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Tous étrangers ?

Entendre l’Évangile dans une autre langue permet souvent d’en réveiller le sens et l’étrangeté. C’est déjà vrai pour les langues proches du français comme l’anglais ou l’espagnol, mais dans le cas du chinois, le dépaysement est garanti. Dimanche dernier, alors qu’il commentait ce passage des Actes des Apôtres où se pose la question des interdits alimentaires de la tradition juive, le prêtre (un jésuite taiwanais) a lancé sur un ton provocateur : « Vous et moi, nous sommes tous des étrangers ! ».

Du moins c’est ce qu’on entend immédiatement, car le terme de waibangren utilisé pour traduire « les Gentils » (ou goyim, les non-juifs), est ancien, et il suggère littéralement « les gens de pays étrangers ». En chinois courant, les étrangers se disent waiguoren, le même mot à un caractère près.

Récemment, alors que j’entrais dans notre boutique habituelle de fruits et légumes, une petite fille d’environ trois ou quatre ans me regarde médusée, comme cela arrive parfois avec les enfants qui n’ont encore jamais vu de « grand nez » (dapizi en mandarin ou aoda en Taiwanais), un mot familier pour désigner les non-Asiatiques (Européens, etc.). Je lui dis bonjour en chinois, et elle me sourit, elle semble soulagée. Mais quand même un peu intriguée, elle consulte la marchande : « Ce monsieur il a un petit peu l’air d’un étranger (waiguoren), non ? », qui lui répond : « Oui, c’est vrai, un petit peu ! » Et on a tous bien ri, car je n’ai pas le profil asiatique, plutôt celui d’un « grand nez » !

Alors tous étrangers ? Ça dépend de la traduction… ou de l’âge.

Paul J. (à Taiwan)

Billet du dimanche 2 juin 2019

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