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Trente mois aux commandes des finances de Saint-Merry

Au moment de quitter la charge de vice-président du CPAE (Conseil paroissial pour les affaires économiques), Jean de Savigny nous livre, en guise de bilan, dix observations tirées de son engagement dans ce service nécessaire au fonctionnement de notre communauté.

1 – Le CPAE auquel j’ai participé n’a apporté à son vice-président que des motifs de satisfaction. On y compte des membres très investis dans les aspects les plus divers du fonctionnement de la Paroisse : collecte des ressources, gestion quotidienne du personnel, avis juridiques, rapports avec l’ADP ou les institutions rattachées à Saint-Merry, etc. Qu’ils soient remerciés pour leurs engagements aussi discrets que précieux.

2 – Comme la centaine de paroisses de Paris, Saint-Merry est articulée sur une structure, baptisée ADP (Association Diocésaine de Paris), qui assure le bon fonctionnement matériel de l’ensemble des institutions du diocèse et organise une solidarité entre celles qui s’appuient sur une population plus aisée et les autres. L’ADP contrôle ainsi plus ou moins directement la gestion de près d’une centaine de millions d’euros grâce à quelques salariés et surtout une escouade de bénévoles mettant à sa disposition des compétences acquises au cours de leurs expériences professionnelles. Saint-Merry a toujours bénéficié de la part de l’ADP d’une certaine bienveillance.

3 – Le CPAE est la seule structure de Saint-Merry – hormis son curé – unissant de manière institutionnelle la paroisse et le Centre pastoral (CPHB). La fréquentation des représentants de la paroisse m’a convaincu qu’il s’y passait des choses intéressantes qui gagneraient à être mieux connues et que la coopération existant au sein du CPAE sur les questions économiques pourrait être étendue plus souvent sur les questions pastorales pour le bénéfice de tous.

4 – J’ai eu la chance de collaborer avec trois responsables successifs de la paroisse Saint-Merry, chacun témoignant d’un caractère propre et pratiquant avec moi un mode de coopération particulier. Tous trois ont manifesté une confiance résolue au CPAE et à son vice-président, confiance sans laquelle aucun travail commun ne serait d’ailleurs possible.
J’ai une grande admiration pour les « fonctionnaires de Dieu » qui assument la charge de curés. On attend beaucoup d’eux. Beaucoup trop. Ils sont responsables de tout : des finances, de la sécurité, des bâtiments, des rapports avec la ville et la police ; ils sont chefs d’entreprise, DRH, animateurs sociaux… Comment s’étonner que certains en oublient d’être pasteurs, ce à quoi ils avaient décidé de consacrer leur vie ? Les « vocations » de prêtres se raréfient. Il faudra bien un jour réfléchir à ce qu’on attend d’eux avant que l’espèce ne disparaisse. Saint-Merry pourrait être un lieu où s’expérimenterait un nouveau partage des tâches entre clercs et laïcs. Mais, ne nous illusionnons pas, cela demandera de la part de ceux-ci un abandon de pouvoir et de ceux-là des engagements plus soutenus à la fois en temps et en argent.

5 – Je suis devenu familier des salariés sur qui reposent les tâches quotidiennes d’une paroisse classique en même temps que les initiatives exceptionnelles de notre Centre pastoral. Ils sont, 365 jours par an, le premier visage que prend notre communauté pour tous ceux qui ont recours à elle. Ce sont les « Marthe » de Saint-Merry.

6 – Une question récurrente est relative à la gestion interne de Saint-Merry et plus particulièrement du Centre pastoral. Celui-ci est articulé en « pôles » coordonnant des « groupes » aux objectifs les plus variés. Certains d’entre eux doivent faire face à des dépenses modestes mais dont la répétition exclut qu’elles soient prises en charge en permanence par leurs membres, d’où l’intérêt d’organiser une déconcentration qui responsabiliserait les groupes et allégerait les procédures. Une tâche pour le nouveau CPAE.

7 – Un problème plus délicat a trait à la responsabilité respective du curé, du Conseil paroissial, du Centre pastoral et du CPAE dans les prises de décision. Officiellement, le curé est responsable de tout. Dans la pratique, la mission particulière dévolue à Saint-Merry a toujours été interprétée comme entraînant une co-responsabilité du curé et des laïcs représentés par l’équipe pastorale ; le Conseil paroissial pour sa part s’est toujours montré effacé, limitant ses ambitions à un rôle de conseiller à la demande du curé. On le devine aisément, l’histoire de Saint-Merry témoigne que l’articulation de toutes ces autorités ne s’est pas toujours réalisée dans un bain d’huile. Il appartient de se mettre d’accord sur les procédures avant que ne surgissent des conflits et de montrer leur détermination de toujours surmonter leurs divergences (inévitables) par le dialogue.

