénétrer dans un univers ou les expressions artistiques conjuguées s’interpénètrent, se répondent pour nous faire goûter à une composition harmonieuse faisant vibrer en nous des émotions riches et subtiles. À quel jeu jouons-nous ? Ce dialogue entre le « je » et le « Tu » qui devient le nous est aussi une prière adressée au créateur, prière faite également de douleurs et de questionnements sur cette souffrance existentielle à laquelle tout être humain est confronté…

Témoignages à la gloire du divin qui nous rassemble par Fouzia

Malgré la fête des Mères et le temps lumineux, nous étions près d’une centaine de personnes à prendre part à la rencontre, d’autant que certains touristes, passant par hasard pour prendre des photos, ont fini par se joindre aux participants. Ensemble, nous avons ouvert la rencontre avec des prières, et nous avons évoqué Marie grâce à certains témoignages de chrétiens et de musulmans qui se sont entendus pour considérer Marie comme une femme totalement abandonnée à la volonté de Dieu, offrant son fils à l’humanité. C’était notre manière de fêter une maman bien particulière. Puis, le moment musical a été assuré par Ghaïss Jasser au piano et Niziha Meftah au chant. Des chants soufis, mais aussi une chanson en français largement agréée par l’assemblée. De voir ce piano installé au milieu de l’église et d’écouter ces chants portés par la hauteur des murs et des vitraux a été assurément un moment de grâce et de miséricorde, tant pour les chrétiens que pour les musulmans. Cette soirée de témoignages et de chants à la gloire du divin qui nous rassemble s’est terminée dans la joie avec un partage de repas, les chrétiens ayant accepté d’attendre l’instant de la rupture du jeûne pour le repas. Ce fut un moment de partage, d’échanges chaleureux, de sourires et d’émotions, au cœur de cette belle église qui témoigne toujours, de par son accueil, du vivre-ensemble en paix.

 

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