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Trois vœux d’Avent pour notre Église

C’est le moment d’exprimer nos espoirs en ces temps d’Avent, mais aussi de formuler nos vœux pour l’Église universelle et notre communauté de Saint-Merry en cette fin d’année 2020. Le pape François a levé le lièvre du cléricalisme qui nous mine depuis quelques siècles, et par ailleurs nous sommes sollicités pour combler les 90 millions d’euros de perte de quêtes dans l’Église de France à cause du contexte pandémique actuel. Tout cela m’a inspiré trois vœux, comme dans les contes :

  • Je souhaite que François, à l’aube de 2021, abolisse toutes les titulatures qui parasitent la mise en œuvre de l’Évangile du Christ : qu’il interdise qu’on l’appelle Sa Sainteté, qu’il balaie définitivement les Monseigneur et autres Éminence, et qu’il enjoigne aux fidèles de ne plus utiliser le terme de Père à tout bout de champ, au bénéfice du beau nom de Frère, puisqu’il vient de nous faire la théologie de la Fraternité dans les grandes largeurs.
  • Je souhaite que, par la même occasion, on mette définitivement au musée, partout dans le monde, la vaisselle liturgique et autres ostensoirs en matière précieuse ; qu’on range les mitres et les dentelles au placard, ainsi que toutes les calottes et ceintures rouges ou violettes, avec les coûteuses soutanes qu’elles accompagnent. Le bâton du pasteur a un sens symbolique certain, l’anneau de la fidélité aussi, mais tous ces autres oripeaux médiévaux ou baroques, qui ont une histoire, doivent retourner à l’histoire et cesser de polluer la proclamation de la Bonne Nouvelle. À notre simple échelle, vous rappelez-vous comme c’était sobre et beau, la messe à Saint-Merry, avec un prêtre en simple aube dont la blancheur évoque la fête de la résurrection, accompagnée d’une seule étole, la chasuble ne sortant que pour quelques fêtes solennelles comme la nuit de Noël ? 
  • Je souhaite enfin qu’on prenne acte que le financement de l’Église ne peut plus être supporté uniquement par les dons des fidèles. Que c’est même immoral. Saint Paul lui-même rappelle qu’il n’a jamais coûté un sou à ceux qu’il venait évangéliser, car il travaillait pour gagner sa vie, comme tout le monde. J’ose dire que cela lui permettait sûrement de mieux comprendre ceux auxquels il s’adressait, s’il avait dû lui-même se débrouiller, à l’occasion, d’un chef tatillon ou d’un subalterne pénible. Je souhaite que tous les membres de notre clergé, suivant le magnifique exemple des prêtres de la Mission de France ou des ordres monastiques, utilisent une partie de leur journée à gagner leur vie dans le monde du travail normal. Cela fait déjà belle lurette que ce sont des laïcs qui assurent les préparations au baptême et au mariage, ainsi que les célébrations de funérailles et l’accompagnement des malades. Et cela fait déjà belle lurette, donc, que ces mêmes laïcs auraient dû être missionnés pour célébrer ces différents sacrements. Nous pourrions ainsi contribuer à assainir en même temps nos finances et le serpent de mer du cléricalisme.

Je doute que ces vœux trouvent leur accomplissement dès janvier 2021. La disparition de la faim dans le monde et l’arrêt de tous les conflits non plus, qui sont sûrement beaucoup plus importants. Mais si nous avions la foi grosse comme un grain de moutarde, nous dirions à cette montagne : « Va ! », et elle irait se jeter dans la mer.

Blandine Ayoub

CatégoriesClin Dieu
Blandine Ayoub

Née juste après le concile Concile Vatican II, elle est impliquée depuis près de 40 ans dans la communauté de Saint-Merry, tout en cultivant un tropisme bénédictin grâce à son père moine. Par son mariage avec un Alepin, elle a également adopté la Syrie. Elle est responsable d’un centre de ressources documentaires dans un centre de formation professionnelle de la filière éducative et sociale.

  1. André Letowski says:

    Superbe ta prise de parole, chère Blandine, simple, juste et de bon sens, visant à rappeler que l’institution église (et non l’Église) est au service de la foi et du peuple de croyants et non les croyants à son service, à qui l’institution s’arroge la responsabilité de ce qu’ils doivent penser et la façon dont ils doivent se comporter.
    André Letowski

  2. Merci mille fois Blandine pour ces vœux qui auraient dû se réaliser comme les fruits évangéliques du concile Vatican II. J’y souscris pleinement avec enthousiasme. Mais voilà, sans craindre de perdre leurs mitres sous l’effet du vent de l’Esprit, ni de se prendre les soutanes dans le rétropédalage, bien des nosseigneurs, des votre-excellence, des prélats de sa Sainteté, des “mon père” (sans enfants) en tous genres abandonnaient beaucoup, trop. Le pouvoir toujours sans vouloir laisser à l’histoire ce qui doit revenir à l’histoire comme tu le dis si bien. Des vœux oui bien sûr mais pas seulement… Ton texte en est un témoignage roboratif.

  3. Jacqueline Casaubon says:

    Merveilleux propos que ces trois voeux d’Avent, je t’approuve et te remercie de tout coeur, pour ton courage et ton ardeur.
    Bravo !

    Jacqueline

  4. Toussaint says:

    D’accord à 100 %.
    On ne peut à la fois prêcher l’Evangile et perpétuer le contraire de ce qui y est prescrit : n’appelez personne “Père”….
    Parfois, quand je vois cet étalage de chasubles et de crosses, je me dis “ils ont l’air déguisés”… et je pense que cela éloigne beaucoup de gens de l’Eglise, car cela fait apparaître les clercs comme faisant partie d’une caste, cela les met de facto “à part”. Une aube blanche toute simple, pour le temps de la célébration, il n’y a rien de plus beau !
    Oui, il serait temps que l’Eglise envoie promener tous ces titres comme “Monseigneur” ou “sa Sainteté” qui sont d’un autre âge et ne vont pas avec l’exigence de fraternité partout brandie dans les homélies….
    Merci à Blandine d’avoir dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas !

  5. marie-josé Lecat-Deschamps says:

    Mille mercis Blandine d’avoir mis en évidence , avec ton humour habituel, des incohérences , bien évidemment justifiées,
    “Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent”….Utopie? OK, mais c’est elle qui alimente l’espérance.
    marie-josé Deschamps

  6. Catherine Charvet says:

    Un grand merci Blandine pour ces trois vœux dont je partage pleinement le fond et la forme
    je suis particulièrement en accord avec le troisième, l’appel à ce que les clercs rejoignent le monde du travail et gagnent leur vie comme tout un chacun

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