Le « job » du Pape

Le Monde - Pape 4Plus de 6 mois après son élection, l’effet « pape François » continue de durer : affaire de style, de ton, discours, de commentaires. Isabelle de Gaulmyn, journaliste à « La Croix » rappelait encore récemment qu’avec Benoît XVI, il fallait « expliquer », là, avec François, « le pape fait le job »… En revenir des petites phrases à l’analyse, de la « papamania » au commentaire des faits et gestes, voilà le défi.

Il faut donc reprendre le cours des choses : en  plein milieu des JMJ à Rio en juillet, le pape déclare aux jeunes « mettez la pagaille ! ». François serait-il un révolutionnaire, alors que l’on sait que son rapport à la théologie de la libération est assez complexe ? Pendant des siècles, la papauté nous a habitué au hiératique, à l’immuable des convictions… et tout d’un coup, tout semble bouger !
Le catholicisme est bien un système ordonné, hiérarchiquement, dogmatiquement, liturgiquement. Mais là, quelque chose comme d’enfoui, des braises sous la cendre, semble réapparaître : «  je suis venu pour une mise en question ! » avait dit un autre avant François, qui ne s’était pas privé de montrer en exemple des hérétiques, Bons Samaritains et autres, de poser des gestes vis-à-vis de femmes adultères… Il est vrai qu’ici le Centre Pastoral Halles-Beaubourg a été conforté par les gestes posés par François. Je pense notamment à sa visite à Lampedusa, ce geste fort pour secouer la « mondialisation de l’indifférence ». Mais quel est le sens de ce « désordre » introduit par le pape ?

 

I. Éléments d’un diagnostic

En tout état de cause, le désordre n’est pas le chaos, l’obscur, la confusion… le désordre n’est pas le contraire de l’ordre, ou pire, n’est pas une déstabilisation, qui se traduit toujours, en bonne dialectique, par une reprise en main, conquise sur des déceptions nées d’attentes non réalistes : non, tout n’est pas réformable en un tour de main, dans une Eglise qui a plus de 2000 ans d’histoire ; non, le pape n’est pas un novateur absolu, etc.…

 

M - Pape1. Des jugements contrastés

En fait, je crois plutôt que nous sommes en face d’une offre, offre de service, offre de posture… qui est partie à la rencontre des possibles d’une situation ecclésiale, sociale, mondiale. Les uns s’en réjouissent, tel le théologien Hans Küng « j’ai attendu pendant 27 ans un signe de Jean Paul II qui n’est jamais venu… en quelques mois, le pape François a déjà bousculé, le style le langage, le protocole, le ton vaticanesques… un nouvelle équilibre entre les questions actuelles et les exigences de l’Evangile est à trouver ».

D’autres, tel le philosophe Rémy Brague, invitent à plus de modération : « les médias accentuent les ruptures, car leur fonds de commerce, ce sont les événements. Une chose est évidente : le style, la gestuelle, le tempérament de François ne ressemblent à aucun des papes précédents. Mais lisez ce qu’il dit : sur le fond on est dans la continuité. J’ai même l’impression qu’il applique un programme formulé par Benoît XVI, mais que celui-ci n’avait plus la force de mettre en œuvre. Un pape n’est pas le numéro un d’un parti qui pourrait décider d’un tournant tactique. Il se comprend lui-même comme le gardien de ce qu’il a reçu, qui n’est pas à lui, qui le dépasse et qu’il n’est pas libre de changer (…) » (Le Point, 10/10/2013)
La tentation est donc grande de recréer un pape conforme à nos attentes, ne retenir que ce qui nous intéresse, qui a force de symbole pour (Assise, Lampedusa, la nomination d’un nouveau secrétaire d’Etat ou la réforme de la banque du Vatican, la constitution d’un G8…) au détriment d’un regard d’ensemble. Mais la première impression de Philippe Chesnaux, un collègue historien de l’université du Latran me semble juste: « François a clairement remis l’Eglise en mouvement : il donne aux fidèles l’impression que tous ont un rôle à jouer, qu’il ne se résout pas à une Eglise moribonde et minoritaire » (Le Monde, 7 octobre 2013).
Il est de bon ton de louer la façon de lier le geste et la parole du pape et mettre en avant le style « simple et clair » du pape. Mais est-ce si « simple et clair » ? Qu’y a-t-il de commun, pour ne donner qu’un exemple, entre deux références françaises par le pape, Joseph Malègue, l’écrivain français mort en 1940, l’auteur de Pierres noires. Les classes moyennes du salut passablement oublié depuis lors et Michel de Certeau, le jésuite historien et philosophe, dont on vient de sortir le 2e tome de la Fable mystique, cette anthropologie du croire contemporain ? Il faudrait aussi ajouter le jésuite Pierre Favre qui l’aurait aidé à préciser les trois aspects de l’expérience mystique (intérieure, dogmatique, ecclésiale)

