« Un peuple de prophètes »

27 septembre 2015
26ème dimanche du Temps Ordinaire
Année B

P1070583

 Un jeune homme courut annoncer à Moïse :
« Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse,
prit la parole :
« Moïse, mon maître, arrête-les ! »
Mais Moïse lui dit :
« Serais-tu jaloux pour moi ?
Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple
un peuple de prophètes !
Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »
(Nb 11, 27 -29)

Lectures
 1ère lecture : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Nb 11, 25-29)
2ème lecture : « Vos richesses sont pourries » (Jc 5, 1-6)
Evangile : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la » (Mc 9, 38-43.45.47-48)

Bonjour à vous, Amis de la communauté et à vous amis, venus nous rejoindre pour célébrer ce 26 ° dimanche : dimanche dit « ordinaire »!
En fait nous sommes au lendemain des 3 soirées du Krak, festival de musique affranchie !
Oui dimanche tout à fait ordinaire!
Un matin de cette  semaine en entrant dans notre église, regardant le choeur, je ne sais pourquoi j’ai pensé au Mont Ararat, en Turquie, là où sur les hauteurs, l’Arche de Noé se serait finalement échouée!
témoin de l’alliance du ciel et de la terre !

Mais Cherbourg : CH 338 337…..
avec cette barque nous sommes au coeur de notre quotidien !
toutes ces personnes , hommes et femmes, enfants et adultes qui embarquent pour la liberté !
Nous le savons il ne s’agit guère de bâteau de croisière, ni de commerce,
mais de  nefs en fin de carrière!   oui dimanche ordinaire !
Nous avons eu la chance pendant ce mois de septembre d’avoir des liturgies  dominicales avec célébrations de baptêmes.
Nous sommes les témoins de ces événements.
Ce fut pour nous l’occasion en communauté de proclamer notre foi et aussi de redécouvrir la mission qui nous a été confiée lors de notre baptême.
Les textes de ce dimanche ordinaire nous mettent une fois encore, face à nos responsabilités, face à notre mission que nous avons accueillie .

Gérard Wybo

Tous prophètes ?
Prophètes de malheur
ou prophètes au service du Royaume de Dieu,
c’est-à-dire de la justice, de la paix,
de la réconciliation entre les hommes ?

En attendant le jour où nous serons prophètes,
l’Esprit de Dieu pose nos pas sur les sentiers de justice
pour que l’amour trouve une voie.

Claire S

Commentaire du livre des nombres : Qu’est-ce qu’un prophète ?

Ce texte nous rappelle à sa manière- sur un mode assez comique – que nous, baptisés dans l’Esprit du Christ, avons en principe une vocation naturelle à être des prophètes, en y mettant cœur et volonté…mais aussi avec nos inconstances et nos limites : la prophétie des anciens s’essouffle…et 2 lascars prophétisent là où on ne les attend pas…

Mais d’abord, un prophète, c’est quoi, c’est qui ? Dans la tradition judéo-chrétienne, c’est un être qui a reçu l’Esprit Saint qui le pousse à parler haut et fort, à temps et à contre temps, parfois même malgré lui, tels Jonas ou Jérémie. « Préparez le chemin, abaissez collines et montagnes, rendez droits les passages tortueux » proclame Isaï ;
Et dans les textes de cette semaine, ce cri du prophète Aggée « rendez votre cœur attentif à vos chemins ! » Non pas de la divination, mais des injonctions dont la fougue nous réveille et nous bouscule tout en nous laissant libres d’agir.

Ces appels résonnent encore dans notre monde contemporain et suscitent des réponses bien au-delà de nos églises, réponses venant d’esprits vifs et généreux capables d’identifier un problème grave, de le nommer et de mobiliser ce qu’il faut de moyens et de compétences pour trouver les réponses adaptées et durables à de nouveaux défis : celui de la grande pauvreté avec l’Abbé Pierre, ATD quart monde….je pense également aux précurseurs qui ont affronté les premiers l’épidémie de sida et maintenant celle d’Alzeimer : personnel soignant et groupes d’entraide qui donnent aux malades une nouvelle dignité et font évoluer vers plus d’humanité mais aussi d’efficacité la relation malade/médecin. Je pense en fin à ceux que l’on appelle les lanceurs d’alerte, ces jeunes gents qui s’exposent et prennent des risques pour protéger notre vie privée qui est un peu notre âme. Ce sont autant de défricheurs qui aplanissent nos chemins et se distinguent par leur rapport radical et exigeant à la vérité ou tout au moins à une vérité. Rapport qui les pousse à agir – souvent à leurs dépends – à contre courant des fausses évidences, de l’indifférence ou de ce qu’on peut appeler la lâcheté ordinaire.
Dans l’évangile de Mathieu, Jésus ne reproche-il pas à ses contemporains de savoir bien lire les aspects du ciel mais d’être aveugles aux signes des temps ? Et en Luc 12, 57 « pourquoi ne jugez vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste  ? »

Je conclurai par une prière inspirée par le théologien Romano Guardini : « aidez-nous, Seigneur à éclairer la confusion des choses par la lumière de la foi et à transformer par la force de la confiance le fardeau de tout ce qui pèse sur nous » Cette lumière de la foi – nous dit-il – est une consolation, oui, mais aussi une tâche. Appelons cela notre mission prophétique.

