Thibault Lucas. La Fabrique de la Montagne Sacrée

Nouvelle exposition à Saint-Merry. Une installation flashy qui transforme le visiteur en Gulliver. Un nouveau regard sur la montagne comme lieu de rencontre avec plus grand que soi. Le polystyrène est ici le support du désir de Dieu. Étonnante par son apparente naïveté et bâtie sur l’émerveillement franciscain, cette expo va loin.

Thibault Lucas entretient avec la nature des relations de fascination, qu’il la représente par un ensemble de rochers, une forêt, des champs, la mer ou la montagne. Cet artiste, né en 1984, vivant et travaillant à Paris, crée avec un minimum de moyens : du papier, des couleurs primaires, des matériaux pauvres contemporains comme le polystyrène. En fait c’est le monde qu’il explore, avec des yeux d’enfant ou d’adulte à l’insatiable curiosité, et qu’il représente en puisant dans l’imaginaire et le symbolique.

La question du sacré le taraude ; il invente une réponse de manière plastique en jouant sur les échelles de ses objets et de ses dessins, en faisant référence à de multiples cultures, égyptienne, inca, médiévale. Il croise, il fragmente, il assemble, il est toujours en mouvement. La preuve : il avait déposé pour Saint-Merry un projet d’installation sur la forêt, tout de bleu, porté par une musique contemporaine : « Forêt enchantée » ; il arrive avec un projet sur la montagne  tout en jaune flashy, silencieux : « La Fabrique de la Montagne Sacrée ». Le point commun : une vision à la Jonathan Swift, ici non pas en vue d’une satire sociale, mais d’une ouverture à l’émerveillement.

L’installation de Thibault Lucas est ainsi pleine de petits objets et de dessins de tailles variables qui sont synonymes d’élévation : des rochers, des montagnes sur lesquelles sont accrochées des églises grandes et petites, des escaliers, des échelles, des silhouettes de massifs. Mais pas d’homme si l’on excepte le visiteur placé dans la position d’un Gulliver du XXIe observant, non pas une île, mais un morceau de terre.

La naïveté apparente du style est en réalité truffée d’une grande culture et porte les traces d’un attrait enthousiaste pour la joie franciscaine face à la nature. « Mon frère Soleil » est figuré par le jaune.

Les paysages simplifiés en bleu qui se déclinent à de multiples échelles ont la sobriété de ceux des tableaux religieux du Quattrocento. Les chapelles sont inspirées des chapelles d’ermites des tableaux de Giotto et surtout de Fra Angelico, dont la «Thébaïde », un de ses grands tableaux (image dans Voir et Dire) est une référence explicite.

L’association entre la montagne et le sacré est un thème classique dans les textes, les religions et dans toutes les formes d’art. L’escalier, ici, n’est pas qu’une allusion à la culture inca : il est, selon l’artiste, l’équivalent humain de la montagne. Il emmène vers l’au-delà, mais ne peut y aller.

« La Fabrique de la Montagne Sacrée est un chantier abandonné. C’est l’homme qui veut construire l’impossible pour aller plus haut que les montagnes et chercher le divin par ses constructions et qui se rend compte que ce n’est pas possible. Alors qu’il lui suffirait de simplement contempler la nature. Tout est déjà là. » Thibault Lucas

Si vous voulez en savoir plus sur la symbolique des couleurs, les références de l’artiste au Quattrocento, sur la montagne et la sacralité, « montez » jusqu’à Voir et Dire >>> et passez voir l’expo à la chapelle Saint-Vincent-de-Paul, côté Nord, de Saint-Merry.

Jean Deuzèmes

Thibault Lucas. Golgotha
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