© Julien Tixier

Synode sur la famille. Nos réponses

Sur beaucoup de questions posées par ce questionnaire la communauté débattait déjà, ce qui a permis une mobilisation rapide pour s’en saisir. Il ne s’agissait pas de définir ce que serait LA réponse du CPHB à ces questions, mais bien de nous mettre à l’écoute des différences d’expression, d’expérience et d’attitude que nous avons au sein de notre communauté, même si sur de nombreux points existe une réelle convergence, nous ne sommes pas membres du CPHB par hasard. Nos réponses sont d’ailleurs autant de questions en elles-mêmes. Dans ces domaines nous nous méfions des certitudes, encore davantage des vérités imposées. Il s’agit davantage de « vivre ensemble dans la diversité».

Aperçu des réponses du Centre Pastoral les Halles-Beaubourg au Questionnaire en vue du synode sur la famille

 

Jacques Mérienne pour l’Équipe Pastorale

Pour beaucoup la première réaction au questionnaire a été la gratitude : « enfin nous avons droit à la parole, merci au Pape François ! ». Il ne faut pas sous-estimer l’acte de confiance qui est posé par tous ceux qui ont tenu à répondre au questionnaire. Et il ne faut pas oublier ceux qui ont été rebutés par sa formulation, par son caractère réglementaire, statistique, juridique…

 

Saint-Merry - Fontaine StravinskijA. Se saisir de ce questionnaire : une prise de parole ecclésiale

Sur beaucoup de questions posées par ce questionnaire la communauté débattait déjà, ce qui a permis une mobilisation rapide pour s’en saisir. Il ne s’agissait pas de définir ce que serait LA réponse du CPHB à ces questions, mais bien de nous mettre à l’écoute des différences d’expression, d’expérience et d’attitude que nous avons au sein de notre communauté, même si sur de nombreux points existe une réelle convergence, nous ne sommes pas membres du CPHB par hasard. Nos réponses sont d’ailleurs autant de questions en elles-mêmes. Dans ces domaines nous nous méfions des certitudes, encore davantage des vérités imposées. Il s’agit davantage de  » vivre ensemble dans la diversité », de faire en sorte que  » les injonctions négatives deviennent des propositions positives ». Faire en sorte que nos positions soient toujours au service d’un accueil des autres dans leurs diversités et leurs situations concrètes.

1famille

 Les baptisés ne se rassemblent pas pour réciter un catéchisme, ils se rassemblent pour se parler, s’écouter, et ils savent que c’est dans cet échange ouvert, dynamique et réaliste que l’Esprit leur parle. Ce dialogue au sein de la communauté rassemblée est le fondement de notre vie en Église. Le premier fruit en est une communion plus forte, née de l’écoute des autres. Le consensus est plus long à atteindre : il suppose un dialogue et une réflexion en commun, la confrontation à la réalité de notre temps et de notre monde, et il intègre aussi la« tradition », c’est-à-dire la pertinence que l’Église s’est acquise au fil de son histoire millénaire. On n’atteint pas au consensus de l’Église sans beaucoup d’expérience, de confiance et d’humilité de la part de tous, chacun ayant un chemin à faire vers les autres. Cela recouvre notre projet pastoral d’année : « la fraternité au risque des conflits ».

Église - débatB. Ce que privilégie l’ensemble des réponses recueillies au CPHB

1. L’enseignement du magistère quant aux réalités familiales est soumis à forte critique, et les références bibliques sur lesquelles il repose sont contestées. Cela n’est pas polémique mais recouvre une demande de « mise à jour » en fonction de l’évolution de la société, de la science, de l’anthropologie et de l’exégèse biblique récente.

2. La notion de « loi naturelle » est fortement contestée, à la fois comme incompréhensible et comme n’étant que la synthèse d’une vision préscientifique du monde et d’une morale traditionnelle inadaptée aujourd’hui. Elle est perçue comme une construction philosophique qui ne fait pas autorité face aux Évangiles.

3. La tradition d’accueil et d’intégration des couples séparés ou divorcés au CPHB nous rend susceptibles vis-à-vis d’expressions telles que « situations irrégulières ou difficiles ». Surtout quand ces situations ont provoqué un rejet des personnes et des couples concernés, qui viennent vers nous comme des « blessés de l’Église » pour devenir membres à part entière de la communauté. Celle-ci assume sa solidarité avec ces chrétiens en souffrance. Elle attend de l’Église une attitude semblable.
Les réactions à la proposition de simplifier les procédures de nullité sont unanimement négatives, perçues comme un déni du vécu des familles et une hypocrisie supplémentaire.