 

2. Reparcourir les textes  du pape ?

En fait, pour bien connaître le pape, il faut reparcourir ses faits et gestes, en ne s’arrêtant pas à un moment de ses déclarations sur le balcon de la place st Pierre, ou sa première exhortation apostolique, que l’on présente comme « le programme » du pape pour l’Eglise (La Croix, du 27 novembre 2013). Doit-on rappeler qu’une exhortation post synodale est toujours le fruit de la mise en forme des résultats d’un synode, en l’occurrence ici celui d’octobre 2012, même si celle-ci est aussi le fruit d’autres consultations ? Doit-on aussi rappeler qu’une exhortation n’est pas de même nature qu’une encyclique ? Or une encyclique, nous en avons déjà une, Lumen fidei ?

Pardonnez-moi – mais c’est là la commande qui m’a été faite – de brosser d’abord à grands traits le tableau de quelques textes majeurs du pape François pour en dégager les harmoniques, les effets rhapsodiques. Il n’y a pas très longtemps, je faisais un cours sur Maitre Eckart. J’y disais qu’il fallait non seulement être attentif à son langage – que seule une enquête morphologique et morphosyntaxique permet de révéler –  et qu’il fallait respecter ses intentions, en l’occurrence pour Maître Eckart, aller au-delà de la surface des choses, « ébranler le lecteur », faire parler l’Ecriture, appuyer la foi sur la raison…

a. L’encyclique Lumen Fidei : Or que nous dit le pape François dans ses textes, d’abord dans l’encyclique Lumen fidei du 5 juillet 2013? Non pas qu’il est un « pape venu du bout du monde » mais que Dieu continue d’agir dans le monde et que le chrétien ne se comprend que dans un corps (I, 17 et 22). Face à une vérité d’essence technologique, la seule vérité qui n’écrase pas l’individu, si celui-ci consent à ne pas devenir autoréférentiel (III,46), c’est celle de l’amour (I, 34). Cette foi est présente dans les cultures (IV,48), elle peut être mise au service de la justice, du droit et de la paix (IV, 50). Elle peut éclairer la vie et la société (IV,55)

b. Les JMJ : C’est bien ce qu’il met lui-même en œuvre lors des JMJ au Brésil. Aux journalistes dans l’avion, il montre sa préférence pour une culture de l’inclusion et de la rencontre. A Aparecida, il invite à ne pas rencontrer les personnes, les jeunes notamment, en dehors de leur tissu social et à chercher en eux et avec eux, les meilleures potentialités pour qu’ils soient protagonistes de leur vie. A l’hôpital st François, il montre sa préférence pour une Eglise qui accompagne, qui n’est pas loin – que n’a-t-on pas dit sur cette formule alambiquée à mes yeux d’une « Eglise hôpital de campagne » – alors qu’en substance, il invite plutôt les jeunes drogués à se prendre en main : « tu as le premier rôle dans ton relèvement ! » déclare t il à l’un d’entre eux. Dans la favela de Rio, il dénonce les inégalités et appelle sans se lasser à travailler pour un monde solidaire – a-t-on bien vu, comme me l’a fait remarquer un bon connaisseur de l’Amérique Latine – que le pape reprend point par point le document d’Aparecida qui était en quelque sorte « la feuille de route » de l’Eglise pour l’Amérique Latine ? Aux  évêques, prêtres, religieuses et séminaristes, il demande de courage d’aller à contre courant d’une culture de l’efficacité et de partir de ceux qui sont les plus loin, de ne pas rester enfermés dans les communautés, les institutions ou diocésaines. Aux responsables politiques, il prône une autre construction du dialogue et des décisions en valorisant une culture de la participation, voire même de critères de jugement et d’action, en vue du bien commun. Face aux cardinaux, il fait déjà part de son désir de revaloriser la collégialité et la solidarité, d’enflammer les cœurs et non de gérer une administration. C’est bien une dynamique missionnaire qu’il entend reposer comme fondement de l’Eglise, en Amérique Latine et ailleurs.