8 – Les initiatives variées prises par Saint-Merry ont un coût. Impossible d’espérer poursuivre notre mission dans la tranquille sérénité que procure un équilibre financier garanti. La commission diocésaine qui a examiné en janvier dernier les spécificités du complexe paroisse-CPHB a reconnu son caractère structurellement déficitaire. Nous devons donc nous mettre dans la disposition d’esprit de devoir un jour assurer nous-même notre équilibre financier.
Cela peut signifier que les membres de la communauté seront sollicités de participer plus largement aux recettes de la paroisse. Je sais bien que leur générosité est déjà exemplaire. Leur participation au Denier de l’Eglise dépasse sensiblement celle des contributeurs du diocèse, atteignant une moyenne de 577 € par personne contre 479 €. De même la quête dominicale a un rendement exceptionnel dépassant les 5 € moyens enregistrés dans le diocèse. 
Mais nous nous distinguons par la rareté des legs (ce qui vient de nous arriver très récemment) et donations exceptionnelles, alors qu’ils produisent au plan diocésain des revenus supérieurs à ceux des quêtes. Saint-Merry ne dispose, contrairement à beaucoup de paroisses parisiennes, d’aucun bien propre susceptible de lui apporter un revenu régulier. Probablement faudra-t-il un jour envisager de compléter nos contributions en créant une structure de recherche de fonds comme le font les fondations scientifiques, artistiques ou médicales.

9 – Reste le problème controversé de l’utilisation des deux immeubles dont la loi de 1905 a transféré la propriété à la Ville, à charge pour elle de les mettre à notre disposition pour y célébrer notre culte : l’église et le presbytère. Comme beaucoup de paroisses, Saint-Merry les utilise parfois pour y exercer des activités de nature artistique, sociale ou intellectuelle n’ayant pas un rapport direct avec le culte, mais susceptibles, au-delà de leur dimension spirituelle, de fournir un complément financier appréciable.     
Sur le plan juridique, la tradition française a depuis longtemps donné une interprétation large des dispositions de la loi. Nombre d’églises abritent des concerts, des expositions, des kermesses qui contribuent au financement de la paroisse. La Ville de Paris n’a jamais fait obstacle à une interprétation encore plus extensive de la loi quand Saint-Merry a ouvert ses murs à des activités encore plus étendues : tournage de films, défilés de mode, repas, etc.
Dès lors, la vraie question est celle de savoir si ces activités profanes peuvent de dérouler dans un lieu de prière qui, au surplus, abrite les « saintes espèces ». La réponse dépendra de l’idée que nous nous faisons d’une église : suffit-il qu’on s’y réunisse en vue d’y célébrer l’eucharistie, d’y prier et d’y adorer le Saint Sacrement pour en faire un espace sacré inconciliable avec des manifestations sans objet proprement religieux ? N’est-ce pas plutôt l’homme qui est sacré, l’église devenant le lieu privilégié pour qu’il y exerce toute activité qui le grandisse. Dès lors, il n’est aucune occupation qui a priori ne puisse y trouver sa place tant qu’elle participe à l’épanouissement et au bonheur des participants.

10 – Saint-Merry a reçu du cardinal Marty la mission d’expérimenter d’autres manières de « faire église ». Mission passionnante, confirmée par ses successeurs d’une manière que nous souhaiterions plus affirmée. Quoi qu’il en soit, cette charge nous oblige. On attend de nous que nous fassions preuve d’imagination dans tous les domaines touchant à la vie d’une paroisse : liturgie, art, ouverture sur la ville, attention aux déshérités, réflexion théologique… sans jamais couper le fil avec le diocèse qui nous relie à l’Église universelle. Dans le passé, le Centre pastoral a donc été amené à multiplier les initiatives, parfois déroutantes, qui tentaient de répondre à l’ambition d’être ce laboratoire d’idées neuves.
Sommes-nous encore aujourd’hui à la hauteur de ces attentes ? Assez audacieux, assez entreprenants ? Si nous craignons de bousculer les rituels, d’effaroucher les conformistes, de nous aventurer dans des sentiers non balisés, c’est que nous aurons échoué. Qu’aurons-nous apporté à ceux qui attendent de nous des manières de prier plus en phase avec les aspirations des hommes de notre temps ? Ce besoin de renouvellement des pratiques ecclésiales est encore plus manifeste aujourd’hui que l’on constate une diminution de la fréquentation de nos églises, qui nous interpelle cruellement sur les besoins ressentis par ceux qui cherchent de nouveaux modes de vivre en commun l’Évangile. Le rôle irremplaçable du CPAE est d’accompagner ceux qui s’efforcent de répondre à cette attente.  De tout mon cœur, je lui souhaite bonne chance.

                                                                                              Jean de Savigny

Extraits du bilan publié le 25 novembre 2020 par Jean de Savigny, vice-président du Conseil Paroissial pour les Affaires Économiques (CPAE), au moment de quitter sa fonction. Le document complet peut être demandé à jdesavigny@free.fr

  

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