4. Les nouvelles formes de familles (cohabitation, recomposition, parent unique, etc.) sont le fruit d’une évolution que la société a amorcé depuis plus de deux générations, et encore complexifiée aujourd’hui par le flux migratoire. Nous avons constaté que cette évolution n’est pas même évoquée dans le questionnaire, comme si ces situations relevaient d’un choix arbitraire. Toute pastorale doit accueillir les personnes dans leur vie et leur histoire telles qu’elles sont, indépendamment de tout présupposé. La mise en conformité à une règle ou à une norme, si saintes soient-elles, ne saurait être un préalable à un engagement communautaire et à la vie sacramentelle à laquelle celui-ci appelle. Aux « blessés, » ne pas ajouter des « sans-papiers de l’Église » qui seraient exclus pour non-conformité.

5. Cette ouverture inclut pour le CPHB la place faite aux familles homoparentales et à leurs enfants. S’il n’y a pas consensus sur les modes de filiation (voir point 7), il y a consensus sur l’hospitalité. Mais c’est pour nous une réalité sociale trop récente pour qu’une attitude unique puisse être dès à présent déterminée, doit-il d’ailleurs y en avoir une ? Il est urgent d’attendre avant de juger, et prendre le temps de vivre avec adultes et enfants, d’apprendre de ceux qui prennent le risque de nous confronter à leurs choix. Nous avons déjà eu des échanges profonds en communauté sur ces situations et ces choix (nouveaux couples, PMA, GPA), et nous comptons les poursuivre.

Eucharistie - enfants6. Toutes ces questions nous font percevoir la nécessité de redécouvrir en profondeur la sacramentalité de l’Église, tant dans la pratique des différents gestes et rituels, que dans le sens que prend cette dimension, aujourd’hui, pour notre monde, pour nous-mêmes et ceux au milieu desquels nous vivons. L’Eucharistie est le cœur de notre vie communautaire, saurons-nous en témoigner, et même faire rayonner ce partage au-delà de notre cercle de fidèles ?

7. Les questions se regroupant autour de la filiation nous divisent sérieusement. Deux attitudes cohabitent, animées de part et d’autre de la même bienveillance à l’égard des personnes. D’une part des convictions « viscérale », que résume l’affirmation « un enfant doit avoir un père et une mère » qui ne développent pas d’arguments spirituels ou scientifiques (ou dans un second temps) car elles sont « premières » et expriment la conception de l’homme et de la famille dont on vit soi-même et que l’on désire voir pratiquée. Cette affirmation recouvre souvent une certaine crainte. Il est réclamé du temps pour accueillir des réalités qui bouleversent.
D’autre part une attitude tout aussi viscéralement ouverte aux courants contemporains, qui assume à la fois l’évolution des mœurs, même les plus intimes, et l’inconnu qu’elle représente encore, privilégiant une égalité qui se faisait attendre depuis des lustres. À quoi s’ajoute le sentiment que toute liberté doit être responsable, et que cette évolution ne doit pas être seulement tolérée, mais accompagnée et maîtrisée.

Cliquez sur la page pour télécharger le document

Au-delà de ces points les plus fréquemment abordés, les réponses couvrent, de groupe en groupe, à peu près toutes les questions. Certaines réponses individuelles ont même parcouru le questionnaire en entier. Nous avons fait une compilation de ces réponses en respectant le plan du questionnaire pour permettre à chacun d’y retrouver ce qu’il y cherche en particulier.
Cette compilation est disponible en téléchargement ici ou bien en cliquant sur l’image à côté.

 

En cliquant ici, vous trouverez des notes du groupe de travail sur le thème du « sacrement ».

 

2 Comments

  • Bravo pour cette synthèse et le travail colossal effectué.
    Je suis dans l’espérance que nos évêques en feront un bon usage !

  • C’est un très beau travail, merci, et je m’y retrouve bien.
    Je suis d’accord avec votre position de rejeter l’ouverture envisagée vers des procédures de nullité plus nombreuses. Etant divorcé, j’y ai songé mais cela me semble très juridique et surtout l’occasion de faire renaître de vieilles souffrances. Les enfants nés de ces unions malheureuses revivraient un autre traumatisme de voir que ce dont ils sont issus a été annulé. Et eux là dedans ?
    Bien à vous
    François

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