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« Pourquoi tant d’opposition au pape François ? »

Tel est le titre de l'article d'Enzo Bianchi publié le 4 décembre 2017, par lequel il apporte son soutien au Pape. Il dit son inquiétude devant les conflits dans l’Eglise, y voit trois causes essentielles et propose un changement énergique et volontaire de comportement. Ci après, compte-rendu de cet article.

Ce moine laïc a fondé, dans un village du nord de l’Italie, la communauté monastique de Bose dont il a été longtemps prieur, une communauté interconfessionnelle d’hommes et de femmes réunis pour vivre l’Évangile dans le célibat et la vie commune.

Il a une longue expérience de l’Église et, à 73 ans, constate un changement lourd de conséquences : les conflits ne sont plus cachés mais éclatent au grand jour, soit que leur importance ne permette plus de les dissimuler, soit qu’ils soient volontairement répandus pour déstabiliser le Pape François ; ils s’expriment dans un langage violent ou plus insidieusement et concernent
– des visions de la place de l’Église dans la compagnie des hommes,
– des stratégies pastorales,
– des modalités différentes d’interprétations de la foi, de concevoir la liturgie.

Il fait d’abord appel à notre expérience et cite certains des conflits passés qui ont probablement contribué à affaiblir l’Église et à abîmer l’image qu’elle donne du message évangélique. Ainsi, déjà Pie XII, en 1950, regrettait le manque d’opinion publique dans l’Église ; la graine plantée par le Concile a été entravée dans son développement ; l’Action Catholique a été « réduite au silence » pendant une décennie ; les laïcs catholiques engagés dans la cité ont été objets de méfiance ; enfin, une censure a sévi, interdisant la parole dans l’Église à des hommes d’Église ou à des chrétiens, témoins reconnus souvent plus tard comme fidèles à l’Évangile et à l’Église même…

Ces comportements conflictuels nuisibles sont probablement venus de la peur chez certains, de faire des disciples du Christ des « chrétiens adultes », une expression qui se trouve dans la Lettre aux Hébreux (au chapitre 6), ce qui leur donne des devoirs certes, mais aussi des droits.

Il se réjouit en constatant aujourd’hui que, avec le pape François, la situation a changé : « nous respirons une nouvelle liberté, nous ne vivons plus dans la crainte des censures auxquelles on ne peut répondre ».

Mais il note cependant que, paradoxalement, les conflits demeurent, et même que « certaines discussions semblent plus exacerbées ». L’étrange, fait-il remarquer, est que des croyants catholiques qui pas plus tard qu’hier étaient profondément respectueux du pape, lui reprochent «un magistère incertain et ambigu, voire de seconder l’hérésie»…

Enzo Bianchi pose alors la question du pourquoi, question dont la réponse pourrait permettre d’apaiser ces conflits.

Comme il estime que le pape François «est un homme dans la plus franche tradition catholique qui, sur de nombreux sujets, partage des positions communes avec les conservateurs», il émet alors trois hypothèses :
– c’est sa simplicité confiante et chaleureuse qui déclenche une sorte de crainte : il va démonter tout le pontificat romain !
– c’est sa fidélité à l’Évangile exigeant de Jésus (donner la première place aux pauvres de toute sorte : migrants, persécutés, miséreux, et relever avec amour ceux qui sont condamnés par la société, voire par l’Église jusqu’ici) qui fait scandale et révolte certains : si on dit à tous que l’amour de Dieu est gratuit, comment pourra-t-on leur faire comprendre que Dieu veut des comportements de justice, de réconciliation et de paix ? ! S’il n’y a pas la crainte de la peine et du châtiment, que feront les gens de leur propre liberté ? !
– c’est son refus jusqu’ici de condamner avec autorité aussi bien les chrétiens qui refusent violemment le rite préconciliaire en le ridiculisant, que ceux qui continuent à calomnier et médire sur le rite promulgué lors de Vatican II : s’il ne dit rien, continuons à nous battre pour la victoire de notre camp ! Enzo Bianchi souhaite que le pape François redonne le cap en rappelant ce qui sous-tend la pratique de tout rite : le vivre sérieusement, non pour des raisons de folklore ou de culture identitaire mais de foi, tout en cessant de chercher à évincer « l’autre » et en confessant qu’il y a une unique eucharistie dans l’Église catholique.

Enzo Bianchi avait commencé par rappeler les fondamentaux, que nous répétons même si c’est du bon sens : « la conversion à l’Évangile qui est Jésus-Christ, à Jésus-Christ qui est l’Évangile. De là doivent découler nos comportements, nos habitudes, nos postures. » À l’opposé, les manques flagrants de communion conduisent de nombreux croyants à quitter le tissu ecclésial, manques qui font obstacle à notre mission dans une humanité souvent indifférente à ce message.

Ce qui est donc urgent, c’est le respect et la reconnaissance mutuelle qui aboutiront par convergence à la formation d’une opinion publique ecclésiale animée par une volonté de communion. C’est à cette seule condition qu’il y aura la paix dans l’Église. De son côté, l’Église doit reconnaître à tous ses membres leur statut d’adultes, la liberté allant de pair avec la confiance.

Seuls ces témoignages d’unité et d’amour, pourront éveiller la foi chez ceux qui verront les chrétiens comme reflétant Jésus. « Seul l’amour fraternel et la concorde ecclésiale racontent et rendent témoignage de l’Évangile de Jésus-Christ ».

Marguerite Champeaux-Rousselot

 L’article intégral est disponible ici,  en italien

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