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Synode sur la famille : suivi

Le Synode continue ; 6 mois après l’envoi des réponses au questionnaire, où en sommes nous ?

 

L’initiative du pape François, la consultation de l’ensemble des catholiques sur la famille a suscité d’immenses espoirs. Ceux-ci laisseraient place à une immense déception si des avancées substantielles ne voyaient pas le jour, au moins en ce qui concerne le « statut » des divorcés remariés (et d’une façon générale de toutes les situations matrimoniales non sanctionnées par le sacrement de mariage) et la doctrine en matière de contraception.

 

Questions et réflexions préalables :atelier-4-1-600x450

 

1 – Nous sommes peu informés du contenu des contributions.

Nous connaissons celles du CPHB, bien sûr, de la CCBF, de la Mission de France, du Parvis ; les contributions personnelles de Philippe Bacq et Jose Arregui. Elles vont toutes globalement dans le même sens, pour dire vite, celui de l’ouverture.

Le rapport de la Conférence des évêques de France (non daté, mais paru fin février 2014) nous laisse sur notre faim. Il peut nous inquiéter par certaines notations résolument conservatrices.

 

2 – Les ambiguïtés du pape François. Il se référe fréquemment au catéchisme de l’Eglise catholique. Il dit lui même être « rusé ». S’agit-il d’une ruse pour tranquilliser (provisoirement ?) les prélats de la Curie ?

De même, dans un entretien au Corriere della Sera (5 mars 2014), il fait l’éloge de la condamnation de la contraception « artificielle » par Paul VI dans son encyclique Humanae vitae, et en même temps, il engage les confesseurs à une très grande miséricorde.

Il fait l’éloge du cardinal Kasper et le charge de prononcer le discours d’ouverture du Consistoire de février sur la famille ; celui-ci se prononce ouvertement en faveur d’une libéralisation de la doctrine en vigueur concernant les divorcés remariés.

En même temps, le cardinal Müller publie dans l’Osservatore Romano, apparemment avec l’approbation du pape, un rappel à l’ordre très ferme : il n’est pas question de revenir sur l’impossibilité d’accorder l’absolution aux divorcés remariés ; ils ne peuvent donc pas communier. Cette position est de droit divin, elle découle de l’évangile ; aucune évolution n’est concevable.(1)

 

3 – Ce fossé entre la rigidité de la doctrine et les appels répétés du pape François à la miséricorde, est il viable ?

Non, il n’est pas possible d’expliquer aux divorcés remariés qu’ils ne sont pas excommuniés, que l’attitude de l’Eglise ne doit pas être celle d’un juge qui condamne, et en même temps de leur signifier que l’accès aux sacrements leur est interdit… tout au moins tant que leur nouveau conjoint (ou l’ancien) est en vie. Situation incompréhensible, absurde pour le commun des mortels.

Cependant, parmi les prises de position récentes, certaines tentent de concilier l’intégrité de la doctrine avec une bienveillante miséricorde à l’égard des intéressés.

 

 

Quelques prises de position depuis l’envoi des réponses au questionnaire.

 

1 – Février 2014 : Discours du cardinal Kasper (salué en termes élogieux par le pape) : Sans définir de modalités précises et en se référant à la pratique de l’Eglise primitive, il se prononce pour une évolution de la doctrine et du droit.

 

2 – Mars 2014 : Publication du livre de Guy de Lachaux Divorcés remariés : Sortir de l’impasse. (2)

Dans une courte préface, Mgr Albert Rouet, archevêque émérite de Poitiers, ne mâche pas ses mots : « C’est bien en oubliant le poids de la conscience qu’on peut tenir deux principes difficiles à harmoniser. Comment concilier en effet l’axiome théologique « Les sacrements font la vie chrétienne » avec la réponse « Vivez en chrétiens mais sans les sacrements » ?

Un article du même Guy de Lachaux publié dans La Croix des 19-20 et 21 avril 2014 a eu un assez grand retentissement. Il prend en compte le caractère incompréhensible de l’interdiction de communier et semble s’orienter vers une réflexion sur la théologie du sacrement de mariage ; sur quoi pourrait elle déboucher ? Nous restons un peu sur notre faim.

