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Dimanche 13 septembre. « Tendresse et pitié »

Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! (Ps. 102)

Psaume 102

Le Christ Sauveur et l’Abbé Ména, icône, VIIe siècle, musée du Louvre, Paris

écouter le psaume
Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour.

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès,
ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

PREMIÈRE LECTURE (Si 27, 30 – 28, 7)
« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis »
DEUXIÈME LECTURE (Rm 14, 7-9)
« Si nous vivons, si nous mourons,c’est pour le Seigneur »
ÉVANGILE (Mt 18, 21-35)
« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois »

Accueil

Bonjour, bienvenue à tous.
Les textes de ce jour parlent de pardon. Faut-il tout pardonner ? Quelle est la « politique » de Dieu en matière de pardon ? Les textes présentent toutefois quelques contradictions apparentes entre un Dieu colérique, justicier et comptable des péchés, et un Dieu de compassion débarrassé de tout esprit de vengeance. Ainsi sont les paradoxes de la bible, n’avons-nous pas à les interpréter aujourd’hui pour désenfermer Dieu de tout schéma prédéfini ? Le groupe de préparation a préféré méditer sur trois manières possibles d’être en relation avec l’autre : « la tendresse et la pitié » évoquées par le psaume, l’appel à changer de regard de l’évangile, et l’appel à penser, à raisonner de Ben Sira le Sage. La tendresse et la pitié mettent fin aux reproches et aux procès. Il s’agit d’indulgence, de compassion, d’empathie, de bienveillance ou d’amour, comme vous voudrez. Aucun calcul ne tient la route devant le mal. La rancune, la colère, la haine et la violence sont tout simplement des choses abominables dont il faut tâcher de s’extirper. N’est-ce pas là où la compréhension de la bible nous mène le plus nettement ? Et n’est-ce pas autant une question collective qu’individuelle ?

Au procès Charlie Hebdo, les témoins s’adressent à nous tous. Maryse Wolinski dit que « la douleur est toujours intacte », Fabrice Nicolino que « la liberté ne se discute pas, elle se défend », et Simon Fieschi déclare « cette balle ne m’a pas raté, mais elle ne m’a pas eu ».

A Moria, sur l’île de Lesbos le camp a été ravagé par les flammes mardi dernier. Ce camp-prison inhumain abritait 12 700 réfugiés. Après des années de violence et de dégradation, les autorités ne pouvaient ignorer que la situation allait exploser. Cette tragédie humanitaire est la honte de l’Europe, déclare OXFAM parmi d’autres. On continue jusqu’à présent de refuser à ces demandeurs d’asile d’aller à Athènes ou ailleurs en Europe.

En France, un rapport vient de sortir, il dénombre 5 à 9 millions de pauvres, un chiffre en augmentation en 2018. Les inégalités entre les plus aisés et les plus pauvres se sont encore creusées. Ester Duflo, prix Nobel d’économie, indique pourtant que « la lutte contre la pauvreté peut être gagnée » en changeant d’approche sur le terrain. Elle souligne que la plupart des dispositifs d’aide aux pauvres possède, je cite, « une dimension punitive » qu’il faut abandonner.

A Portland, la colère persiste. La ville n’est pas à feu et à sang, malgré les tensions. Comment ne pas être frappé par les provocations dangereuses qui attisent la peur des violences, à commencer par celles de Trump et des groupuscules qui paradent avec leurs armes.

Ces quelques faits d’actualité sont des signes incertains, mouvants et pourtant impitoyables, des signes que les logiques à l’œuvre sont des logiques d’intérêt, des rapports de force, de jungle ou de banquier. Jésus propose plutôt la logique du cœur, la miséricorde, ce vieux mot banalisé. Pour lui, la miséricorde, c’est le cœur qui voit, une lucidité, une tâche, une libération pour un nouveau départ. Alors entrons dans notre célébration en apprenant le chant « Il a pour nom miséricorde ».  

Jacques Debouverie

Chant

Il a pour nom « miséricorde »
Dieu de tendresse et de pitié
Dieu qui se donne et qui pardonne,
Car éternel est son amour !

Passe les eaux de servitude,
largue le joug de ton péché !
Contemple la nuée sur les flots refermés :
c’est le Seigneur ! Il libère.

Comme le Père te fait grâce,
remets les dettes sans tarder,
Pour vivre dans la joie en enfant pardonné,
car le Seigneur, lui, te sauve !

Guette le temps de la promesse.
Vienne le jour du Serviteur !
Image du Très-Haut, il nous ouvre son cœur.
C’est le Sauveur, notre frère !