Alain Clément

Commentaire de Marc IX 42-48

Cette parole de l’Evangile selon Marc (Mc 9, 38-43.45.47-48), et elle est rude, c’est à nous aussi qu’elle s’adresse aujourd’hui. Nous ne serons pas trop de deux à venir au micro pour y chercher quelques pistes pour demain.

Cet évangile nous conduit d’abord à nous poser une question : Pour nous, qui est avec nous ? Spontanément, nous aimons tous nous retrouver en bandes d’amis, avec nos proches, ceux à qui nous sommes reliés, ceux que nous comprenons et qui nous comprennent. Pour parler de l’Eglise, c’est vrai qu’il n’y a pas de foi sans communion ecclésiale, avec ses mécanismes de reconnaissance mutuelle, de transmission, de partage. Mais est-ce suffisant comme horizon ? Pour nous, qui est avec nous ?

On peut poser la question autrement : Que signifie pour nous la volonté de « suivre le Christ », d’être de ses disciples ? Y voyons-nous une source d’autorité dont nous serions les détenteurs, ou même les possesseurs ? Dont nous pourrions disposer ? Voire, dont nous aurions le monopole ? Si tel est le cas, c’est que nous considérons normal, peut-être même souhaitable, de fonctionner comme un clan, une chapelle, un groupe fermé sur lui-même, pourquoi pas pour donner, comme dans le texte de Marc, des autorisations, et donc aussi pour exclure. Nous ferions alors partie du groupe au-delà duquel il n’y a point de salut… Notre Eglise n’a que trop longtemps compris ainsi sa mission. Et nous ?

Autrement dit encore : Quel est le centre de notre vie ? Nous plaçons-nous, nous-mêmes, en son centre ou est-ce le Christ qui en est le centre, Lui qui n’appartient à personne ; à l’écoute duquel il faut simplement se mettre ; dont la parole nous décentre sans cesse de nous-mêmes ? L’important n’est-il pas de se recommander de Lui, c’est-à-dire d’être avec Lui et pour Lui ? Ne devons-nous pas plutôt placer notre confiance en Lui qui est la source d’eau vive ? Notre rôle n’est-il pas simplement de donner ou de proposer cette eau qui expulse les démons, c’est-à-dire qui détruit les chaînes qui aliènent, qui rend libre au milieu des autres, en lien avec les autres ? C’est elle qui permet à celui qui est rejeté, méprisé ou ignoré de prendre toute sa place dans la communauté. Et c’est la mission de la « communauté de ceux qui appartiennent au Christ » que de contribuer à révéler l’expulsion des démons à qui le demande.

Il faut avoir le courage d’assumer les différences qui existent entre les disciples du Christ. Les limites de son Eglise nous sont inconnues.

Nous, nous faisons avant tout partie de ses bénéficiaires, nous à qui il est aussi donné de boire à la source.

Olivier

Une meule autour du cou…Coupe ta main…Arrache ton oeil.
Voici des paroles qui ne nous séduisent guère.
Comment les comprendre ?

Qui sont ces personnes qui entrainent la chute de ces petits et à l’encontre de qui Jésus réserve l’une des paroles les plus dures et les plus violentes qui nous soient rapportées par les évangélistes ?

Peut-être les pharisiens, les sadducéens,  la caste sacerdotale, ceux qui ont fait du Temple une « caverne de bandits »
Mais actuellement ?
Il me semble que ce sont tous ceux qui affichent avec quelque arrogance des exigences morales élevées  -pour les autres  – et n’y conforment nullement leur façon de vivre ?

Ce sont aussi les églises chrétiennes, notre église, lorsqu’elles oublient d’être miséricordieuses, lorsqu’elles excluent ou lorsqu’elles se compromettent avec des puissances oppressives.