 

3 – Le 22 juin, une enquête de la CCBF révèle que des prêtres et des diacres acceptent des célébrations à l’église pour des divorcés. Ce ne sont pas des mariages sacramentels ; ce sont des bénédictions (=dire du bien) qui prennent en compte l’aspect positif d’une réalité humaine.

De telles pratiques suscitent de nombreuses questions : Quelle est leur étendue ? Les évêques en sont ils informés ? Certains d’entre eux ont ils réagi ? ou exprimé leur embarras ? Des sanctions ont elles été prononcées ?

Ces pratiques sont elles en contradiction avec le droit canon ? Elles sont en tous cas incompatibles avec la « doctrine » réaffirmée à maintes reprises et avec le catéchisme de l’église catholique (N° 349 de l’édition abrégée)

Est ce une solution viable de maintenir la rigidité de la doctrine et de tolérer qu’il soit possible de s’en affranchir ?

 

4 – Le 25 juin, Rome publie le document de travail à l’usage des pères synodaux pour l’assemblée de 2014.

Il s’agit d’un document long, touffu, fastidieux, rédigé dans un style inimitable, un texte comme savent très bien en produire ceux qui trempent leur plume dans l’eau bénite. Il réserve une bonne place à la notion de morale naturelle et s’en prend à la sécularisation. Après avoir parcouru quelques uns de ses paragraphes, il me semble que la CCBF en donne un très bon résumé : « Ne rien changer à la parole de l’Eglise, mais mieux l’expliquer. »

Le § 103 me paraît constituer un bon échantillon : « Il est important d’expliquer avec beaucoup de compréhension et de patience que le fait de ne pas pouvoir accéder aux sacrements ne signifie pas d’être exclus de la vie chrétienne et de la relation avec Dieu. »

La seule évolution envisagée pour les divorcés remariés est celle d’un assouplissement des procédures d’annulation. Et encore, avec une certaine réticence !

On y trouve aussi des naïvetés. A propos de la contraception, le rédacteur déplore que les fidèles ignorent que les procédés « artificiels » sont entachés de péché. Ils ne s’en accusent donc pas en confession et n’ont ainsi aucune difficulté d’accès aux sacrements.(3)

 

Quel avenir ?

Les plus âgés d’entre nous se souviennent que les documents préparatoires au Concile de Vatican II (élaborés par les dicastères romains) étaient très décevants. Lors de la séance d’ouverture, le cardinal Liénart évêque de Lille et le cardinal Frings archevêque de Cologne ont engagé, avec succès, les Pères du Concile à refuser de travailler sur ces documents. Un retournement dans le même sens n’est pas impossible, mais ce n’est pas automatique et ça ne se fera pas tout seul.

Une nouvelle Assemblée Générale du synode aura lieu à l’automne 2014 et l’Assemblée finale en 2015. C’est elle qui devrait être appelée à trancher.

Nous avons notre rôle à jouer. Nous avons bien envoyé nos réponses au questionnaire fin 2013 ; ça ne suffit pas. Il faut que nos évêques sachent l’importance de l’attente des laïcs et aussi des prêtres et diacres en contact avec des « situations difficiles ». Il faut qu’ils sachent que c’est une attente de la grande majorité du peuple chrétien et pas seulement d’une minorité « progressiste ».

Nous sommes conscients que les décisions seront difficiles à prendre. Il ne s’agit pas d’édulcorer le sacrement de mariage ni de faire l’éloge de l’instabilité des couples. Simplement, notre Eglise gagnerait à se souvenir qu’elle est responsable du salut des hommes, pécheurs par définition, avant d’être préposée à la conservation des principes.

Après les paroles d’espérance du pape François, le maintien du statut quo provoquerait une immense déception de tous ceux qui sont concernés de près ou de loin à des situations familiales atypiques. Ce serait aussi une atteinte sévère à la crédibilité de notre église.

