Trouver sa place dans la communauté

L’annonce du débat dans la communauté sur « la fraternité au risque des conflits » a provoqué bien des réactions, certaines enthousiastes, car c’est un vrai sujet, d’autres plus inquiètes qui manifestent le crainte de voir se réanimer certaines disputes.
Pour l’équipe pastorale « dans la liberté d’expression qui est la nôtre à St Merry les conflits existent mais loin d’être un handicap, ils nous aident à mieux comprendre quelle unité et quelle communion célébrer, où se situe notre foi en un christ qui sauve et rassemble.. » Cette liberté d’expression ne pourra que rassembler notre communauté.
Il me semble que la question des conflits est liée à celle de la place de chacun dans la communauté. Il en est beaucoup question dans les Evangiles. Quelle est la juste place, la dernière ou la première ? Est-elle l’inverse de celle que nous avons choisie ou celle que l’autre nous donne ?
Cf le texte du pharisien et du publicain dans le temple, le texte du lavement des pieds.
Dans Luc 22, le plus grand est celui qui sert.
Dans Matthieu 20 il y a des derniers qui seront les premiers.
La question de Pilate « es-tu le roi des juifs, » est bien au centre de la Passion.
Dans l’épitre de Paul aux Philippiens, le Christ se dépouille en prenant la place du serviteur ; il s’est abaissé.
Nous avons tous les jours à trouver notre place et à permettre à l’autre de trouver la sienne, dans un mouvement continu pour trouver la bonne distance aux êtres, aux choses, aux événements, dans une attitude perpétuelle d’écoute et d’observation, d’ajustement et de réajustement ; la bonne distance est toujours à moduler car le changement est le propre de la vie.
Chacun nait avec un passé et s’inscrit dans une histoire, une généalogie qui lui donne une place. Cette place c’est à notre famille de la rendre juste, qu’elle soit le lieu de notre épanouissement.
Dans notre milieu de travail, dans nos associations, nous savons bien que c’est la qualité de nos rapports avec nos collègues qui rend nos journées bonnes ou détestables et que ces rapports sont sans cesse à faire évoluer.
La juste place et celle qui nous fait avancer dans la compréhension du monde et pour la trouver, il faut se déplacer, sortir de son rang, fréquenter d’autres milieux – au CPHB c’est changer de groupes -. Ce déplacement nous permet une autre façon de sentir et d’être. Ainsi quand vous vous déplacez devant un tableau de Pierre Soulage, votre regard, en se déplaçant révèle la lumière. Le tableau renouvèle le regard, le change et nous change. Il exerce un pouvoir sur nous qui regardons, ce regard qui est lié à ce que nous sommes ne peut être toujours le même dans un monde mouvant ; l’art révèle aussi notre rapport au monde et aux autres.
Que des conflits naissent à St Merry, c’est normal, c’est le fait de tout groupe humain. L’intérêt de faire resurgir ces questions qui fâchent c’est de les regarder d’un autre œil, histoire d’y voir d’autres causes, peut-être des malentendus, ou des manques d’attention ou le fait que nous ne sommes pas tous à la place qu’il faut. Se déplacer pour nous décentrer de nous-mêmes, pour regarder le monde différemment, avec le regard de l’autre peut-être, ou à une distance qui changera mon regard, ou révèlera ce que je n’ai pas vu avant.
Dans la foulée de la nuit blanche je pense au phénomène de l’anamorphose souligné par l’artiste Pascal Peyret qui consiste à se déplacer pour regarder le monde autrement. Essayons de nous déplacer pour mieux nous placer (ex-sistere : vivre dans la reconnaissance de l’autre et sa liberté d’être » D. Duigou).

Michèle Dauger