Un écho à la Journée mondiale du migrant


« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… »

Que faire pour et avec les migrants ? A l’heure où l’Union européenne éprouve les pires difficultés à accorder ses violons sur une politique coile barquehérente et solidaire sur le sujet, les membres du CPHB ont démontré leur intérêt et ont pu, pour beaucoup, témoigné de leur engagement. Le dimanche 31 mai, près d’une cinquantaine de paroissiens ont participé à la  rencontre « Parler la bouche pleine », juste après la messe, organisée par le RCI, le Réseau chrétien immigrés (1).

« Nous avons voulu faire écho à la Journée mondiale du migrant et du réfugié du 18 janvier dernier dont le thème, cette année, était ‘L’Eglise, mère de tous les peuples’ » , explique Céline, membre du RCI. « Lors de cette journée, nous avions voulu prendre la température de la communauté et avions distribué un feuillet que les gens pouvaient remplir en indiquant ce qu’ils faisaient concrètement pour les migrants. Nous avons été particulièrement émus de recevoir 108 réponses ! Tous n’étaient pas engagés activement mais beaucoup se disaient a minima intéressés et concernés par la question. Nous avons donc voulu faire en sorte que les gens se rencontrent, se parlent et voir, éventuellement, comment il est possible de mutualiser les initiatives. »

Ce 31 mai dans la « salle blanche », quatre tables sont donc disposées, où des groupes de dix à quinze personnes s’intéressent à un aspect particulier de la question des migrants. Céline, forte d’une longue expérience, notamment dans une permanence qu’elle assure avec d’autres à la paroisse Saint-Jean Baptiste de Belleville, anime l’atelier juridique. Il y est question des lois « de plus en plus restrictives et contraignantes » et de sigles nimbés de mystère pour les non initiés tels que le « CESEDA », le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ou de « l’OQTF », l’obligation de quitter le territoire français. La douzaine de personnes attablées, curieuses et à l’écoute, posent des questions précises, dans une ambiance bienveillante et chaleureuse, en grignotant sur le pouce pour certaines.

Faire mentir les pessimistes

Juste à côté, à la table « Soutien scolaire », sont évoquées les inégalités à l’école, le manque d’informations sur les filières d’avenir… Parmi la dizaine de personnes réunies, la moitié est engagée dans un bénévolat de ce type. Un homme d’une soixantaine d’années raconte comment se tisse avec le jeune, à travers le soutien scolaire, une relation de type quasi familial, « comme si j’étais un grand-père ou un oncle, une sorte de référent ». Un autre participant s’émerveille de certaines réussites qui font mentir les pessimistes et les fatalistes de tous poils. « Je connais un jeune Kabyle, qui a intégré Sciences Po Paris et est en train de préparer le concours de l’ENA alors que sa famille vit de l’aide sociale ! »

A la table « Cours de français », le petit groupe aborde la disparité des situations, « entre ceux qui ont été scolarisés dans leur pays d’origine et les autres, peu ou pas du tout scolarisés ». Enfin, une bonne quinzaine de personnes réfléchit à la question du « Vivre ensemble ». « Le sens de la laïcité est souvent très difficile à saisir pour les musulmans, dit un participant. « Après les attentats du mois de janvier, j’ai été amené à de longues discussions avec certains d’entre eux… Et ça peut parfois durer très longtemps ». Une femme, la cinquantaine, insiste pour sa part sur l’importance de « sortir de la situation où le migrant a l’impression d’être assisté ».

Une suite à inventer…vmigration_iom

Parmi les participants à cet atelier « Vivre ensemble », Marie-Odile est venue « rencontrer les membres de la communauté qui sont engagés au service des migrants. Je suis heureuse d’avoir pu les repérer. » Elle-même est impliquée depuis cinq ans, avec son mari, au JRS, le Jesuit Refugee Service (2), et accueille à ce titre un migrant à raison de deux fois deux mois tous les ans, en général en novembre-décembre et en avril-mai. « Nous avons accueilli un Malien, un Syrien, un Iranien, trois Afghans… Nous restons d’ailleurs en contact avec près de la moitié d’entre eux. Grâce à cet accueil, ils peuvent se poser tranquillement, en étant assurés d’avoir un toit, sans être obligés de chercher une chambre pour la nuit. Certains de mes amis me disent ‘Tu leur donnes la main, ils te mangent le bras’. Mais pas du tout ! Nous n’avons jamais rencontré de réel problème. Ce qui est formidable, c’est la confiance qu’ils ont dans la vie, malgré les épreuves, les incertitudes… Et puis, il y  a beaucoup de joie. Certains nous font piquer de vrais fous-rires ! »

Active par ailleurs dans un travail d’alphabétisation à travers les équipes Saint-Vincent-de-Paul, Marie-Odile cite d’emblée l’évangile quand on l’interroge sur les raisons de son engagement. « ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli’ nous dit le Christ dans le discours du Jugement dernier (3). Cette parole m’a toujours marquée. Peut-être est-ce aussi un instinct maternel exacerbé… Je me dis que s’il s’agissait de mon fils et que je le savais à des milliers de kilomètres mais accueilli par une famille, je serais sans doute rassurée. » Seul regret de Marie-Odile : « On était nombreux lors de cette journée du 31 mai ; du coup, nous n’avons peut-être pas pu échanger autant que je l’aurais souhaité. »

Sur quoi cette rencontre peut-elle déboucher ? « Dans tous les cas, il ne faut pas lâcher, prévient Céline. Il nous revient d’inventer un projet commun, d’aller plus loin dans l’engagement et dans l’audace. N’hésitons pas à aller à contre-courant de l’opinion publique dont on sait qu’elle évolue plutôt négativement concernant l’immigration. » Une piste concrète ? « Nous pourrions nous appuyer sur la circulaire du 28 novembre 2012 pour aider des personnes qui travaillent au noir à être régularisés. » Le RCI et les participants de la rencontre du 31 mai restent mobilisés et en alerte. Affaire à suivre…

 

Romain Mazenod

 

 

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