 

Parmi les démarches possibles, nous pourrions mettre à profit la période des vacances pour nous renseigner sur la façon dont le problème est perçu en dehors du microcosme parisien. Les réponses au questionnaire ont elles été nombreuses ? Quel est l’état d’esprit du clergé local ? Des évêques se sont ils exprimé en public ou, de façon plus intéressante, dans des conversations privées ?

 

A la rentrée, nous devrons nous concerter et élaborer une stratégie d’intervention auprès de nos évêques.

 

(1) Les textes du Nouveau Testament généralement invoqués sont les suivants :

Marc X 2 à 12 – Matthieu V 31-32 – Luc XVI 18 – I Corinthiens VII 10-11

Ils s’appliquent à un contexte fort différent du notre. Le divorce n’existait pas, mais les hommes pouvaient très facilement répudier unilatéralement leurs femmes. Et ils en usaient… La notion de sacrement n’existait pas. En bonne logique, l’interdiction du divorce fondée sur ces textes devrait s’appliquer à tout mariage et non seulement aux mariages sacramentels.

 

(2) Je n’ai pas encore eu le temps de lire ce livre

 

(3) Il me paraît regrettable qu’à ma connaissance, aucune contribution n’ait pensé à faire allusion à la position de cardinal Martini qui, dans son livre Le rêve de Jérusalem (2008, traduction française en 2009 chez DDB) , prend clairement ses distances avec l’interdit d’ Humanae vitae.

Le renfort d’une autorité incontestée ne fait jamais de mal…

 

Robert Picard 1er juillet 2014

 

Pour lire le texte du document de travail du Vatican :

http://www.vatican.va/_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20140626_instrumentum-laboris-familia_fr.html

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  1. Robert Picard says:

    Depuis la rédaction du texte ci-dessus, j’ai lu le livre de Guy de Lachaux.
    « Divorcés remariés : sortir de l’impasse »

    Pour l’essentiel, il est constitué de la présentation de personnes ou de couples dans l’ « impasse ». Ces situations sont présentées avec beaucoup de respect et de bienveillance.

    Par rapport au titre, on est un peu frustré à la fin de la lecture, en ce sens que l’auteur affirme bien qu’il n’est pas possible, au nom de l’Evangile de rester dans l’ impasse, mais il reste très prudent sur la façon d’en sortir.
    A titre d’exemple, il cite, sans en faire sa position personnelle, une conférence d’Henri Denis: Ce que pourrait être une réintégration sacramentelle.(pages 80 à 82 du livre de Guy de Lachaux). Pour plusieurs raisons, cette proposition d’Henri Denis ne ma parait pas entièrement satisfaisante. Il serait intéressant d’en discuter.
    A tort ou à raison, j’ai le sentiment que la prudence de Guy de Lachaux est dictée par le souci de ne pas se mettre en contradiction avec la doctrine officielle.
    On le sent aussi très marqué par l’insuffisance de la foi de ceux qui demandent le mariage sacramentel. A mon sens ce n’est pas l’essentiel du problème et cette considération conduirait logiquement à faciliter les procédures d’annulation, ce qui serait à mon avis, désastreux.

    Dans les annexes, Guy de Lachaux reproduit la lettre d’une femme divorcée remariée, adressée à son curé qui lui a refusé l’eucharistie. Il est précisé que cette lettre n’a pas été envoyée. Personnellement, je regrette qu’elle soit restée « poche restante »….

  2. marie-therese joudiou says:

    Le quotidien La Croix du lundi 13 octobre rapporte quelques propos récents du cardinal André Vingt-Trois. Le titre de La Croix est le suivant : « le cardinal André Vingt-Trois s’interroge sur la communion donnée aux couples recourant à la contraception. »Et les onze lignes suivantes de la même tonalité.

    Qui sont ces messieurs célibataires faisant porter de lourdes charges sur des couples et bien sûr particulièrement sur les femmes, pour émettre des propos aussi définitifs? Que connaissent-ils à la vie des familles?….

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