La bonne nouvelle du Seigneur de vie

L’Évangile nous invite au mouvement, à la conversion, à l’accueil et à l’engagement.
Pierre, comme nous tout spécialement en ces temps d‘incertitude, est curieux. Il veut comprendre qui est ce Seigneur qui inaugure le royaume de Dieu.
Jésus, pour répondre, s’appuie sur une attitude bien humaine : pardonner ou refuser de pardonner. Pour moi le pardon consiste à ne pas bloquer l’autre ni me bloquer dans une relation négative qui empêche la vie. J’ai rencontré un grand nombre de victimes de violences capables de rappeler leur bourreau à sa capacité d’humanité. Entrer dans une démarche de pardon au quotidien, c’est préparer l’accueil du plein amour de Dieu.
Ne nous focalisons pas sur le caractère surprenant de la finale du texte où le Père du ciel, selon notre loi, remet l’autre aux mains du bourreau. Mathieu veut nous responsabiliser et souligner combien le refus du pardon détruit toute relation, donc toute vie. La bonne nouvelle de ce matin c’est, qu’au cœur des turbulences de nos conduites : le Seigneur est tendresse et pitié.

En cherchant qui est le Seigneur de vie, nous voici invités à bouger.

  • Au début le roi est immobile. Installé dans la loi. Situation fréquente dans la vie de nos communautés humaines, y compris dans l’Église.
  • Puis le débiteur fautif bouge. Il invoque curieusement la patience, lui qui est dans une  situation inextricable, sa dette est incommensurable. En invoquant la patience, le débiteur redécouvre en lui un peu de ce qui conduit à la pitié, à la bienveillance.
  •  Il provoque un mouvement chez le maître. Celui-ci décide en fonction de la pitié en allant au-delà de la patience. Le maître révèle la capacité de compassion, d’amour incommensurable, qui est en lui. Il agit du fond du cœur. Comment en ces temps d’incertitude, découvrir le trésor de solidarité et de bienveillance qui vit en nous ?
  • Retournement de situation : le débiteur qui n’a pas pris la mesure du plein amour du maître, replonge dans sa dureté, son refus de pitié envers l’autre. Comment maîtriser les capacités de destruction qui vibrent en nous ?
  • Les membres de sa communauté sont à leur tour bousculés par tant d’ingratitude. Sans doute n’ont-ils pas mesuré le caractère non mesurable de l’amour du maître. Mais ils sont choqués. Ils réagissent. Ils bougent. Comment en ces temps de peur notre communauté garde-t-elle sa capacité de réaction contre l’égoïsme et la violence ?
  • Et le maître bouge à son tour… non parce qu’il est devenu méchant mais parce que dans son amour il veut nous responsabiliser, nous montrer ce que produira immanquablement notre refus de pardonner : le cycle de la violence. Comment recevons-nous, en ces temps d’impuissance, ce message de responsabilisation ?
  • Pour éclairer ces mouvements, ces appels et ces refus, ces ouvertures et fermetures, Jésus, le Christ, par sa vie par sa mort et, par l’accueil de l’amour du Père, dit aujourd’hui que le cycle de la violence est brisé. Qu’en vérité, le Seigneur est tendresse et pitié. Que nous ne sommes pas condamnés à la violence. Que la relation est rétablie. Comment accueillons-nous cette bonne nouvelle ? 

Guy Aurenche

Bienveillance

C’est le mot qui m’est venu à la lecture de ces textes lors de la préparation de notre célébration.
BIENVEILLANCE.  Mais c’est quoi ce mot ? Que veut-il dire, au juste ?
En cherchant des synonymes afin d’éclairer sa spécificité, j’en ai trouvé pas moins de 27 ! Mais aucun ne m’a paru contenir ou exprimer ce qui se disait dans les textes de ce jour.
Il me semble que ce mot de bienveillance ouvre sur la gratuité, l’absence de tout calcul, l’absence de tout retour sur soi, de tout intérêt. Et c’est bien de cette notion d’intérêt que nous parle l’Évangile.
Alors cette bienveillance pourrait-elle se dire concrètement ?
Quelques gestes simples me viennent à l’esprit, mais tant d’autres sont à inventer :
– Des gestes du quotidien, tout petits, sans jugement ni intérêt … un sourire, peut être un silence vers celle et celui que l’on aimerait vilipender.
– Une vision, une parole positive devant tant d’informations négatives.
– Une manière de dire ce que personne n’entend et qui, pourtant, est si juste.

La bienveillance est proposée comme un déplacement du « vite dit », le « tout prêt à penser», déplacement vers du nouveau, de l’inouï ou même du silence.
Il ne s’agit plus de calcul, de ce que je te dois, de ce que tu me dois, mais de la reconnaissance de ce qui EST, de la reconnaissance de CELUI QUI EST, vivant face à moi.
C’est en l’absence de jugement, hors de toute notion de bien ou de mal, que la bienveillance va pouvoir trouver sa place.
L’espace ainsi ouvert entre deux personnes va pouvoir accueillir un avenir vierge de toute violence, de toute rancune et permettre à chacun d’avancer.
Et voilà : la belle notion de « logique raisonnable » va certainement « y laisser des plumes » ! Et certains pourront dire : elle ou il est fou …
Mais soyons fous, et usons et abusons de bienveillance !
Alors, la bienveillance aurait-elle quelque chose à voir avec l’amour ?

Florence Carillon

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