Pape - Crêchec. Les audiences : si l’on suit ses audiences, ce sont les mêmes orientations qui reviennent : « l’homme n’est pas une denrée jetable » déclare-t-il le 5 juin avant de fustiger cette « culture du gaspillage et du gâchis » qui est devenue la notre. Le pape ne s’en limite pas à des dénonciations. Il appelle à trouver des méthodes et des moyens pour que naissent des solidarités. En fait, il ne fait que libérer la parole, il autorise la recherche, l’expérimentation dans une vision autocentrée du développement, qui immanquablement, est appelée à laisser plus de place à la dimension de subsidiarité dans les conférences épiscopales.  Son souci de ne pas laisser tomber les peuples qui souffrent, en Syrie le 5 juin ou par la suite aux Philippines, est manifeste : ce jésuite est pétri par le souci de la justice et de la paix. Mais il est aussi pragmatique et réaliste. Aux représentants pontificaux le 21 juin, il demande une « vraie familiarité avec le Christ ». Il cherche à connaître les personnes autant que leur faire ses documents. Avec eux, comme après le drame de Lampedusa le 8 juillet, il entend « réveiller les consciences ». Il utilise la vertu d’indignation morale mais il la met au service d’une analyse, en l’occurrence, de cet « anonymat des décisions socio économiques qui ouvre la voie à des drames », en appelant à des décisions prises au niveau mondial. Bref, il y a chez lui une intrication du moral, de l’intellectuel, du pastoral et du spirituel. Au risque d’être un peu « brouillon » et de court-circuiter les médiations ecclésiales, il marque sa préférence pour une style direct, spontané, accessible au plus grand nombre. Il valorise la culture du dialogue et de la rencontre, en bousculant le protocole et la sécurité.

Déjà, à ce niveau, on peut résumer les mots qui reviennent sans cesse dans sa bouche : périphérie, solidarité, rencontre, culture, inclusion, miséricorde, collégialité…Est-ce que cela suffit pour faire un programme ?
En fait, on peut comprendre l’action du pape comme une tentative pour d’abord sortir de la période de repli doctrinal et d’attitude défensive adoptée précédemment face aux nombreuses crises (pédophile, communication désastreuse,…). Indépendamment des structures mises en place (G8) et des premières nominations importantes (le nouveau secrétaire d’Etat), il faudrait regarder ce qui semble se dégager de sa visite à Assise, de son exhortation apostolique (la lutte contre la tiédeur spirituelle, l’engagement pour une Eglise pauvre, synodale, participative, en dialogue avec la société… et surtout joyeuse). Je vous laisse continuer le travail !
Mais l’intervention philosophique peut aussi apporter des lumières sur le Pape François, élu « personne de l’année 2013 » non par ses pairs, mais par le magazine « Time ». Je voudrais ici instruire une mise en débat, un dialogue fictif entre le Pape François et l’Ecole philosophique de Francfort sur son souhait, central dans sa pensée,  « d’aller aux périphéries ».

