Sur le Mur de Berlin, Photo by Eric Ward on Unsplash

UN APPEL A LA TREVE, ENFIN !

Le 23 mars, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, a lancé un appel à une trêve générale de tous les conflits dans le monde pour se centrer sur l’épidémie du coronavirus.... Chronique de Jean-François Petit.

Si une accalmie peut être constatée dans les nombreuses guerres recensées, ce ne sera déjà pas si mal. Si le multilatéralisme reprend un peu le dessus face aux égoïsmes nationaux, chinois, russe ou américain, ce n’est pas du temps perdu. Mais cela sera-t-il suffisant ? 

Plus que jamais, les gens perçoivent d’abord le sens tragique de l’existence. L’urgence de vivre plus intensément la vie présente, de la réorganiser au mieux. En particulier, d’être près de ceux que l’on aime. Et de se faire proche de ceux que nous ne connaissons pas.  Sans doute aussi de reparcourir convictions et croyances.

 Un point ici émerge. Le tragique n’est pas que le résultat de cette épidémie dévastatrice. Il est un élément essentiel de l’univers. Le monde occidental, orienté vers le confort individuel et la frénésie consumériste, était devenu aveugle à la multiplication de signes inquiétants. Ce que nous n’avons pas su faire – que certains nomment la « conversion écologique » – les événements nous l’imposent. Avec une cruauté inédite. 

Mais ce tragique n’est pas une malédiction. Il est la conscience  plus vive de nos limites. Cette redécouverte exige « des changements inimaginables dans la justice, la répression, l’hygiène sociale, l’instruction publique » disait déjà le directeur de la revue Esprit, Jean-Marie Domenach, dans les années 1970 (Le retour du tragique, Seuil, 1967, p. 288).

 Ecrasés d’informations mais confinés, nous sommes encore dans un effort sans précédent pour juguler une catastrophe. Avons-nous été jusque-là dans un théâtre d’illusions ? Prisonniers d’un appareil anonyme ou d’un projet masqué ? Un fait s’impose : les responsabilités d’ensemble semblent avoir été trop éclatées et peu assumées. Le mal s’y est engouffré. Il a pris le visage d’une épidémie d’une rare violence. Les pauvres vont, une fois de plus, en payer le prix le plus lourd. 

Hélas, parfois, « les moralistes impuissants donnent la main aux brigands de toute sorte », aura dit le philosophe allemand mort en camp de concentration Paul-Louis Lansdberg. Or, affronter le tragique, c’est rentrer dans un véritable face-à-face. Non s’en abstraire, au nom de la prophylaxie ou par les « éléments de langage » habituels des communicants. Prenons garde de ne pas « user l’espérance », selon la très belle formule de Charles Péguy, dans des plans totalement irréalistes, marqués pas des « effets d’annonce » et surtout des « effets de manche ». Le problème de survie du monde est aussi celui de se trouver un destin commun.

            Nous avions été avertis depuis longtemps que le retour du tragique était inéluctable. Rien n’a été fait, ou si peu. La table de nos valeurs s’effondre. La science se divise, la politique navigue à vue, la théologie bafouille, la philosophie est intimidée. Elle perçoit qu’il manque encore une unité d’orientation. Mais une « solidarité des ébranlés » (J. Patockà) s’est bien mise en route. Sans alibis et sans justifications faciles. Ecrasante responsabilité mise entre nos mains.

                                                                                          Jean-François Petit

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