Et nous chrétiens du XXIe siècle, chrétiens de St Merry ? Pensons nous être exempts de telles contradictions ?
Pour autant, nous jettera-t-on à la mer, lestés d’une lourde meule ?
Par cette image dramatique, Jésus nous met devant l’immense gravité de nos lâchetés petites ou grandes.
Nous vivons dans un monde où la fraude est à l’ordre du jour. Lorsqu’un industriel proclame haut et fort sa vertu écologique et falsifie les contrôles, c’est grave, mais il ne fait, après tout, que discréditer un système économique à bout de souffle.
Lorsqu’un chrétien lance des appels à la générosité, à l’accueil du frère, à la bienveillance envers l’étranger, mais se comporte en égoïste ou en accapareur soucieux avant tout de conserver et d’accroitre sa fortune, c’est bien plus dramatique. Il porte atteinte à la Bonne Nouvelle.

C’est peut-être ainsi que nous pouvons comprendre les appels à l’automutilation.
Débarrassons-nous de ce qui nous encombre et nous empêche de vivre et d’aimer : l’argent, le pouvoir, nos préjugés, nos privilèges, nos susceptibilités, nos routines, nos passivités, nos impatiences.
C’est moins douloureux que de s’arracher un œil ;  ce n’est pas facile pour autant.

Nous savons bien que les appels évangéliques ne proposent jamais la facilité.

Robert Picard

 

Commentaire de la parole de Saint Jacqes 5/1sq

Il y a des mots qui fâchent !
Saint Jacques, le pasteur de la première communauté chrétienne à Jérusalem, ne fait pas dans la nuance . Il ose déjà parler d’argent.
Oui nous pouvons parler et échanger sur beaucoup .
Dans l’Eglise comme dans d’autres instances la question argent reste tabou, et pas seulement au Vatican.
Saint Jacques à sa manière est prophète , il ose dire , il dénonce.
J’aimerais que nous prenions ce texte pour chacun de nous .
Nous le savons il y aura toujours plus riche que moi,
mais aussi, il y aura toujours plus pauvre que moi.
En cherchant  des éléments de réflexion et d’explication , au milieu de toutes les pistes,  je retiens trois points qui peuvent nous aider à vivre;
– 1° point. Notre Dieu est un Dieu de justice,
Un Père  qui veut que chacun  de ses enfants trouve sa juste place dans notre monde.
Au quotidien dans nos familles nous constatons combien cela est difficile!
Un Dieu de justice qui entend le cri des pauvres, des démunis et des malades et qui nous invite à être à  l’écoute des cris de nos frères!
Aujourd’hui nous devons reconnaître que dans notre monde , par les actions et les engagements de personnes humbles et discrètes,
des mains se tendent, des accueils s’organisent.
– 2° point: qui concerne du bon usage de l’argent et plus précisement la manière de gagner de l’argent, de s’enrichir sans écraser l’autre et les autres!
il s’agit de respecter le travail, mais surtout de respecter la personne .
En France les charges sont lourdes et le code du travail n’est pas toujours évident à respecter!
– 3° point : l’argent doit contribuer au bonheur de tous.
c’est tout naturel l’argent que nous gagnons, nous nous l’approprions. C’est le nôtre. Mais il est bien évident que dans notre monde les richesses, les ressources sont mal réparties.
Aujourd’hui le fossé entre riches et pauvres se creuse de plus en plus.
Il nous reste encore beaucoup à faire pour que notre monde devienne un monde de justice et de paix.
Si réellement nous voulons assumer notre mission de prophètes reçue au  baptême , il nous est nécessaire d’être fidéles à L’Evangile.
Pour moi je retiens la parabole de l’ouvrier de la 11° heure, et le récit de la multiplication des pains: «  donnez leur vous mêmes à manger  »
les apôtres n’avaient rien dans les mains , rien dans les poches , pas de sac,
ils découvrent la gratuité.
J’aime à dire que si nous voulons essayer de vivre notre foi, il est nécessaire d’entrer dans le monde de la gratuité où tout est don et cadeau !
C’est ce que nous allons célébrer maintenant : la rencontre , le partage et la communion.

Gérard

Fou.

O Dieu envoies-nous des fous,
qui s’engagent à fond,
qui oublient,
qui aiment autrement qu’en paroles,
qui se donnent pour de vrai, et jusqu’au bout.
Il nous faut des fous,
des déraisonnables,
des passionnés,
capables de sauter dans l’insécurité.

Il nous faut des fous du présent
épris de vie simple,
amants de la paix,
purs de compromission,
décidés à ne jamais trahir,
méprisant leur propre vie,
capables d’accepter n’importe quelle tâche,
de partir n’importe où,
à la fois libres et obéissants,
spontanés et tenaces,
doux et forts.
O Seigneur envoie-nous des fous !

Père Louis Joseph Lebret

 

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