 

II. « Aller aux périphéries » : un dialogue fictif entre le Pape François et la théorie critique  

L’invitation du pape, répétée à plusieurs reprises, de passer du centre aux « périphéries existentielles », demande en effet d’être analysée finement. Le point de vue ecclésiologique peut être interrogé par la philosophie, notamment pour aider à révéler des dimensions passées inaperçues jusqu’ici. Dans l’Ecole de Francfort, un mouvement analogue a été opéré, du centre aux périphéries de ce courant de pensée. C’est donc en partant des ressources de la Théorie critique, dont le plus illustre représentant, Jürgen Habermas, a mené un dialogue avec le pape émérite Benoît XVI, que cette réflexion peut être légitimement menée. Même si évidemment les présupposés des deux visions du monde ne sont pas les mêmes, cette conversation de haut niveau l’autorise amplement.

 

a. Reconstruire une approche de la réalité

Le pape François, dès ses premiers pas, a invité à reconstruire systématiquement l’approche des réalités, à partir d’une vision concrète. Comme Horkheimer, Adorno et Marcuse, le pape a pris conscience des déficits des modes de pensée dominants en Eglise  et cherche à les contrebalancer par les marges : c’est à la « périphérie » que résident les moyens de renouveler, de concrétiser et de vérifier les intentions formulées au centre. N’est-ce pas l’aveu  que ce qui est formulé au centre ne permet d’analyser des processus qui échappent à l’analyse ? N’est-ce pas reconnaître que des méthodes et des conceptions adéquates font  aujourd’hui en partie défaut en Eglise ?

Cette question devrait être posée sans tabous. Personne ne conteste l’immense œuvre théologique de Benoît XVI dans la continuité de Jean-Paul II.  Aucun autre que lui ne pouvait  synthétiser à ce point l’héritage du Concile dans un équilibre réfléchi, faisant droit à tous. Mais n’est-ce pas un certain purisme théologique que la position du pape François remet en question, tant il est vrai qu’il permet mal une authentique qualité de dialogue et de rencontre ? Ces premiers gestes – la résidence à sainte Marthe,  Lampedusa, les favelas de Rio,  Assise, etc  – ont eu pour effet de dégager un espace pour l’échange dans un cercle d’audience inattendu. Dès lors, le projet d’évangélisation s’est trouvé élargi avec des acteurs plus nombreux-  ou inhabituels – et prêts à le reconnaître ou à l’incarner. Pour mettre en œuvre ce projet, il était nécessaire d’entrée de jeu d’établir un nouveau  climat pour intéresser et rassembler bien au-delà des frontières ordinaires, avec ceux notamment partageant le même souci de défense de la dignité humaine. Cette posture autorise un plus grand travail en commun avec tous les « hommes de bonne volonté », sans qu’à Rome, la traduction institutionnelle soit encore faite pour l’heure.

 

b. Un geste analogue à celui posé au début du pontificat de Jean-Paul II ?

Peu ou prou, ce geste ressemble à celui du début de pontificat de Jean-Paul II, réunissant à sa table de nombreuses personnalités, pour élargir ainsi le cercle de référence et de compétence de l’Eglise.  En creux se trouve contesté un mode de réflexion théologique qui ne devient qu’une simple spéculation, coupée de tout référent théorique portant sur la réalité empirique et historique. La « mondialisation de l’indifférence » est aussi celle des théologies spéculatives coupées du réel de la foi et de la vie. L’Eglise disposera-t-elle à l’avenir des moyens intellectuels pour évaluer les objets et les relations, notamment sociales, surtout si elle continue d’être convaincue d’une supériorité un peu prétentieuse, souvent non réfléchie, de ses méthodes et de ses diagnostics ? On ne peut sous-estimer que la production d’énoncés, même en Eglise, obéit aussi à des intérêts pratiques, qui n’ont parfois pas grande chose avec la priorité du pauvre, de la veuve et de l’orphelin. Que des distorsions de perspectives aient lieu est dans ce cas inévitable. Mais ces dernières années, avec notamment les scandales pédophiles et les désastres de communication, l’Eglise en a payé les lourdes conséquences.
On peut interpréter les premiers pas et gestes du pape François comme une rupture avec cet état de fait, mûri aussi dans une situation historique critique pour l’Eglise. C’est comme instance de vigilance du processus de production de la connaissance de la société et de l’Eglise que le ministère pétrinien se déploie désormais. Il libère une forme de pensée et d’organisation qui peut désormais examiner de façon plus ouverte des questions épineuses (ex : les divorcés remariés) ou considérées comme closes (l’ordination d’hommes mariés) et éviter une « position de surplomb » (comme dans l’avion de retour des JMJ de Rio où le pape déclare : « si une personne est gay, qui suis-je pour juger ? »). Mais c’est bien d’abord dans cette confiance aux périphéries que se déploie l’activité du pape François. Une témoignage éloquent en a aussi été fourni par sa visite à Assise qui rendre aux pauvres et marginalisés toute leur place. Le pape François part donc à la rencontre des réalités concrètes des périphéries avant de poser un diagnostic historique, pour lequel il sollicite la coopération de toutes les disciplines et pas seulement celle de la théologie, dont l’absence ou la mise à l’écart dans le débat public a été gravement préjudiciable.
Cette position du pape François lui permet au passage d’examiner de manière appropriée l’état des forces dans l’Eglise, les conflits latents et des contradictions en son sein et avec la société. Plusieurs démissions d’évêques sont déjà la conséquence de cet entrecroisement et de ces formes renouvelées de gouvernance. L’impulsion donnée ici à la périphérie n’annule pas les pouvoirs du centre. Elle l’oblige à une plus grande attention et une plus grande cohérence. Il n’est plus question de prêcher la pauvreté tout en vivant soi-même comme un riche.

 

c. Faire jouer les marges 

Ce processus d’intégration croissante des marges, comme avait voulu le faire la Théorie critique, est-il voué au succès ? Cela supposerait une discipline d’action qui, pour l’instant, suscite autant d’intérêts et d’adhésions que de résistances sourdes. Mais examiner la réalité empiriquement suppose de travailler à de nouvelles médiations, en disposant aussi d’une « colonne vertébrale » capable de faire la jointure entre le centre et la périphérie. En ce sens, la création d’un conseil de cardinaux est une étape dans la recherche de structures adaptées. Benoît XVI avait su aussi adapter l’institution dans quelques domaines privilégiés mais son action a souvent été contrainte par les événements. Le « pari » du pape François est peut être avant tout de croire au potentiel d’imagination présent dans le Peuple de Dieu, dans des conditions actuelles d’existence marquées par la mondialisation mais aussi la fragmentation à l’extrême. Ces transformations touchent non seulement d’une manière globale les cultures mais surtout la psyché de chacun. Ainsi le pape François appelle à investiguer les conditions culturelles concrètes dans lesquelles la vie chrétienne peut désormais prendre place.
Un centre peu soucieux de ses périphéries ne peut que développer une attitude de domination peu conforme à la logique de l’Evangile. Celui-ci est en fait basé sur l’économie des sujets en Eglise et des régulations anonymes, justement celles que le pape François a fustigées dans sa dénonciation de la « mondialisation de l’indifférence » à Lampedusa. Or les sujets peuvent eux aussi participer au processus de construction et d’intégration des connaissances et des activités interprétatives. C’est ce que le pape a dit en substance dans la favela de Rio et aux dirigeants politiques.

En somme, ce que vise le pape, c’est un dépassement d’une logique purement fonctionnelle en Eglise, par un recours plus ample aux fondements du monde vécu : « une Eglise qui s’érige en centre tombe dans le fonctionnalisme » a déclaré le pape au Comité de coordination du Conseil épiscopal latino-américain. On rêve ainsi d’éviter des conclusions résignées sur l’inexorable avancée de la sécularisation ou un engloutissement dans la complexité de systèmes qui dépassent une Eglise impuissante – et c’est heureux – à les régenter. Bref, le pape fait bien plus que communiquer différemment. Il inclut des formes nouvelles de régulation dans des « régions » jusqu’ici considérées comme de peu d’importance et laissées intactes, ce qui est aussi une pathologie du fonctionnement général des sociétés des temps modernes. Avec ce tournant, ce qui est négligé peut alors tenter d’être ressuscité.

Jean-François Petit

(écrit en vue de la soirée du Centre Pastoral les Halles Beaubourg, Paris, 11 décembre 2013).